« De Rodin à Louise Bourgeois », la sculpture dans tous ses états au MCBA

Le MCBA de Lausanne propose un fascinant voyage au coeur de la sculpture, à travers soixante oeuvres couvrant deux siècles d’histoire de l’Art – XIXème et XXème, ainsi que quelques incursions contemporaines.

Vue de l’Exposition « Matières en lumière, Sculptures de Rodin à Louise Bourgeois », au 1er plan, l’oeuvre monumentale de Richard Long Wood Fire Circle (1981), photo©thegazeofaparisienne

En découvrant l’exposition, je suis à la fois surprise, émerveillée et déroutée. La soixantaine de sculptures se présente dans un seul immense espace ouvert, baigné de lumière. Aucun parcours prédéfini, ni cartel révélant le nom de l’oeuvre, de l’artiste ou son époque, seul un numéro l’identifie . Cette liberté totale de déambuler sans repère ni référence, en suivant spontanément mon attirance pour certaines pièces, me parait à la fois déroutante et très réjouissante !

Vue de l’Exposition « Matière en lumière, Sculptures de Rodin à Louise Bourgeois », photo©thegazeofaparisienne

Le lien entre toutes ces oeuvres éclectiques, comme le mentionne Camille Levêque-Claudet, conservateur au MCBA et commissaire de l’exposition, réside dans un attachement commun « à la figuration, à la nature ou à l’objet ». Il les a regroupés autour de huit thèmes (Sculpter le sentiment , Saisir le mouvement, Enjeux du portrait, Corps fragmentés ou encore Matériaux récupérés, objets détournés etc..), les limites entre les différents ensembles restant floues. Le dialogue entre les oeuvres se fait ainsi naturellement autour d’idées, d’inspiration ou de formes, se jouant des époques et des styles .

Promenade libre dans l’espace de sculptures

Les amoureux

Le Baiser de Rodin (1886) , photo ©thegazeofaparisienne

L’exposition commence, pour moi, avec le mythique Baiser (1886) de Rodin ( 1840-1917), identifiable du premier coup d’oeil et toujours aussi émouvant. Les amoureux en inspirent d’autres, comme ceux de ConjonctionXII de Lynn Chadwick (1914-2003) ou les Initiés d’Auguste de Niederhäusern (1863-1913), dont la filiation artistique avec Rodin saute aux yeux.

J’aime à trouver également un élan romantique aux magnifiques mains qui s’étreignent, de l’artiste Américain Bruce Nauman (né 1941)… même si j’apprends par la suite que ce sont, en réalité, les deux mains de l’artiste.

Bruce Nauman, photo ©thegazeofaparisienne

The Wood Fire Circle , 1981

Au centre de l’exposition, la spectaculaire installation – 9 mètres de diamètre!- de Richard Long, Wood Fire Circle , composée de centaines de morceaux de bois brûlé, impressionne. Point névralgique et puissant, ne serait-ce que par sa monumentalité , toutes les pièces de l’exposition tournent autour d’elle .

Masques et souffrances

Comme une grande aile d’oiseau qui s’envole, l’oeuvre de Olivier Estoppey (né 1951) me saisit par sa grâce. Lorsque je m’en approche, je remarque que ces voiles sont des fils de fer tressés et ces ailes des masques grimaçants, réunis entre eux. Plus loin une sculpture de terre cuite glacée de la Japonaise Leiko Ikemura émeut par l’infinie tristesse qui semble la saisir.

Olivier Estoppey (né, 1951) Les cris dans la nuit (2011), photo©thegazeofaparisienne

Portraits sculptés

Portrait à travers le temps de Christopher Hewetson (1737-1798), Milo Martin (1893-1970), Auguste Rodin (1840-1917) à Alberto Giacometti (1901-1966)

L’art du portrait sur près d’un siècle à travers quatre sculpteurs m’interpelle. On passe ainsi du buste classique en marbre de Christopher Hewetson (1737-1798), à la tête pure et si belle de la Princesse Ethiopienne de Milo Martin (1893-1970), puis au Buste de Victor Hugo crée par Rodin en 1884 qui transmet, à travers l’intensité de son regard toute la dimension du génie de l’écrivain. Enfin le Buste d’homme (Lotar) d’Alberto Giacometti (1901-1966) conçu à la fin de sa vie, montre à quel point le sculpteur Suisse a apporté une nouveau souffle à la sculpture.

Corps fragmentés

Après les visages, je passe aux corps morcelés. Je m’amuse du doigt d’honneur pointé par Ai Weiwei au bout de son bras. Ce bras provocateur, armé de son doigt levé, s’est adressé à toutes les grandes institutions emblématiques du pouvoir ou de la culture dans le monde. Il est notamment exhibé à la foire d’Art internationale de Hong Kong en 2011, au moment où l’artiste est arrêté et condamné à l’isolement par le gouvernement Chinois.

Ai WEIWEI, Marble Arm (2007), photo©thegazeofaparisienne

Et puis il y a cette oeuvre, grande, en cage; à l’intérieur, deux mains en étreignent une troisième. Des miroirs s’ouvrant vers l’extérieur reflètent la scène et nous permettent de regarder à l’intérieur. Etrange, troublante oeuvre de Louise Bourgeois .

Louise Bourgeois, Cell IX, 1999, photo thegazeofaparisienne

Après avoir admiré des bestiaires sculptés, et un ensemble d’oeuvres représentant naïades et tritons de Carl Milles la promenade s’achève pour moi avec une oeuvre forte et minimaliste, composée de matériaux récupérés, de Jannis Kounelli (1936-2017), probablement la seule pièce abstraite dans cette exposition.

Jannis Kounelli le Pirée, 1989, photo ©thegazeofaparisienne

Une belle présentation qui donne vie à la sculpture, offre le plaisir de voir et revoir les oeuvres de grands maîtres historiques et actuels, et également de découvrir le talent d’artistes moins connus.

A voir jusqu’au 16 Mai seulement !

Caroline d’Esneval

Matières en lumière

Sculptures de Rodin à Louise Bourgeois

au MCBA de LAUSANNE

Jusqu’ au 16 MAi 2021

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