« Pour l’avenir je mise sur Serge Poliakoff »…

 

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J’aime toutes les couleurs. Je ne pense jamais à la couleur que j’emploierai. Le plus important , c’est la sonorité, pas les couleurs. Il faut que la lumière soit là (…) Afin d’être un vrai peintre, il faut essayer de toucher le point où l’Art, la science et la chimie se rencontrent, comme Giotto l’a réalisé » S. Poliakoff, entretien avec Erna Holmboe Bang, 1964, in Franske Profiler

 

Serge Poliakoff et Marie Helen Poliakoff à la Fondation Maeght ©AlexisPoliakoff

Serge Poliakoff et Marie Helen Poliakoff à la Fondation Maeght
©AlexisPoliakoff

Serge Poliakoff (1901-1969), c’est aussi pour moi l’histoire d’une famille dont le lien très fort avec l’art perdure depuis plusieurs générations, Alexis, son fils artiste qui entre autres a créé les personnages Pixi, une petite-fille Marie-Victoire, galériste qui pensait que tous les hommes étaient peintres, et aujourd’hui la jeune Sacha étudiante à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts.

Qui ne ne connaît pas Serge Poliakoff, le peintre  des couleurs, des formes qui nous enchantent dès notre enfance, des souvenirs de visites au musée Maillol qui possède une collection inégalée de ses peintures.

Galerie Cheam & Read. Marie-Victoire Poliakoff ©Adagp

Galerie Cheam & Read. Marie-Victoire Poliakoff
©Adagp

Régulièrement les musées, galeries organisent des expositions autour de son oeuvre. C’était le cas, il n’y a pas si longtemps à l’automne 2013, du musée d’art moderne de la ville de Paris, puis il y eut Londres et aujourd’hui New York, à la galerie Cheim & Read. Serge Poliakoff, malgré ou en dépit de ses origines russes qui constituent le fil conducteur et atavique de sa famille, est par excellence le peintre français ou celui dont la France se plaît à célébrer le sens de la couleur et des formes, comme pour mieux exprimer l’originalité d’une certaine école française par rapport aux autres styles, les écoles italienne, allemande ou anglaise. Il est, de ce point de vue, le contrepoint et l’alternative à ‘école américaine. Ce magnifique artiste représenta la France en 1962 à la Biennale de Venise.

Visiter une exposition Poliakoff est comme un voyage dans un univers abstrait, vous êtes saisi par les couleurs du bleu au rouge, ces formes qui semblent s’imbriquer les unes dans les autres, . C’est une atmosphère spéciale qui nous attire presque religieusement comme dans une iconostase orthodoxe, nous nous taisons pour écouter la musique qui en ressort. On se prête à penser, devant ses tableaux, à la célèbre icône d’Andreï Roublev (1360-1430), la Sainte Trinité, si superbement mise en scène dans le film de Andreï Tarkovski (1966). Sans doute est-ce la raison pour laquelle Serge Poliakoff n’a jamais nommé ses toiles : elles sont toujours identifiées par un numéro comme si ses compositions reflétaient d’infinies variations de couleurs et de formes à partir d’un principe premier. Mais c’est avant tout pour moi une joie de vivre, le peintre semble se laisser entraîner par sa peinture dans toutes sortes d’expériences.

De l’Egypte ancienne à la haute couture, tout l’intéresse, Il n’hésite pas à gratter un sarcophage pour comprendre la matière,  et une de ses oeuvres sera reproduite sur cette fameuse robe d’Yves Saint Laurent. Serge Poliakoff est un artisan, au sens noble du terme, de la couleur.

Poliakoff et Mondrian m’ont apporté un rajeunissement et un rafraïchissement extraordinaire. Ils m’ont appris la pureté, l’équilibre. Grâce à eux, je ne vois plus la couture comme avant : les femmes, aujourd’hui, ne veulent plus être élégantes, elles veulent séduire. » Yves Saint Laurent, l’Express 1965)

Son histoire commence en Russie, c’est celle d’un jeune homme qui quite son pays en 1917 sans même dire au revoir à sa mère qu’il ne reverra jamais, fuyant sous un train la révolution russe, les Bolcheviks et la guerre civile entre Blancs et Rouges.

Galerie Cheam & Read

Galerie Cheim & Read

Pour gagner sa vie, Serge Poliakoff joue de la guitare le soir dans les cabarets en compagnie de son oncle et de sa tante : pour la clientèle occidentale, assez peu au fait des différences culturelles et musicales de l’Europe orientale et du monde russe, le cabaret russe ou la musique tzigane sont des frères apparentés

Serge Poliakoff COMPOSITION ABSTRAITE Circa 1946-1948 Fusain, craie et gouache sur papier 65 x 49 cm ©Cheim&Read ©Adagp

Serge Poliakoff
COMPOSITION ABSTRAITE Circa 1946-1948
Fusain, craie et gouache sur papier
65 x 49 cm
©Cheim&Read ©Adagp

1923, arrivée à Paris, la vie de bohème artistique continue…Il se plonge dans la vie intense des artistes de Montparnasse, les « Roaring Twenties » ou les Années folles. C’est l’époque du roman de Victor Margueritte,  » la Garçonne » (1922), où l’Europe et la France, épuisée après quatre années d’une guerre civile monstrueuse et des millions de morts, renaît avec vitalité et énergie dans le dadaïsme, le surréalisme naissant et la transgression des règles établies. Dans ce chaudron littéraire et artistique, Serge Poliakoff rencontre les artistes russes Kandinsky, puis Delaunay, chez qui il retrouvait d’autres artistes tous les jeudis.

Il fera la connaissance d’Otto Freundlich qui fut déporté et dont l’oeuvre était sur la couverture du catalogue de l’exposition nazie de 1937 d’art dégénéré Entartete « Kunst ». Le même Otto Freundlich, dont une oeuvre majeure, le tableau Composition, contemporaine des peintures fondatrices de Kandinsky, Kupka et Delaunay, a été acquis (par mécénat) par le musée d’art moderne de la ville de Paris. Travailleur acharné, Serge Poliakoff avait décidé qu’il serait peintre, que c’était sa passion. Et à partir de 1929 il s’y consacre totalement.

Rencontre Dina Vierny il lui dit « Je suis peintre » elle éclate de rire

Serge Poliakoff et sa petite fille Marie-Victoire

Serge Poliakoff et sa petite fille Marie-Victoire ©AlexisPoliakoff

Avec la peinture, cet homme silencieux, nous transmet ce qu’il aime, sa musique, les couleurs des églises orthodoxes, la matière. C’est cette recherche de l’abstraction qui le pousse à peindre. Ce qui à l’époque,  nous avons du mal à le croire aujourd’hui, était inconcevable pour les amateurs d’art.
Un homme étonnant, adorant la vie qui épouse une anglaise Marcelle Perreur-Llyod, celle-ci croit en son talent, deux caractères opposés qui s’assemblent si merveilleusement bien, comme ses formes et ses couleurs sur ses peintures.

Après la seconde guerre mondiale, dans son hotel du Vieux Colombier où il vit avec sa femme et son fils, il exécute cette gouache « Libération » au double sens  signifiant la fin de la guerre et aussi  la libération de l’abstraction.  . Un artiste qui aimait peindre au milieu des siens.

1949, année où Poliakoff devient Poliakoff.

« Et tout à coup, j’ai rencontré la peinture de Serge poliakoff qui m’a vraiment touchée au plus haut degré. C’est une peinture abstraite chaude, intelligente et humaine. Et celui qui pénètre cette peinture peut-être profondément heureux. et moi elle me rendait heureuse »  Dina Vierny

Il imagine des petits formats très colorés qu’il rassemble en un grand tableau et qui nous emmènent directement dans ces églises orthodoxes, propices au silence et à la méditation.

Denise René, connue pour sa passion pour les peintres de l’abstraction et de l’art cinétique, l’expose dans sa galerie où il retrouve les artistes Vasarely, Hartung,..

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Serge Poliakoff. Cheim & Read. New York. 30 mars - 30 avril 2016

Serge Poliakoff.
Cheim & Read. New York.
30 mars – 30 avril 2016

e soir c’est la fête à la russe ! Il retrouve ses amis à Saint Germain des Près autour de grandes tablées, toujours entourés de musiciens tziganes.  J’imagine cette musique changeante triste ou gaie selon l’humeur. 50 ans, la consécration, il retrouve une vie de prince perdue par la révolution russe, une Rolls, des chevaux de course mais il était surtout d’une grande générosité. Il avait des amis fidèles comme l’acteur américain Yul Brynner.

Je ne sais pas si il faut chercher à comprendre quelque chose de sa peinture, juste la contempler, se laisser captiver.  Peut-être, les vacances sont proches, et si vous avez prévu une escapade à New York n’hésitez pas, dirigez vous à la galerie Cheam & Read.

Si vous n’avez pas le temps (ou les moyens) de traverser l’Atlantique, je vous invite à visionner le petit film introductif de la très belle rétrospective que lui a consacré le musée d’art moderne de la ville de Paris, sous le commissariat de Dominique Gagneux … Coïncidence des temps et des lieux : l’exposition Serge Poliakoff a eu lieu dans l’aile Est du Palais de Tokyo alors que la première rétrospective de son oeuvre fut organisée au Musée national d’art moderne (aujourd’hui le Centre Pompidou) alors installé dans l’aile Ouest. Cette exposition Serge Poliakoff, qui fut l’un des grands succès publics du musée d’art moderne de la ville de Paris en 2014, nous rappelle sa place particulière dans l’univers artistique de Georges Pompidou : Serge Polakoff est aussi l’artiste des « années Pompidou », aux côtés des peintres de la « figuration narrative » et des tenants de l’art cinétique. Qui ne se souvient de cette scène captée dans l’intimité du couple Pompidou où le président de la République, la cigarette aux lèvres, dans son attitude de bonhomie décontractée si familière, dialogue avec Claude Pompidou de l’accrochage d’un Polakoff dans leur salon privé (à l’Elysée ou dans leur appartement du quai de Béthune ?) Un Poliakoff accroché dans un salon du fort de Brégançon est saisi dans un reportage télévisé de l’ORTF diffusé le 31 juillet 1970. Serge Poliakoff conçoit un service d’assiettes réalisé par la Manuafcture de Sèvres pour la table d palais de l’Elysée.

Serge Poliakoff s’éteint en octobre 1969 en travaillant à la préparation d’une grande rétrospective de son oeuvre (qui aura lieu en 1970) au musée national d’Art moderne.

Comme Kandinsky, découvrant en 1939 sa première toile abstraite, nous sommes convaincus :

« Pour l’avenir, je mise sur Poliakoff ».

 

Florence Briat Soulie

 

Exposition : 

New York – Galerie Cheim & Read – Serge Poliakoff jusqu’au 30 avril

Cheim & Read – Expo Poliakoff – Informations

 

Galerie Cheam & Read

Galerie Cheim & Read – New York

 

Bibliographie : 

Par Marie-Victoire Poliakoff (Chêne)

Par Marie-Victoire Poliakoff (Chêne)

Marie-Victoire Poliakoff  : Serge Poliakoff, mon Grand-Père éditions Chêne. Un très beau livre avec de nombreuses photos que vous pouvez trouver à la galerie de Marie Victoire – 95 rue de Seine – 75006 Paris – Tel : 0143251012

Catalogue du Musée d’Art Moderne « Le rêve des formes » par Dominique Gagneux, commissaire de l’exposition du 18 octobre 2013 au 23 février 2014.

Catalogue de l’exposition Poliakoff « Le rêve des Formes » par Dominique Gagneux

http://www.dailymotion.com/video/x16vlwy_exposition-serge-poliakoff-le-reve-des-formes_creation

http://www.artlinefilms.com/catalogue/serge-poliakoff

http://www.francebleu.fr/patrimoine/peinture/ils-ont-fait-paris-et-sa-region/serge-poliakoff

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