Jardinons les possibles dans les Serres de Pantin

Graffiti sur le pignon des Serres de Pantin

Un programme à Pantin

Tout un programme ! conçu par Isabelle de Maison Rouge et Ingrid Pux deux commissaires passionnées qui nous entraînent dans leur jardin artistique avec tellement d’enthousiasme que je n’ai pu qu’être conquise !

Deux commissaires

Suivre une visite avec Isabelle de Maison Rouge est très facile, tout coule de source, et comme dans ses livres, la commissaire, historienne de l’art nous donne les clés de toutes ces oeuvres qui défilent dans ces Serres de Pantin.

Ivan Argote « Sweet potato » au 1er plan et sur le mur Pauline Bazignan au centre et à droite
Isabel Aguera 2017 ©EDTR.Photography

La nouvelle destinée d’une friche industrielle

Le lieu est décapant : les Grandes Serres de Pantin, des halles gigantesques en fer, tôle et briques situées sur le Canal de l’Ourcq, proche des Magasins Généraux. Un projet immobilier Alios

Une exposition qui s’articule autour de 4 thèmes très reconnaissables Nos Cabanes, Horizons Différents , Philosophie végétale et Génie des bêtes.

La visite est amusante, je découvre une architecture industrielle très en vogue et qui bénéficie d’une seconde vie, direction CULTURE.

Je suis arrivée, j’aperçois sur le pignon extérieur, un énorme graffiti à l’échelle du lieu, qui représente une tête de femme avec des yeux immenses.

Des jeunes artistes : une exposition

A l’origine de ce projet : un mail écrit à Isabelle de Maison Rouge par une jeune artiste américaine Chelsea Mortenson en résidence sur place, elle et 4 autres artistes demandent tout simplement une exposition Il n’ y a plus qu’à trouver un concept !

Chelsea Mortenson « Wilderness (a place people aren’t meant to linger) » 2019 ©EDTR.Photography

Réalisée en très peu de temps, l’idée était de réunir sous cette verrière 50 artistes/ 50 oeuvres.

Réunir 50 artistes / 50 oeuvres

La nature, un thème cher à tous ces artistes, sujet récurrent, tout le monde en parle de l’écologie, du recyclage, de l’avenir de la planète et de ses habitants et c’est ce lien qui devient le fil conducteur de l’évènement Jardinons les possibles.

Ici les grandes toiles deviennent toutes petites, enfin au départ, puis notre oeil s’habitue et les peintures, car elles sont très présentes reprennent leurs vraies dimensions.

Bacon rêvait de cinéma, la jeune scène artistique assure la peinture

La peinture devient de plus en plus difficile, Je pense que peut-être maintenant que si je pouvais revivre ma vie, au lieu de faire la peinture, je ferai du cinéma (…) Je crois qu’avec les jeunes, que peut-être, la peinture va mourir, car j’ai remarqué que les jeunes, ils sont plutôt intéressés quand on parle de l’art conceptuel, il faut toujours presque faire des photos et je crois que cela touche plus près au cinéma qu’à la peinture «  Francis Bacon extrait trouvé dans La Compagnie des Oeuvres / France Culture Francis Bacon(2/4) « De l’épouvante considérée comme un des beaux-arts » podcast 1er octobre 2019

Les portes s’ouvrent sur un triptyque de Gaël Davrinche qui représente des fleurs qui se fanent, il est si grand qu’il cache le reste du lieu aiguisant la curiosité.

Gaël Davrinche « Agapanthus » ©EDTR.Photography

La peinture se positionne très fortement dans cette exposition, confortant sa place dans le monde de l’art. Isabelle de Maison Rouge me confirme qu’à l’Ecole des Beaux Arts, l’atelier de François Boisrond ne désemplit pas. Ici les grands et petits formats s’enchaînent sur les murs de briques.

Peinture d’histoire

J’aperçois d’abord deux paysages très graphiques de Olivier Masmonteil, des beaux ciels soulignés de traits multicolores, un artiste imprégné de la peinture d’histoire. Voir article précédent : https://thegazeofaparisienne.com/2019/02/22/dans-latelier-dolivier-masmonteil/

Puis c’est au tour d’une peinture à fond noir, inhabituel pour Pauline Bazignan, elle s’est inspirée de la Bataille de San Romano de Uccello. Le tableau arrive directement du Fort Saint André où vient de se terminer son exposition De mémoire. La mémoire de ce chef-d’oeuvre de l’histoire de l’art qui prend son envol vers le XXIe siècle. Une oeuvre aux consonances très lyriques, accentuées par le sens de Uccello qui veut dire oiseau en italien et j’adore cela !

Pauline Bazignan ©EDTR.Photography

Beaucoup de peintures suivent, celles de Adrien Belgrand, un été très réaliste, saturé de couleurs.

Adrien Belgrand « Eté » 2017 ©EDTR.Photography

Nature, détournements…

Les oiseaux d‘Isabel Aguera me font penser à la mer à la pollution pétrolière, leur noirceur me rappelle je ne sais pourquoi ces marées noires dramatiques.

Isabel Aguera ©EDTR.Photography

Changement de destinée et un sourire pour cette grosse sweet potato sculptée par Ivan Argote,(voir photo plus haut) qui détourne le côté ordinaire de cette patate douce recouverte d’une feuille d’or et ainsi transformée en oeuvre d’art.

Pauline Orhel « Envols » 2019

Construisons des cabanes…

Poétique, la maison de l’air de Jisoo Yoo, cabane nacrée faisant penser au film de Hayao Miyazaki, Le château dans le ciel mon imagination ne tient qu’à un fil, prête à décoller vers des horizons lointains…

Benjamin Sabatier « Structure I, bois et béton » 2015 ©EDTR.Photography

Jolie perspective que cette entrée en matière de tubes métalliques. Ici et là des éléments industriels ponctuent l’exposition et deviennent beaux sous l’impulsion de l’exposition et parfois inspirent l’artiste comme cette cahute, vestige des anciennes halles. Sylvain Ristori a décidé à partir d’éléments trouvés sur place d’ construire à côté sa cabane, armé de son fer à souder il relie tous ces tubes, un peu comme un Meccano de notre enfance.

Recyclage encore avec les 4 petites cabanes empreintes d’humour de Rodolphe  Baudoin, celui-ci raconte des histoires avec elles, lui permettant d’aborder toutes sortes de sujets. Avec lui les personnages, les animaux étranges araignées , escargots. s’animent.. l’artiste n’utilise que des matériaux de récupération pour leur construction.

Performance

Spirituel, ce saut de l’ange dans la terre d’argile qui prend forme au goute à goute et qui rappelle à l’artiste Fabien Léaustic l’enfant qui se jette dans le sable. Une idée du temps qui passe, de l’empreinte de notre passage sur terre ?

Fabien Léaustic « Jouer l’effondrement »

Vue du ciel

Déambulation sur les parterres accidentés des serres, à chaque détour notre curiosité nous fait tourner notre regard vers une nouveauté des toiles accrochées à un fil qui représentent des morceaux de ciel, minuscules détails de peintures repris par le peintre Nicolas Dhervillers.

En face le Mont Blanc côté face nous sommes en France, côté pile en Italie, à partir d’une toile grand format, Tristan Vyskoc en tire des impressions qui rappellent des chaînes de prières tibétaines. L’artiste veut aussi nous faire réfléchir sur la pollution très forte de ce soit disant « air pur » de la vallée du Rhône.

Tristan Vyskoc « Inspire ! » 2019

Histoire Mémoire

Fonctionnalité de l’art ? Cyril Zarcone, pose la question de la la place de la peinture, une Vénus de Milo qui deviendrait du mobilier de jardin ?

Cyril Zarcone « Vénus à l’arche », 2019,1er plan et Jeanne Susplugas « All the world’s a stage » 2013 au 2nd plan

Toujours les mêmes questions : utilitaire ou art ? avec Sara Favriau qui utilise des boutons trouvés dans une usine où elle se trouvait en résidence, des milliers de boutons qu’elle relie entre-eux leur offrant une 2nde vie, sous forme de sculpture.

Sara Favriau « Les belles manières » 2018 ©EDTR.Photography

Nicolas Henry pour l’occasion a fait une oeuvre in-situ rappelant les boat people et faisant écho à l’installation de la place du Palais Royal jusqu’au 27 octobre , Emmaüs le tour d’un monde de près de 200 photographies des personnes aidées et des aidants d’Emmaüs.

Nicolas Henry – Installation in-situ ©EDTR.Photography

Matthieu Boucherit a fait une installation en peinture à partir de photos trouvées sur internet gommant le contexte d’où le fond noir, soulevant les questions des frontières, de l’image, des pays…

Matthieu Boucherit « Déplacements » 2019 ©EDTR.Photography

En forêt, les arbres…

Jérôme Combe nous offre un réel travail de ciseleur avec ses photographies de forêts inquiétantes, presque irréelles, comme gravées par lui. Il m’explique que la photographie n’est que le support utilisé par lui afin d’exprimer ce qu’il ressent en patientant en forêt, attendant l’instant magique rêvé.

« Techniquement tout est à la prise de vue, et c’est juste ma façon d’aborder le sujet , je me sens beaucoup plus proche de la peinture ou de la gravure, j’utilise la photo car je suis à l’aise avec ce médium, je joue avec ses codes, avec le rapport avec la réalité. Pour moi quand je fais une image, j’appelle cela un tableau, je suis déjà dans le tableau, je travaille la réalité qui est celle de ces deux plans du tableau. Je joue avec les codes de la photo mais en même temps je suis comme un peintre avec sa palette de couleurs dehors… » Jérôme Combe

Jérôme Combe « aux goûts du Jour #5 » 2018 ©EDTR.Photography

Peinture ou photo

Avec Youcef Korichi, un travail photographique mais non c’est de la peinture, époustouflant ! Pour l’artiste le cliché est le point de départ qui nous pousse à réfléchir à aller plus loin que toutes ces images dont nous sommes envahis, au delà de ces grillages… Notre oeil est déboussolé au premier abord face à ses toiles.

Et si je regardais la lune

Observer la trajectoire de la lune descendante ou montante, effacer toutes traces extérieures c’est ce que fait Harold Guérin, le résultat est fascinant, le trait lumineux de la lune face au noir mat de l’obscurité est très beau. Les images paraissent d’abord toutes semblables, puis un détail lumineux apparait, serait ce le passage d’une voiture, ou encore la marque d’une éolienne ?

Harold Guérin « Silence Exposure » ©EDTR.Photography

Et pour finir des fleurs

Des fleurs pour clore cet article, la légende d’un lys de Corine Borgnet, les fleurs fragiles en céramique de Victor Levai faisant écho à la plante verte grimpante du lieu ou encore de magnifiques bouquets de fleurs en plastique recyclé d’Emilie Benoist

A vous de profiter de ce week-end ou encore de ces quelques jours pour surtout ne pas manquer cet évènement artistique, histoire de prendre un peu le large aux portes de Paris avant la Fiac.
Florence Briat Soulié

Lionel Sabatte « Grand bouc en thé » 2014

INFORMATIONS :

Jusqu’au 19 octobre 2019

LES GRANDES-SERRES DE PANTIN
1 rue du Cheval Blanc 93500 Pantin

Exposition orchestrée par la curatrice Isabelle de Maison Rouge et la co-curatrice Ingrid Pux avec le soutien et la collaboration du Collectif Diamètre Ø 15 et la participation du collectif Oyé.
ouverture pour la Nuit Blanche
5 octobre 2019 ouvert au public de 18h à 2h
12/13 octobre 2019 12h-18h : sur invitations et inscriptions
19 octobre 2019 : 12h-18h : sur invitations et inscriptions

Isabelle de Maison Rouge est professeur d’histoire de l’art à New-York University et a écrit plusieurs livres décryptant l’art contemporain.

BIBLIOGRAPHIE : https://www.babelio.com/auteur/Isabelle-de-Maison-Rouge/59197/bibliographie

ARTISTES

Actions Anonymes S.A., Isabel Aguera, Ivan Argote, Rodolphe Baudouin, Pauline Bazignan, Adrien Belgrand, Emilie Benoist, Ghyslain Bertholon, Alexis Blanc, Alain Blondel, Mauro Bordin, Corine Borgnet, Matthieu Boucherit, Jean-Baptiste Boyer, Jérôme Combe, Victor Cord’homme, Gaël Davrinche, Romina de Novellis, Nicolas Dhervillers, Gérald Faro, Sara Favriau, Grégory Forstner, Jérémy Gobé, Harold Guérin, Nicolas Henry, Youcef Korichi, Yann Lacroix, Fabien Léaustic, Victor Levai, Isabelle Lévénez, Olivier Masmonteil, Philippe Mayaux, Chelsea Mortenson, Barbara Navi, Pauline Ohrel, Simon Pasieka, Laurent Pernot, Sylvain Ristori, Simon Rousset Roy, Nicolas Rubinstein, Benjamin Sabatier, Lionel Sabatté, Timothée Schelstraete, Jeanne Sus- plugas, Anna Ternon, Yann Toma, Clarisse Tranchard, Tristan Vyskoc, Jisoo Yoo, Cyril Zarcone

3 réflexions sur “Jardinons les possibles dans les Serres de Pantin

  1. Pingback: Histoire d’atelier / Pauline Bazignan | The Gaze of a Parisienne

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