Elisabeth Louise Vigée Lebrun (1755-1842)

ENGLISH VERSION (Click here)

Une exposition au Grand Palais du 23 septembre 2015 au 11 janvier 2016 

Un film : « Le fabuleux destin d’Elisabeth Vigée Lebrun, peintre de Marie-Antoinette », samedi 3 octobre à 20h50 et dimanche 4 octobre à 15h35. 

"Le fabuleux destin d'Elisabeth Vigée Lebrun" - ARTE - Copyright©ArnaudXainte

« Le fabuleux destin d’Elisabeth Vigée Lebrun » – ARTE – Copyright©ArnaudXainte

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "L'artiste exécutant un portrait de la reine Marie-Antoinette" 1790 Florence

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« L’artiste exécutant un portrait de la reine Marie-Antoinette »
1790, Florence

Chère Elisabeth Vigée Lebrun, Paris se pare de ses couleurs et fête une véritable reine dans son palais.  Personnage romanesque, elle aimait la vie et a su en profiter le plus possible, ses rencontres avec les peintres,  écrivains, chanteurs, comédiens tel Talma qu’elle fut si surprise de découvrir si grand acteur, alors que jeune il était incapable de dire un mot. Déjà petite, elle aimait écouter les amis artistes de son père Louis Vigée qui se réunissaient le soir, ce père merveilleux, pastelliste, disparu trop tôt qui lui a appris la peinture et l’art du portrait.

Augustin Pajou (1730-1809) "Elisabeth Vigée Lebrun" 1785 Terre cuite Musée du Louvre

Augustin Pajou (1730-1809)
« Elisabeth Vigée Lebrun » 1785
Terre cuite
Musée du Louvre – ©Thegazeofaparisienne

Une héroïne romantique qui n’aura qu’un seul grand amour véritablement réussi sa vie professionnelle. Sa maîtrise technique du portrait, en fera l’égal de ses pairs masculins. Elle sera une des seules femmes à être acceptée à l’Académie Royale, avec entre autre sa grande concurrente la fameuse Adélaïde Labille Guiard dont le portrait « l’artiste dans son atelier avec ses deux élèves » se trouve exceptionnellement aujourd’hui exposé au Grand Palais, échange de bon procédé entre New York et Paris avec un portrait de Marie-Antoinette, L’artiste dans ce tableau n’hésite pas à porter le fameux chapeau de paille , mascotte d’Elisabeth !

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) – ©Thegazeofaparisienne

Marie-Antoinette interviendra auprès de Louis XVI pour cette admission à l’Académie Royale, et, très amusant, elle y sera admise sans spécialité et s’essaiera au tableau d’histoire avec « La paix ramenant l’Abondance ». Il faut savoir qu’à cette époque, les femmes peintres n’avaient pas le droit de peindre des modèles hommes !

Les académiciens en introduisant l’artiste au sein de l’Académie Royale exécutaient « avec un profond respect les ordres de leur souverain »

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "La paix ramenant l'abondance" 1780 Musée du Louvre

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« La paix ramenant l’abondance » 1780
Musée du Louvre

Elisabeth et son mari était un couple très libre dans leur vie privée  et également  très à la mode. Ils  avaient tout compris au marketing, son royal modèle Marie-Antoinette,  lui faisait bénéficier d’une publicité immense, elle présentait à ses futurs clients un portrait de la Reine.

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) – ©Thegazeofaparisienne

Le couple, très précurseur,  avait une vraie galerie dans un somptueux hôtel où Lebrun en tant que marchand exposait ses tableaux et recevait leurs relations comme dans un salon. La talentueuse Elisabeth avait su élaborer un véritable modèle de portrait, très ressemblant, même si l’ensemble était idéalisé, certains défauts étant légèrement atténués, le résultat était splendide. Elle travaillait de plus en plus vite au point de pouvoir terminer un portrait en une séance,  soit deux – trois heures !

Ne pas oublier qu’elle n’aimait peindre que des sujets jeunes et beaux, et à la fin de l’exposition nous sommes intrigués par le portrait de Madame de Staël (« Corinne au Cap Misène ») qui malheureusement possédait un physique ingrat, le peintre mit un temps fou à le terminer et ne le put sans doute que par l’insistance du modèle impatient de connaître le résultat !

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "La comtesse Golovine" 1797-1800.

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« La comtesse Golovine »
1797-1800.

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "Concert Espagnol" 1777. Huile sur toile Coll Part.

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« Concert Espagnol » 1777. Huile sur toile
Coll Part. – ©Thegazeofaparisienne

Elisabeth Vigée le Brun était une vraie star, ses prix s’envolaient, son ami le célèbre peintre David était bien moins cher ! Son succès a commencé très tôt et elle ne pensait pas forcément au mariage car gagnant assez d’argent, elle n’éprouvait pas un tel besoin. Sans l’insistance de sa mère qui le pensait riche,  elle n’aurait pas accepté d’épouser M. Lebrun. Finalement cette alliance fut assez réussie, le couple se complétait très bien, et professionnellement, leur « entreprise » marchait à merveille. Ils eurent une petite fille Jeanne surnommée Brunette, la mère avait pour sa  fille un amour inconditionnel et lors de la Révolution elles s’enfuient ensemble vers l’Italie.

Chacun de son côté avait une vie assez libre. Seul bémol, Lebrun était très dépensier et dans ses mémoires elle s’en plaint. Il lui expédiait lors de son exil en Russie des tableaux qu’elle vendait pour son compte à lui.

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "Marie-Antoinette en chemise ou en gaulle" 1783

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« Marie-Antoinette en chemise ou en gaulle » 1783

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "L'acteur Pierre Louis Dubus (1721-1799) dit Préville" vers 1776 Comédie Française

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« L’acteur Pierre Louis Dubus (1721-1799) dit Préville » vers 1776
Comédie Française

Tout semble aller pour le mieux, une vie de rêve, des amies fidèles, qu’elle perdra à la Révolution, une famille aimante, un frère  Etienne, proche d’elle, une fille qu’elle adore, des dîners qu’elle organise en s’amusant comme une folle, comme cette idée de souper grec qui fit scandale, car des fausses rumeurs prétendirent que ce fut une débauche de dépenses.

Elle est belle, elle crée la mode, elle se peint dans des légères robes de mousseline de coton blanc comme cette robe de gaulle dans laquelle posa Marie-Antoinette pour ce fameux tableau exposé au Salon et qui fit scandale ! Elle ne s’embarrasse pas des convenances et vit sa vie comme elle l’entend, des commandes, de l’argent, des amants, on lui prête même  certaines aventures qu’elle dément et répond alors, avec beaucoup d’esprit :

Monsieur de Calonne (contrôleur général des finances) m’a toujours semblé peu séduisant car il portait une perruque fiscale. Une perruque ! Jugez comme, avec mon amour du pittoresque, j’aurais pu m’accoutumer à une perruque ! Je les ai toujours eues en horreur,  au point de refuser un riche mariage, parce que le prétendant portait perruque. » Extrait de « Mes souvenirs » par  Elisabeth Vigée Lebrun

Elisabeth Vigée Lebrun - Grand Palais

Elisabeth Vigée Lebrun – Grand Palais – ©Thegazeofaparisienne

Mais la Révolution va changer la donne : alors que sa rivale Adélaïde Labille-Guiard peint les nouvelles célébrités de la Révolution (Robespierre en député d’Arras à l’Assemblée constituante), elle s’exile pendant près de onze ans et voyage d’abord en Italie où elle rencontre Angélica Kauffmann, de renommée internationale, alors qu’Elisabeth n’est que pour l’instant que franco-française !

Adelaïde Labille-Guiard ( 1749-1803) "L'artiste dans son atelier avec deux de ses élèves" 1785 New York The Metropolitan Museum of Art

Adelaïde Labille-Guiard ( 1749-1803)
« L’artiste dans son atelier avec deux de ses élèves » 1785
New York The Metropolitan Museum of Art

Ce long voyage se terminera en Russie où nous pouvons admirer d’ailleurs l’éblouissante galerie de portraits de l’aristocratie russe de cette exposition, en particulier celui de la comtesse Golovine que j’aime beaucoup. On remarque que le fond est uni, elle est en effet influencée par David, ce qui la conduit à supprimer le paysage pour isoler le sujet. Le rouge de son châle et la candeur du portait sont magnifiés. Dans cette salle on peut aussi admirer Catherine Koutouzova, l’épouse du général Koutouzov, grande intellectuelle qui entretenait une correspondance avec Madame de Staël, cette fois-ci son visage est traité de façon moins régulière, plus allongé, le caractère de cette femme est mis en évidence et toujours sur un fond uni dans les gris.

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "Jeanne Julie Louise Lebrun se regardant dans un miroir" 1787 Coll. Part.

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« Jeanne Julie Louise Lebrun se regardant dans un miroir » 1787
Coll. Part. – ©Thegazeofaparisienne

Le Marquis de Torcy, émigré en Russie a bien connu Elisabeth Vigée Lebrun et en parle ainsi dans ses mémoires : « Madame Lebrun était très recherchée de la société, elle y portait de la gaité, un ton parfait : elle avait conduit avec elle en Russie M Rivière, qui copiait en petit ses ouvrages. Adroit à tout ce qu’il entreprenait, il jouait les rôles de valet et surtout les arlequins, il avait reçu des leçons de Carlin (célèbre comédien) … »

Son retour en France sera empreint de tristesse, ce n’est plus la France qu’elle aimait, sa fille qui s’est mal mariée, meurt tragiquement dans un profond dénuement, elle se tourne alors vers ses nièces à qui elle apprend son art. Elle ne supporte pas l’Empire, elle ne supporte pas cette nouvelle société, ces « parvenus » et, malgré un essai, avec le portrait de Caroline Murat qu’elle qualifiera d’insupportable, elle regrette sa vie d’avant. Mélancolique, elle vieillit et, moins belle, ne veut plus se représenter dans ses peintures. Elle restera éternellement le peintre de l’Ancien Régime, celui dont Talleyrand disait : « celui qui n’a pas vécu les années voisines de 1789 ne sait ce que c’est que la douceur de vivre ». De ses années, elle restera celle qui a peint la Reine Marie-Antoinette et un certain bonheur de vivre.

Elisabeth Vigée Lebrun :  « Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées. »

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "La princesse Catherine Koutouzova (1754-1824)" Huile sur toile 1797 Moscou, musée d'etat des Beaux-Arts Pouchkine

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« La princesse Catherine Koutouzova (1754-1824) » Huile sur toile 1797
Moscou, musée d’etat des Beaux-Arts Pouchkine – ©Thegazeofaparisienne

J’aimerai remercier les deux commissaires de l’exposition, Joseph Baillio, historien d’art, et Xavier Salmon, conservateur général du patrimoine du musée du Louvre,  qui nous ont permis de voir cette rétrospective, de nouvelles découvertes, certains tableaux n’ayant jamais été exposés.

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842) "Jeune femme dite Léontine de Rivière" 1831 Musée de l'Ermitage

Elisabeth Vigée Lebrun (1755-1842)
« Jeune femme dite Léontine de Rivière » 1831
Musée de l’Ermitage – ©Thegazeofaparisienne

On ne se lasse pas d’écouter Joseph Baillio qui depuis 40 ans vit une passion Elisabeth Vigée Lebrun et connaît les moindres détails de sa vie qu’il nous raconte avec tant d’enthousiasme.

Il nous montre l’importance des restaurations effectuées sur les tableaux, les couleurs réapparaissant de façon spectaculaire. D’ailleurs je tenais à faire suivre son message :  le portrait de l’acteur Pierre Louis Dubus dit Préville, appartenant à la Comédie Française et qui nécessiterait un sérieux coup de nettoyage !

J’aimerais également remercier mon oncle François-Emeric Cellérier qui a partagé ses souvenirs familiaux et en particulier ceux d’un certain Etienne Vigée frère de notre héroïne.

L’exposition se tiendra à New York du 9 février au 15 mai 2016 et à Ottawa du 10 juin au 12 septembre 2016.

On peut lire sur la tombe d’Elisabeth Vigée Lebrun : « Ici enfin je repose »

Florence Briat Soulié

Traduction anglaise par Erica DeMichiel et Chris Gortmaker,  Wesleyan University,Vassar Wesleyan Program in Paris Fall 2015.  ENGLISH VERSION (Click here)

Extrait du film Le fabuleux destin d’Elisabeth Vigée Lebrun

LE FABULEUX DESTIN D’ÉLISABETH VIGÉE LE BRUN  PEINTRE DE MARIE ANTOINETTE

 THE FABULOUS LIFE OF ELISABETH VIGÉE LE BRUN  PORTRAITISTE OF MARIE ANTOINETTE

 DOCUMENTAIRE FICTION DE Jean-Frédéric THIBAULT

RÉALISÉ PAR Arnaud Xainte

co-production ARTE, ILLEGITIME DEFENSE, RMN-GRAND PALAIS

Née sous le règne de Louis XV et issue d’une famille d’artisans, Louise Elisabeth Vigée Le Brun peint les plus célèbres portraits de Marie Antoinette.

Le film retrace le roman d’aventures de ses presque quatre vingt-dix ans de vie.

"Le fabuleux destin d'Elisabeth Vigée Lebrun" - ARTE - Copyright©ArnaudXainte

« Le fabuleux destin d’Elisabeth Vigée Lebrun » – ARTE – Copyright©ArnaudXainte

23/09/2015 – 11/01/2016
Elisabeth Vigée Le Brun.

http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/elisabeth-louise-vigee-le-brun

 

3 réflexions sur “Elisabeth Louise Vigée Lebrun (1755-1842)

  1. Pingback: Salon du dessin, 25 ans… | The Gaze of a Parisienne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s