Georg Baselitz (né en 1938)

Georg Baselitz

« Des jambes , des jambes de femme, des jambes dansant la ronde (…)  »
Georg Baselitz
Georg Baselitz, face au Louvre avec cette sculpture : « Zero Dom », 2021 – Bronze 9 X 4,1 X 4,1 m. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac . Cette sculpture est installée sur le parvis de l’Institut de France à l’occasion de son installation sous la coupole au fauteuil de membre associé étranger de l’Académie des Beaux-Arts, pendant toute la durée de l’exposition au Centre Pompidou, jusqu’au 7 mars 2021.

Impressionnante, cette grande rétrospective de l’artiste allemand Georg Baselitz au Centre Pompidou. La première de cette ampleur en France, même si déjà de nombreux musées français avaient montré ses oeuvres dans des expositions qui lui étaient consacrées. Je pense à celle de Baselitz sculpteur du Musée d’Art Moderne de Paris en 2011/2012. Ici, Bernard Blistène commissaire de l’exposition a pris le parti de montrer son oeuvre chronologiquement, de ses années de jeunesse à aujourd’hui.

L’oeuvre de Baselitz est à la fois forte et puissante et s’impose au regardeur dans ce parcours didactique, elle aussi est celle d’un artiste, témoin de son Histoire qui se dévoile dans ce défilé de peintures et sculptures.

Georg Baselitz
Fertigbetonwork ( usine de béton préparé) 1971

Nous découvrons son enfance au milieu des bombes en pleine guerre mondiale, l’artiste est originaire de Grobbaselitz rebaptisé Deutschbaselitz en 1948 et situé en RDA, pas loin de Dresde. Hans-Georg Kern, à l’instar des maîtres anciens, prendra le nom de son village Baselitz.

Rétrospective Georg Baselitz au Centre Pompidou – Commissariat / Bernard Blistène et Pamela Sticht – La vidéo commence par la toile : Die Groben freunde (Les grands amis) 1965 – Huile sur toile. Museum Ludwig, Cologne. Don de la collection Ludwig, 1994 – 252 × 301.5 cm.

En 1965, cela fait presque 10 ans que le jeune homme est passé à l’Ouest, il avait 19 ans.

De l’autre côté, il découvrait l’avant-garde moderne et abstraite, Antonin Artaud et Jean Dubuffet mais aussi Fautrier. Les recherches sur la folie de Hans Prinzhorn en 1922, auteur de Bildnerei der Geisteskranken (expression de la folie) qui deviendra l’art brut, le marqueront beaucoup.

En 1961, il rédige  le premier manifeste pandémonique  sur la situation dramatique post seconde guerre mondiale.

Une oeuvre charnière brocarde son manifeste des héros, Les Grands Amis, l’arrière-plan avec les charrues et le drapeau fait penser à un autre peintre Georges Braque. Cette composition représente le peintre et Elke, la femme de sa vie errant dans ce champ de ruines, les corps sont des stigmates. L’histoire de cette peinture commence avec la bourse qu’il a obtenu à la villa Romana, à Florence où il découvre les maniéristes européens et principalement Nicoló dell’Abbate (1509-1571 (?)) et de nombreux artistes. Il s’en inspire tout en voulant créer une peinture existentielle et en prenant ses distances avec le modèle de la beauté ; « Le peintre à abattre, c’est Raphaël ! » explique Bernard Blistène

Birke (bouleau) 1970 – Huile sur toile. Udo et Anette Brandhorst Sammlung

Bernard Blistène

Die Groben Freunde est sans-doute le tableau qui marque en quelque sorte l’entrée de Baselitz dans ce moment de la peinture, ce sont des héros, du moins ce qu’il en reste, qui s’avancent et qui de manière quasi stigmatique, montrent leurs mains, Tom Voyce, dans une oeuvre célèbre dira : « Montre-moi tes blessures ». C’est le corps chrétien tuméfié qui apparait aussi dans l’arrière-plan du paysage où les croix réapparaissent. Mais ces corps sont d’abord des corps stigmates qui vont peupler la première grande série des héros.

Pamela Sticht

Il a envie d’un côté de s’intégrer dans cette histoire de l’art et en même temps d’imaginer une nouvelle peinture inspirée des déformations des maniéristes, une peinture plus existentielle, quelque chose aussi qu’il a évidemment vécu puisqu’il a grandi à 30 km de Dresde, fils d’un directeur d’école, notable appelé à participer à la guerre, l’école dans laquelle il vit va être prise comme base militaire et il a 7 ans lorsqu’il voit Dresde brûler en février 1945. Il a traversé la ville deux semaines après le drame. On imagine tous ces souvenirs qui se mélangent avec cette envie de peindre et de ne plus peindre de manière lisse comme dans le réalisme socialiste. L’idée est d’exprimer les profondeurs existentielles et on retrouve Artaud, Beckett, tous ses univers qu’il arrive en quelque sorte à synthétiser dans ce tableau manifeste.

Ce tableau manifeste a été exposé dans l’une de ses premières galeries celle de Michael Werner et par une affiche visible dans une vitrine, il explique pourquoi c’est un bon tableau. C’est un bon tableau car il a tous les critères de « l’art dégénéré » selon un psychiatre de la RDA qui a imaginé pourquoi ce genre de peinture n’est pas bien ! Cette expression « Art dégénéré » renvoie aussi à l’exposition organisée par les Nazis à Munich en 1937, pour dénoncer l’art moderne et célébrer l’esthétique nazie. Baselitz, né sous l’Allemagne nazie en 1938, fera son éducation dans l’Allemagne communiste de Walter Ulbricht. Baselitz montre par ce manifeste qu’il n’appartient à aucune idéologie, il veut transgresser à chaque fois comme dans cette représentation de ces deux survivants semblant implorer, questionner sur la possibilité d’un monde après les bombardements.

Quelques années plus tard, quand a lieu la chute du mur en 1989, l’artiste se remémore ses souvenirs d’enfance, du petit garçon de 7 ans qui entendait les bombes, de la désolation qui a suivi à la fin de la guerre, il découvre des documents à son sujet conservés par la Stasi et écrit un texte en 1997 Wir besuchen den Rhein (nous visitons le Rhin)

Georg Baselitz
Dresdner Frauen, (Femmes de Dresde) 1990 – 1 Besuch aus Prag i(visite de Prague) – Bois de frêne et tempera. 2 – Die Elbe (l’Elbe) ois de frêne et tempera.3 – Die Wendin (la femme wende),bois d’érable et tempera. Dans le fond :Bildsechsunzwanzig (tableau 26) 1994. Huile sur toile. Coll. Part.

Il est resté très marqué par ces femmes qui nettoient les décombres dans les ruines, surnommées les Trümmerfrauen (femmes des ruines). Il leur rend hommage avec ses Femmes de Dresde.

La question de Dieu

L’oncle de l’artiste est prêtre et venait très souvent voir sa famille les dimanches, le jour de la messe qui est dite à leur domicile mais quand il a fuit la RDA, il est pris par autre chose, les artistes avant-gardes de Berlin Ouest et devient très critique à propos des religions, idéologies de toutes sortes.

Les corps renversés

Dreieck Zwischen arm und rumpf (Triangle entre bras et tronc) 1973. Huile et fusain sur toile. Heidi Horten Collection

Le renversement des figures n’est pas un hasard mais le fruit d’une réflexion de plusieurs années de carrière, la mise en pièces, la déconstruction, d’où le choix d’une exposition chronologique qui montre le cheminement de l’artiste. Un tableau clé est celui du portrait de B Fur Larry, qui n’est autre que le peintre américain Larry Rivers, sur cette peinture, le corps est mis en pièces révélant selon les termes du commissaire une iconographie archaïque, celle d’un homme de la terre qui vient de s’installer à la campagne, il faut savoir que Baselitz a un seul diplôme celui de bucheron.

Avec les corps renversés, l’artiste déclare vouloir absolument s’éloigner de la question de la représentation du motif, pour se concentrer essentiellement à la construction du tableau et aucune autre interprétation possible. Tout un discours de Baselitz consiste à dire qu’il ne faut pas imaginer de chute des anges, de pêché originel…

Les séries

Georg Baselitz
il découvre des documents à son sujet conservés par la Stasi , il écrit un texte en 1997 Wir besuchen den Rhein (nous visitons le Rhin)

Baselitz est aussi un peintre de séries qui se succèdent dans le temps qui passe.

Interview de Georg Baselitz , extrait des propos recueillis par Frédérique Goerig-Hergott, commissaire de l’exposition au Musée Unterlinden – Buch, 14 décembre 2017

Pour qu’une série s’installe, il faut qu’une période se referme et qu’il se produise quelque chose de nouveau. C’est simplement un nouveau cycle de travail, une nouvelle phase intellectuelle dont je me préoccupe, et le processus varie peu…
Centre Pompidou
Moderner Maler(Remix) (Peintre moderne (Remix)), 2007 – Huile sur toile – Coll. Part.

Début des années 90 il réalise 39 tableaux monumentaux les Bildübereins (tableau sur un autre), de 1998 à 2005 c’est au tour de la propagande russe de l’inspirer ce sont Les tableaux russes.
Puis Remix et communistes avec de nouvelles références , son déménagement, son hommage aux artistes Otto Dix (1891-1969), le modèle de la Belezza, il peint la tête de Staline qu’il renverse et de part et d’autre de la composition, les deux rideaux sont une évocation, même si ce n’est pas de la même couleur de la grande Madone de Raphaël, considéré comme le tableau emblématique de l’art italien classique.

Un rêve lui a inspiré sa dernière série dont les principaux sujets sont lui et sa femme Elke, la vieillesse qui s’accapare de leurs corps usés, les corps qui semblent disparaître très doucement dans un voile vaporeux.

L’artiste peint sur des toiles posées au sol.

Georg Baselitz
Baselitz – Vue d’ensemble

Baselitz, collectionneur

Baselitz est un très grand collectionneur d’art africain, en particulier les sculptures de l’ethnie Lobi qui l’ont inspiré.

L’exposition de cet artiste hors du commun est à voir absolument. C’est d’abord la première rétrospective de Baselitz en France organisée par le Centre Pompidou. Baselitz cherche, dans sa quête artistique, des affinités avec des peintres français, Jean Dubuffet, Gaston Chaissac, Jean Fautrier ou Eugène Leroy. Ensuite, l’exposition Georg Baselitz, à la manière des grands peintres d’histoire , je pense à ces grandes peintures de Delacroix ou de David que nous croisons dans la grande galerie du Louvre, nous impose sa vision et sa peinture. Une oeuvre très vivante, sans cesse renouvelée qui nous interpelle sans cesse. Cette grande sculpture qui termine l’exposition, juste un fagot de bois en bronze mais gigantesque semble évoquer la forêt de bouleaux de sa terre natale, elle est posée sur ce sol, on pourrait imaginer une barrière s’ouvrant vers d’autres horizons. On peut voir aussi une autre grande sculpture de Baselitz, installée depuis son entrée à l’Académie des Beaux-Arts, ces grandes jambes de femmes, devant l’Institut, allégorie à la féminité et à sa représentation toujours très minoritaire, quai de Conti.

Florence Briat Soulié

Georg Baselitz
« Winterschlaf » (hibernation), 2014. Bronze patiné. Collection particulière. (détail) – Au fond : In der tasse gelesen das heitere Gelb (Lu dans la tasse, le jaune enjoué) 2010 – 270 × 207 cm Collection particulière, Hong Kong © Georg Baselitz 2021

INFORMATIONS :

L’exposition
Baselitz
La rétrospective


20 octobre 2021 – 7 mars 2022


Galerie 1, niveau 6


Commissariat :

Bernard Blistène et Pamela Sticht, chargée de la coordination scientifique du Musée national d’art moderne, Centre Pompidou.
Architecte-scénographe Laurence Fontaine
Chargé de production Hervé Derouault

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