reGeneration4: Zoom sur la jeune scène internationale de la photographie

J’avance d’un pas rapide vers le Musée de l’Elysée de Lausanne, impatiente de découvrir la sélection des jeunes talents de la photographie présentés. Miroir de notre époque, leurs travaux portent sur les thèmes qui nous concernent tous: l’engagement politique, économique ou éthique, l’écologie, le sujet de l’égalité et des genres, le challenge de la culture du digital et de la virtualité. Ce qui me frappe dans cette 4ème édition de reGeneration, c’est l’attention portée à la beauté des images. Quelle que soit la dureté des messages délivrés, ces jeunes photographes s’appliquent à les exprimer avec une esthétique extrêmement soignée. Ne dit-on pas que la Beauté sauvera le Monde* ?

Yuan Jin, Grow from Elapses, 2016-17 ©thegazeofaparisienne

Cette année le comité de sélection a retenu 35 artistes sur les 260 candidats, issus du monde entier.

Visite de reGeneration4 en quelques mots et images choisis.

L’émouvante quête d’identité de Yaquine Lefèvre (née, 1993)

Yaquine lefèvre, The Land of promises », photo ©thegazeofaparisienne

Yaquine Lefèvre a été adoptée par un couple Belge. Son travail, « The Land of promises », est une recherche sur ses origines. Elle retrace le fil de son histoire à travers des photographies prises par son père en Chine, lors de leur première rencontre, en 1994, ainsi que des images de 2017, lorsqu’à son tour elle découvre sa terre natale. S’y ajoute un éclairage sociologique. Yaquine Lefèvre tente de comprendre le contexte et les raison des fréquents abandons de petites filles en Chine. Devant ces photos, on ressent toute son émotion dans cette quête intime.

Yuan Jin (née,1988) efface les inégalités avec poésie

Yuan Jin, Grow from Elapses, 2016-17 ©thegazeofaparisienne

Grand coup de coeur! Au départ, je suis séduite par ces visages-fleurs ou cactus, colorés et joyeux, donnant un air « pop » à ces images formelles. Mais la démarche de l’artiste ne s’arrête pas là. Yuan Jin travaille sur des photos du début du XXème siècle, achetées aux Puces, qui révèlent les contrastes de la société Chinoise. D’un côté, posant pieds nus en vêtements usés, les paysans, d’un autre, richement apprêtée, la société bourgeoise. Les motifs floraux ou végétaux, peints par l’artiste, cachent les visages, effaçant toute distinction entre les uns et les autres. Yuan Jin rétablit ainsi une forme d’égalité entre enfants et adultes, hommes et femmes, riches et pauvres. Magnifique!

Nathaniel White (né,1992) : la beauté de la nature pour évoquer la tragédie des migrants

Nathaniel White, installationRoutes , 2020 , photo ©thegazeofaparisienne

Ces images pourraient évoquer les lignes d’horizon du grand Sugimoto. Nathaniel White y a peut- être pensé. Cependant, le propos du jeune artiste Britannique est tout autre. Il a longuement répertorié, en consultant les registres de l’organisation internationale pour les migrants, chaque lieu où des migrants ont perdu la vie. Ces horizons de mer Egée, Méditerranée et mer du Nord, sont les lieux précis des nombreuses tragédies individuelles, où des hommes sont morts, à la recherche d’une existence meilleure.

Plus loin, des immenses rubans bleus ressemblant à des pellicules de photos géantes déroulées, tombent sur le sol. Cette installation est en réalité un collage, composé de 17967 images satellites prises le long des 3 grandes routes migratoires européennes. Chaque image montre l’endroit où une personne a été signalée disparue, entre 2014 et 2020.

Abd Doumany : ne pas oublier les victimes de notre histoire

Abd Doumany, The layered cemetery of Douma, 2015-19,

Ces photos frappent et émeuvent. Elles sont le témoignage d’un Syrien qui veut montrer, au monde, la réalité meurtrière de la guerre dans son pays. Cette vérité que le gouvernement en place tente de dissimuler, en faisant disparaitre tous les documents ou photos y référant. Pour lutter contre l’oubli de ces victimes et rétablir la vérité historique, Doumany a fait ses propres recherches. Il nous livre les images de la douleur de ces familles qui enterrent leurs enfants. Un voile de tissus de linceul recouvre pudiquement les images des corps. Infiniment touchant.

Erik Berglin – Magie de la sérendipité! Lorsque le hasard et la technique ouvrent de nouvelles expressions artistiques

Erik Berglin, Tulip variations, 2020 , photo ©thegazeofaparisenne

On ne voit qu’elle! Cette photo très séduisante avec ses lignes verticales de couleurs vives partant d’un champs de tulipes, est en fait le résultat magique d’un accident d’impression! L’artiste a, par erreur, ôté la clé USB pendant l’impression d’un fichier et la machine a repris, la même ligne de pixel jusqu’au bout de l’image. Fasciné, Berglin a décidé d’explorer ce champ d’expression. Il investigue de nouveaux processus de création où l’homme, l’appareil photographique et l’imprimante jouent chacun leur part. Le résultat donne une image unique, impossible à répliquer à l’identique.

Emile Sadria (né,1986) , une magnifique fleur…de métal usé!

Emile Sadria Obsolete, 2019, photo©thegazeofaparisienne

Comment un cable électrique usé devient une vraie image d’Art! L’artiste Danois présente le cordon hors service comme s’il s’agissait d’un publicité pour un magnifique objet de luxe. Il dénonce ainsi « l’obsolescence programmée » des biens de consommation dans le système capitaliste et renvoie à la précarité de nos propres vies. Pour ma part, je trouve que cette « fleur » de métal est une très belle façon d’immortaliser ce cordon « obsolète!

Zhibin Zhang (1991) recycle des outils abandonnés en créations artistiques

Zhibin Zhang, Mechanical growth, photo ©thegazeofaparisienne

Sur ce même thème de l’obsolescence, je suis captivée par les natures mortes de Zhibin Zhang. Je trouve à ces sculptures de rebus mécaniques un air de ready-made à la Duchamp. L’artiste Chinois a récupéré les outils, machines, rouages, etc dans des usines manufacturières désaffectées. Ce qui me touche particulièrement est l’introduction subtile de la vie dans ses « natures mortes ». Telle la petite plante apparaissant dans cette image, défiant l’obsolescence définitive.

avec mon amie Emilie Renault devant l’installation « Routes » de Nathaniel White, photo ©thegazeofaparisienne

C’est toujours passionnant de découvrir les talents émergents qui façonneront la scène photographique de demain. Pleins de spontanéité, d’énergie et de sensibilité, les 35 artistes sélectionnés pour reGeneration4 montrent un fort engagement dans les enjeux de notre époque et une remarquable créativité. Bravo au musée de l’Elysée de Lausanne et à toute son équipe, dirigée par sa brillante directrice Tatyana Franck, pour avoir magnifiquement perpétué ce rendez-vous quinquennal.

Cette exposition accompagne la fermeture provisoire du Musée de l’Elysée de Lausanne, Dimanche 27 Septembre, en préparation de son déménagement au sein du nouveau quartier des Arts, Platforme10, où il jouira d’un magnifique espace.

Caroline d’Esneval

Commissaires de l’exposition reGénération4 : Pauline Martin et Lydia Dorner

* citation de Dostoievski

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