Anne et Patrick Poirier

Une très belle actualité en ce moment pour Anne et Patrick Poirier, orchestrée par la commissaire Laure Martin. Trois lieux avec chacun leur singularité, trois façons d’appréhender l’oeuvre de ce couple d’artistes et de comprendre leur propos.

Abbaye du Thoronet – Château La Coste – Domaine du Muy

Anima Mundi, Abbaye du Thoronet

L’Abbaye du Thoronet, lieu d’histoire et de mémoire, joyau de l’architecture cistercienne ne pouvait que plaire à Anne et Partrick Poirier. Depuis leur rencontre aux Arts-déco, il y a plus de 50 ans, un mariage en 1968, à rebours des conventions de l’époque ! Puis quatre années en résidence à la Villa Médicis, un couple d’artistes était né à l’instar de Gilbert et George ou encore Bernd et Hilla Becher.

Anne et Patrick Poirier dans le cloître de l'Abbaye
Anne et Patrick Poirier dans le cloître de l’Abbaye © The Gaze of a Parisienne

Le plus pur joyau de l’art cistercien

Des voyages aux quatre coins du monde, sur des sites archéologiques au Moyen-Orient, en Mésopotamie, berceau de notre civilisation, en Amérique centrale, en Italie… sur les traces de notre histoire pour revenir sur ce lieu si symbolique, cette abbaye isolée dans cette nature, entourée de chênes et construite entre 1160 et 1190 de pierres roses, d’une simplicité et d’une pureté extrêmes, aucune fioriture dans le respect des règles de l’abbaye de Cîteaux. En 1840, Prosper Mérimée inscrit cette abbaye comme le plus pur joyau de l’art cistercien.

Anima Mundi, l’âme du monde

« Une de nos préoccupations depuis toujours a été l’idée de la mémoire et de la psyché que nous matérialisons selon des images différentes comme celles du cerveau et des architectures. » Anne Poirier

« Notre travail a beaucoup à voir avec la fragilité du monde et c’était bien d’être dans un tel lieu qui parait costaud et qui reste très fragile. » Patrick Poirier

Abbaye du Thoronet – Exposition Anima Mundi – Anne et Patrick Poirier © The Gaze of a Parisienne

Anne et Patrick Poirier ont eu cette carte blanche dans cette abbaye qu’ils ont choisie d’investir et c’est Anima Mundi, l’âme du monde qu’ils nous révèlent par cette exposition. Une expérience ultime accentuée par cette arrivée dans la nef au son des deux gongs tibétains maniés par le couple, un son qui se démultiplie en écho, s’envolant dans les hauteurs de l’église, reconnue pour cette qualité de résonance. Tous les ans, un festival de chant grégorien a lieu sur place. L’âme du monde à la rencontre de la mémoire du monde, Memoria Mundi incarnée par ces coupes elliptiques de cerveaux stylisées que l’on retrouve dans le cloître, dessiné sur cette pelouse à partir de milliers d’éclats de marbre blanc de Carrare ou encore ce tapis aux formes et couleurs changeantes au rythme de la lumière du jour, effets accentués par les matières utilisées : la soie, la laine et la fibre de bambou. Les artistes s’adressent aux artisans du Népal pour fabriquer leurs tapis.

Memoria Mundi. 2019, courtesy Galerie Mitterrand, Paris. © Anne & Patrick Poirier. © The Gaze of a Parisienne

Anne et Patrick Poirier s’intéressent à de multiples techniques ou médium, le dessin, la photo, la sculpture, le vitrail.

Ils font appel à nos sens. Dans le jardin, c’est le son animé par le vent qui caresse les clochettes liées aux branches d’un chêne, rappelant les cloches tibétaines mais aussi celles des églises chrétiennes, dont « le long manteau blanc » a revêtu les paysages du Haut Moyen Âge. Des plumes blanches illustrant les anges rejoignent ces cloches allégoriques, rappelant cette croyance des habitants de l’Himalaya pour éloigner les mauvais esprits. Dans cet autre chêne « pleureur », ce sont des larmes, fioles en verre soufflé, en hommage aux victimes d’une synagogue de Bratislava pendant la deuxième guerre mondiale.

Abbaye du Thoronet avec devant l’arbre où se trouve installée « La voix du vent » © Anne & Patrick Poirier. © The Gaze of a Parisienne

Une oeuvre très sensible et parfois invisible à découvrir en l’air, dans des niches, dans des petites chambres. Reflets de l’âme illustre ces impressions avec ce cerveau en cristal posé sur un miroir aux multiples réseaux gravés, connections avec le Monde qu’on aperçoit en levant les yeux, un globe terrestre, petite boule minuscule qui se reflète dans la glace. Les artistes n’ont pas de discours politique mais soulignent cette attention au monde. Passionnés par l’histoire des religions et tout ce que cela signifie, ils s’infiltrent dans l’abbaye sans imposer quoi que ce soit en rappelant cette vie monacale d’autrefois dans ses travaux, mystiques, comme cette échelle qui semble monter vers les cieux, ou laborieux, avec le pressoir à huile. Nos sens sont sans cesse sollicités, olfactif, dans ce pressoir, Anne et Patrick Poirier ont créé le parfum de cette pièce tel qu’il aurait pu exister au temps des moines. Notre curiosité est attisée à son tour par ce petit escalier qui nous conduit vers La chambre des rêves et de l’oubli, ancienne chambre de l’abbé.

Pour vivre cette expérience offerte par Anne et Patrick Poirier, il faut regarder les espaces, les murs, se laisser porter par cette émanation qui se dégage au fur et à mesure de cette promenade dans l’Anima Mundi. Depuis toutes ces années, le couple n’a jamais cessé de travailler ensemble, de partager une réflexion, de voyager à travers le monde, au rythme d’une oeuvre à deux, sans interruption. Toujours unis, ils transcrivent notre histoire, notre mémoire, notre conscience collective. Pour Anne et Patrick Poirier, l’artiste est aussi un visionnaire.

« On travaille pour les gens qui ont des yeux pour voir » Anne et Patrick Poirier

Château La Coste, Mnémosyne


Laure Martin, commissaire de l’exposition assise sur : Trône Mesopotamia , 2015 © Anne et Patrick Poirier. © The Gaze of a Parisienne

« Une oeuvre protéiforme et visionnaire »

Au Château La Coste, dans le Pavillon de Renzo Piano, c’est l’oeuvre architecturale qui est mise en exergue avec cette maquette monumentale qui porte le nom de l’exposition, Mnémosyne. Mnémosyne est une titanide, plus qu’une déesse, elle a le pouvoir de connaître le passé, le présent et le futur et elle a inventé le langage. Cette oeuvre est une ode à la mémoire du monde, le rêve d’une ville utopique, un lieu protecteur, musée-bibliothèque idéal de toutes les connaissances humaines où chaque espace correspond à une fonction spécifique de la Psyché, la métaphore de l’âme. Mnémosyme est ainsi le réservoir des connaissances humaines et un essai de classification de ses connaissances et de ses productions, aussi bien imagées que littéraires.

« C’est une oeuvre protéiforme et visionnaire » Laure Martin, commissaire de l’exposition

1990 est l’année où l’image du cerveau apparaît pour la première fois dans le travail d’Anne et Patrick Poirier.

Mnémosyne, 1990 – Bois peint à la tempera, 43 X 770 x 550 cm. Collection des artistes © Anne et Patrick Poirier. Courtesy Galerie Mitterrand. © The Gaze of a Parisienne

« Un ami allemand, critique d’art, est venu nous voir un jour. On venait de terminer cette pièce et il nous a dit : « Connaissez-vous Aby Warburg* ?  » On ne le connaissait pas, il nous a apporté de la documentation et on a découvert qu’Aby Warburg avait conçu sa bibliothèque avec une architecture en forme d’ellipse et qu’elle s’appelait aussi Mnémosyne. «  Patrick Poirier

*La bibliothèque d’Aby Warburg a été ouverte en 1926 à Hambourg et constitue une collection unique au monde de 350 000 volumes sur l’art, la science et la philosophie du Moyen Age au XVIIIe siècle, ainsi que les manuscrits ésotériques. Aby Warburg, riche héritier d’une famille de banquiers, avait fait construire une bibliothèque en forme d’ellipse pour abriter sa collection, aujourd’hui à Londres, et dont la porte d’entrée portait l’inscription « Mnémosyne ».

Domaine du Muy, Errances

Notre découverte se poursuit avec le Journal du poète, un long mural de 192 dessins, couleurs, collages, techniques mixtes sur papier, qui constitue comme un journal intime à l’évocation de chaque jour qui passe. C’est au tour de ces vitraux qui rappellent ceux du salon gothique du Palazzo Butera à Palerme, une technique du vitrail qu’Anne et Patrick Poirier ont longuement travaillé. Ils ont eu l’idée d’argenter les verres soufflés, pour obtenir ces effets de miroir où l’image est toujours floue avec des couleurs qui évoluent à la lumière. L’oeuvre s’intègre comme toujours dans l’histoire du lieu avec la présence de mots comme Paradis inscrit sur un vitrail à la couleur du ciel qui annonce les beaux jours retrouvés.

Le Journal du Poète, 2019 Dessins, techniques mixtes sur papier H : 480 x 238 cm © Anne & Patrick Poirier. © The Gaze of a Parisienne

L’importance de l’écriture dans l’oeuvre d’Anne et Patrick Poirier

Je voudrais mettre l’accent sur l’importance de l’écrit dans l’oeuvre d’Anne et Patrick, c’est une oeuvre protéiforme et l’écriture en fait partie. Dès le début, à l’occasion de leurs premiers travaux à Rome, quand ils ont commencé à faire de grandes maquettes (la première, en terre cuite, réalisée en 1972, d’une longueur de onze mètres, sera exposée à l’automne à Sérignan), ils ont tenu des carnets de bord. L’écriture fait partie intégrante de leur création, le « Journal du poète », journal réalisé en un mois en 2019, en est le témoignage. Laure Martin

Anne et Patrick Poirier La Fabrique de la Mémoire, 2008 – Construction nonagonale en miroirs avec inscriptions sablées. Chaque panneau : 250 x 130 cm – Pièce unique – Domaine du Muy. © The Gaze of a Parisienne

Ces trois expositions se voient comme un triptyque inséré dans la carte du paysage. Parfois, ces oeuvres disparaissent dans la nature, comme « La Fabrique de la mémoire » (2008), dans le parc de sculptures du Domaine du Muy.

Florence Briat Soulié

CALENDRIER DES EXPOSITIONS D’ANNE ET PATRICK POIRIER EN 2021 :

Commissaire : Laure Martin

MNEMOSYNE,

Château La Coste, Pavillon de Renzo Piano, Le Puy Sainte-Réparade : 10 avril-21 juin 2021

ANIMA MUNDI,

Abbaye du Thoronet, Le Thoronet : 19 mai -19 septembre 2021

Remerciements à Madame Sylvie Vial, administratrice de l’Abbaye pour son accueil.

ERRANCES

Domaine du Muy, le Muy, 14 mai- 11 juillet 2021

________________________________________

Expositions à venir :

LA MEMOIRE EN FILIGRANE,

Musée régional d’art contemporain, Sérignan : 10 octobre 2021-20 mars 2022

ULYSSE, VOYAGE DANS UNE MEDITERRANEE DE LEGENDES,
L’Hôtel Départemental des Expositions du Var, Draguignan : 4 juin-22 août 2021 (exposition collective)

DANTE ET LA COMEDIE DE L’ART, XNL PIACENZA CONTEMPORANEA, Piacenza, Italie : mi-septembre 2021-2022 (exposition collective)

Anne et Patrick Poirier

Édition bilingue

Flammarion

  • Éd. sous la direction de : Laure Martin
  • Avec la collaboration de : Sébastien Delot, Lorand Hegyi, Laurie Hurwitz, Angela Madesani, Robert Storr
  • Préface : Jean-Hubert Martin
Arrivée à l’Abbaye du Thoronet , Laure Martin, commissaire de l’exposition et Edouard de Lumley, directeur du développent culturel et des publics au CMN © The Gaze of a Parisienne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s