Frank Horvat (1928-2020), « Only for few »

Frank Horvat
Frank Horvat

Certains jours sont des surprises, on se rend à un rendez-vous dans le studio d’un grand photographe Frank Horvat (1928 Abbazia, Italie.-2020) et on se retrouve devant un trésor. Des années d’archives défilent sous mes yeux. Frank Horvat, un artiste de la lumière, sculpteur de cette lumière pour nous inventer des images du Monde.

Frank Horvat et fsa fille Fiammetta en Sicile

Je suis accueillie par sa file Fiammetta, héritière de l’oeuvre d’un père hors du commun. Ce père qu’elle a suivi depuis sa naissance, toutes ces années avec lui, lui ont permis de tisser ce lien pas seulement affectif mais autour d’une passion : la photographie.

Fiammetta est aussi une artiste, elle est actrice et se sent investie d’un devoir de transmission de cette oeuvre, elle semble connaître si bien le travail de son père, les moindres petits papiers annotés, tous ces négatifs, tirages, livres qui s’empilent dans l’atelier. Sans compter l’importante collection de photographies, résultat d’échanges avec d’autres photographes.

Frank Horvat , 1978, Nevada, USA, aspen trees in snow

Tout était matière à projet pour Frank Horvat, de cette maison studio qu’il a imaginée, lieu de travail et de vie baigné de lumière naturelle, noir et blanc comme la photographie avec quelques touches de couleurs sur la façade au printemps, recouverte de glycines. Frank Horvat travaillait de façon intense, dormait très peu, tant de choses à réaliser, les photos, mais aussi l’écriture et les livres, dont certains qu’il éditait à compte d’auteur, c’était la collection blanche « only for few », qui regroupait les livres de sa vie, de nombreuses maquettes restent inachevées. Il y avait aussi Entre Vues, une série de petits livres où Frank Horvat interview d’autres photographes, une idée formidable de conversation entre deux photographes. On y retrouve entre autres Sarah Moon.

Frank Horvat : Mais savez-vous quand vous avez la photo? Ou n’êtes-vous jamais tout à fait sure ?

Sarah Moon : Parfois je sais. Mais la plupart du temps, même quand je crois l’avoir, je ne peux pas m’empêcher de chercher plus loin et j’oublie bientôt que je pensais l’avoir.

Frank Horvat : C’est exactement la même chose pour moi.

Sarah Moon: Parce que ça arrive si vite. Et une seconde plus tard, je ne suis plus sûr que cela se soit produit. A un moment donné, je dis à tout le monde: « Ça y est, on a fini! » mais ensuite je leur demande de rester pour un autre rouleau, 

Extrait de Entre Vues – HORVATLAND – PROJETS – LES ANNÉES 80 – ENTRE VUES
Frank Horvat
La mallette aux souvenirs de Frank Horvat

Il aimait les voyages, partait sans cesse à travers le monde, parlant plusieurs langues, le langage était pour lui la clé de nombreux mystères. Vivant avec son temps, les nouvelles technologies le passionnaient et il n’hésitait pas à les utiliser, à profiter de ce qu’elles pourraient lui apporter. C’était le cas avec Apple, rare photographe à utiliser l’informatique, un autre langage. A la pointe du progrès, dès 1992 il utilise un ordinateur Apple, et se sert de Photoshop.
Il ira jusqu’à créer une application à usage unique qui répertorie toutes ses photos Horvatland.

Une rencontre décisive

il rencontre Henri Cartier Bresson en 1950 un modèle pour lui, ce dernier l’incite à utiliser le Leica Vous ne photographiez pas avec votre estomac mais avec vos yeux ( Leica)

Avec le Leica , soudainement l’appareil est portable, cela change tout !

Il a 27 ans  en 1955, et il participe à l’exposition mythique : The Family of man hymne à la vie au MoMA initiée par Edward Steichen. L’exposition est considérée depuis comme bien universel par L’UNESCO et appartient au “Registre de la Mémoire du Monde” 

https://www.ina.fr/video/VDD11021509


Frank Horvat, studio
Frank Horvat, studio

J’apprends beaucoup en écoutant Fiammetta égrener les précieux enseignements de son père, regarder une image sous son aile prend une dimension différente, à présent, tout s’éclaire :

Frank Horvat était obsédé par le lien entre les choses, pour lui une bonne photo c’est lorsque qu’on est attiré dans un premier temps par un élément rejoint par des associations d’idées qui font que la photo est bonne. Si la photo ne raconte qu’une seule chose, elle est bancale.

L’histoire de l’arbre

La connaissance des choses était pour lui un tronc d’arbre, d’où partent des ramifications, les branches sur lesquelles s’accrochent divers éléments
Il a écrit un texte sur l’arbre en expliquant sa théorie : le photographe est le parasite de l’arbre , et comme le parasite, il est celui qui va porter l’idée de quelque chose dans le monde. Deux livres importants ont suivi, en 1978 The Tree avec John Fowles et en 1994 celui de Michel Cazenave Arbres aux Imprimeries Nationales.
Très enthousiaste sur Wikipedia qui symbolise tous ses préceptes , c’était comme si Dieu avait exaucé son vœu le plus cher ! concrétisé par l’entrée dans une notion puis à partir de cette notion dans une autre notion et ainsi de suite

John Fowles & Frank Horvat « The Tree » 1978

« Oui, les arbres ont pour moi une signification particulière. Ce fut autour de ma maison de Cotignac, en élaguant les chênes verts, les chênes blancs, les genevriers et les pins, que je retrouvai le souvenir des lauriers et des bambous d’Abbazia, parmi lesquels je me cachais au temps de ma petite enfance, peut-être justement pour tourner le dos à des situations que j’ai fini par enfouir dans un oubli presque total. Et ce fut à partir de ce souvenir physique de feuilles et de branches, ravivé chaque matin par d’autres branches et d’autres feuilles coupées ou épargnées par mon sécateur, que je parvins, ce mois d’août en Provence, à reconstruire dans les pages d’un cahier certains fragments de cet univers refusé. Comme un miroir dans lequel je me serais perdu et devant lequel, quarante-cinq ans plus tard, je me serais un peu retrouvé ». Frank Horvat préface de The Tree, 1978 John Fowles & Frank Horvat

Histoire de mode – Harper’s Bazaar

Frank Horvat - Harper's BazaarFrank Horvat - Harper's Bazaar
Frank Horvat – Harper’s Bazaar

Faute de studio, il photographie ses mannequins dans la rue, c’est une grande nouveauté car à cette époque la mode était synonyme de sophistication, les mannequins étaient tous sur un même moule, Frank Horvat , lui les entraine avec lui hors des paysages des maisons de couture il balance les diktats : rouge à lèvre, coiffures stylisées, grands chapeaux… il photographie les modèles en situation, dans leurs tenues haute-couture qui contrastent avec la rue. Cela dure un temps et il se lance un nouveau défi : le fond blanc !


A 20 ans il a déjà beaucoup de succès, les photographes de mode dans les années 50 sont très peu nombreux, la presse explose et lui il invente une nouvelle « mode »

Puis, il en aura assez et partira presque sur un coup de tête en 1962 pour un tour du monde.

Innovant – Vraies Semblances (1981-1986)

En cette période de covid, peut-être vous souvenez-vous du défi de Getty Images, il s’agissait de se transformer en sujet de peinture, par exemple la Laitière de Vermeer et de publier sa photo. Je découvre que Frank Horvat avait imaginé les Vraies Semblances et d’ailleurs fait poser sa fille Fiammetta en Ménine de Vélasquez, ces images sont réunies dans un livre publié par les éditions Xavier Barral.

Frank Horvat - Vraies -semblances - A droite Fiammetta en Ménine de Vélasquez.
Frank Horvat – Vraies -semblances – A droite Fiammetta en Ménine de Vélasquez.

« (…) Je dois avouer qu’au début, je n’étais pas un grand connaisseur de la peinture classique. Mais peu à peu, au fur et à mesure que ce jeu d’associations s’est développé et que le projet a pris forme, j’ai commencé à revisiter les musées et à constituer une petite bibliothèque de livres d’art, ce qui a contribué à nourrir mes fantasmes.  » Frank Horvat

Frank Horvat, collectionneur
Frank Horvat, collectionneur

Toujours un éternel recommencement, une image puis une autre, des milliers d’images, tout est prétexte pour un nouveau sujet : une nouvelle rencontre, un reportage, un voyage, effaçant à chaque fois le précédent, pour l’auteur à la recherche de la perfection, d’une histoire de sa vie. Mais pour nous simples regardeurs, il nous reste toutes ces photographies, témoignages d’instants capturés par le viseur de Frank Horvat.

Florence Briat Soulié

Fiammetta Horvat
Marie Simon Malet et Fiammetta Horvat

Pour découvrir les oeuvres de Frank Horvat, il suffit d’ouvrir le lien ci-dessous Horvatland

http://www.horvatland.com/WEB/en/home.htm

Exposition à la Maison Doisneau http://maisondoisneau.grandorlyseinebievre.fr/

Article à suivre par Marie Simon Malet

PS : J’apprends à l’instant que la belle exposition Noir et Blanc au Grand Palais qui n’a jamais ouvert ses portes verra le jour dans une prochaine programmation de la BNF qui possède de nombreux tirages de Frank Horvat.

Frank Horvat – Paris, années 50 – Maison Doisneau, exposition prolongée

3 réflexions sur “Frank Horvat (1928-2020), « Only for few »

  1. Gratitude pour cet écrit , ces superbes documents.
    Quelle justesse !
    J’ai moi même eu le très grand honneur de visiter l’atelier de cet immense artiste et si délicieux personnage.
    Une incroyable émotion que d’être guidée par sa fille !
    Ce moment est un des plus complexes en sensibilité que j’ai eu à vivre.
    Merci FRANK HORVATH.
    Merci FIAMETTA HORVATH.

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