Tout un film ! Au Drawing Lab

PAR MARIE SIMON MALET

16 JANVIER – 25 FEVRIER 2021

Exposition collective en partenariat avec La Cinémathèque française.
Commissaires d’exposition: Joana P.R. Neves en collaboration avec Françoise Lémerige, chargée du traitement de la collections des dessins et œuvres plastiques de La Cinémathèque. 

Sébastien Laudenbach. Séquences 21, 09, 17 et 14. Dessins d’animation. Feuillets à l’encre et au lavis d’enccre. La Jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach, France, 2015. Collection Cinémathèque française.

Si vous êtes en manque d’expositions – elles sont si rares en ces temps de disette culturelle – allez voir Tout un film ! une exposition consacrée aux interactions entre cinéma et dessin conçue en collaboration avec La Cinémathèque française. Initialement prévue pour être présentée lors de la 14ème édition de la Drawing Now Art Fair de mars 2020, puis annulée pour une cause hélas trop bien connue aujourd’hui, cette exposition a trouvé naturellement refuge au Drawing Lab, centre d’art privé dédié à la promotion et à la diffusion du dessin contemporain. Tout un film ! s’est donc affranchie de la Foire et s’offre une nouvelle séquence qui ravira les amateurs de dessin contemporain et les cinéphiles. 

Paul Grimault – « La bergère et le ramoneur » circa 1948. Celluloïd d’animation. Dessin sur acétate de cellulose à l’huile en couleurs, 27 x 39 cm. La bergère et le ramoneur de Paul Grimault, France, 1948. Collection cinémathèque française.

Elle permet aussi d’opérer une mise au point sur le statut de l’image, les œuvres réunies explorant la construction d’une fiction par le dessin, l’élaboration graphique de l’image animée, un monde qui prend forme sous un trait de crayon…  

Mathieu Dufois « Et nereste que le décor » 2020-2021. Installation. Maquette, papiers, pierre noire, pastel sec, cartons, tasseaux, circa 52 x 65 x 35 cm. Film d’animation, environ 3’00 », 3/2 full HD, son

L’exposition présente une sélection de dessins issus du fond de La Cinémathèque française et le travail d’artistes contemporains invités par Joana P.R Neves, directrice artistique du Drawing Now : Mathieu Dufois, Sébastien Laudenbach, Camille Lavaud, Antoine Marquis, Elsa Werth. Elle se termine par la projection d’un film de 8,02 minutes réalisé en 2013 par l’artiste sud-africain William Kentridge. Tide Table fait partie d’une série de « Drawing for Projection », des vidéos en forme de « dessins animés » : Kentridge photographie ses dessins au fusain, dessins qu’il a retravaillé, gommé, brouillé et dont il projette ensuite les images. Les dessins s’animent par la magie de la succession et des superpositions : d’une image en naît une autre… dans un mouvement poétique, lent et paisible.

Akira Kurosawa. Maquettes de costumes. 3 dessins sur papier à la mine de graphite. Les sept samouraïs d’Akira Kurosawa, Japon, 1954. Collection de la Cinémathèque française.

Parmi les collections du fond de La Cinémathèque, une planche du story-board du Parrain II (1973) dessinée par Alex Tavoularis, trois rares maquettes de costume du film Les Sept Samouraïs (1954) croquées par son réalisateur Akira Kurosawa -Kurosawa avant d’être le cinéaste japonais le plus célèbre de sa génération avait rêvé d’être peintre et l’on apprend qu’il a beaucoup utilisé le dessin et la peinture pour son œuvre cinématographique-

Paul Grimault – « La bergère et le ramoneur » circa 1948. – Le Roi- Celluloïd d’animation. Dessin sur acétate de cellulose à l’huile en couleurs, 27 x 39 cm. La bergère et le ramoneur de Paul Grimault, France, 1948. Collection cinémathèque française.

Il y a surtout trois joyaux : des dessins sur support celluloïd (c. 1948) du premier film d’animation de Paul Grimault, La Bergère et le ramoneur. Ces celluloïds d’animations sont des archives d’une grande préciosité qui à elles-seules me donnent envie de retourner au Drawing Lab. J’ai été émue et émerveillée par la beauté de ces planches transparentes mises en couleur au verso par les gouacheurs afin d’être superposées aux décors selon le processus originel des premiers dessins animés et surtout parce que Le Roi et l’Oiseau est l’un de mes films préférés. Premier film d’animation français et chef-d’œuvre né de la collaboration de Grimault et de Prévert, il avait connu une première version sortie en 1953, en Angleterre, dont les cellulos sont présentés ici. Le Roi et l’Oiseau, la version définitive et approuvée par ses auteurs, ne sortira en France qu’en 1980. 

Les artistes rassemblés autour de ces documents ont tous en commun d’être influencés et fascinés par le cinéma : la plasticienne Camille Lavaud crée de fausses affiches de films rétros et projette des vidéos en forme de bandes-annonces de films noirs… Un habile montage de fictions improbables, de mises-en-scène déjantées et de génériques loufoques. Un hommage détourné également chez Antoine Marquis, cette fois à l’esthétique ésotérique et psychédélique du film La Montagne Sacrée d’Alejandro Jodorowski (1973). Mathieu Dufois dont l’univers graphique est très inspiré par le cinéma a travaillé sur les dessins du décor d’un film de Marcel Carné (1947) La Fleur de l’âge qui ne vit jamais le jour. Il a conçu spécialement pour l’exposition, à partir d’une esquisse du décorateur Alexandre Trauner conservée à La Cinémathèque, Et il ne reste que le décor, une maquette et un film d’animation.

Sébastien Laudenbach – (Etape finale pour la version japonaise de l’affiche de La Jeune fille sans mains), circa 2015. Maquette d’affiche. Dessin sur papier à l’encre, 21 X 29,7. La Jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach, France, 2015. Collection Cinémathèque française.

On peut aussi voir les émouvants dessins du long métrage d’animation, La Jeune fille sans mains, de Sébastien Laudenbach, adaptation d’un conte des frères Grimm qui remporta le prix du Jury au Festival d’Annecy en 2016. 

Antoine Marquis – 2020 – Dessins d’après la Montagne Sacrée de Jodorowsky. Techniques mixtes sur toile. 18 x 24 cm chaque.

Gratuite et très condensée, l’exposition Tout un film ! donne envie de courir à La Cinémathèque dès sa réouverture -vivement la fin de cet arrêt sur images !- et au prochain Drawing Now qui se tiendra au Carreau du Temple du 10 au 13 juin 2021.  

TOUT UN FILM !

À découvrir de 11h à 17h30, du mardi au samedi jusqu’au 25 février

Au DRAWING LAB PARIS 

Centre d’art contemporain privé dédié au dessin

17, rue de Richelieu, 75001 Paris 

Drawing Lab – Salon – bibliothèque – librairie.©Marie Simon Malet

2 réflexions sur “Tout un film ! Au Drawing Lab

  1. Etonnant entre privé …ouvert ?

    Les merveilleux dessins du Roi et l’Oiseau sont des frères Gaëtan et Paul Brizzi, génies du cinéma d’animation, primé et même embauchés par Disney et Pixar, c’est dire !

    Merci Florence de ces belles (re)découvertes
    Antoine

    Aimé par 1 personne

Répondre à antoine beslon Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s