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Lectures d’été

PAR SEVERINE LE GRIX DE LA SALLE

Quelques idées de lectures à emporter dans vos valises cet été. Amélie Nothomb, Giuliano da Empoli , Laurine Roux et Annie Ernaux.

©Séverine Le Grix de la Salle – Ile sainte Marguerite.

Annie ERNAUX. Mémoire de fille 

Découverte. Choc. Bonheur. 

De lire Annie Ernaux et d’avoir devant moi une vingtaine d’ouvrages à ouvrir dans une pure admiration. Annie Ernaux ne se contente pas de raconter, elle se raconte avec une extraordinaire justesse sociologique,  en racontant aussi son travail d’écrivain extralucide et parfois douloureux : « Et quel désir – qui dépasse celui de comprendre – dans cet acharnement à trouver, parmi les milliers de noms, d’adverbes et d’adjectifs, ceux qui donneront la certitude – l’illusion- d’avoir atteint le plus haut degré possible de réalité ? Sinon l’espérance qu’il y a au moins une goutte de similitude entre cette fille Annie D, et n’importe quelle autre » 

Un été de jeunesse, une première expérience sexuelle bâclée, qui la marqueront au fer rouge et la plongeront dans deux années d’enfer mais détermineront  sa vie. D’un matériau qui semble banal, l’auteure nous livre une réflexion impressionnante sur l’impact de ces déflagrations intimes et invisibles.

« C’est l’absence de sens de ce qu’on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d’écriture. Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive au moment où ça arrive et l’étrange irréalité que revêt des années après, ce qui est arrivé. » .

Qui n’est pas passé par là, quel qu’en soit la cause ? 

Annie Ernaux – Mémoire de fille

dessin ©Séverine Le Grix de la Salle

AMELIE NOTHOMB. Premier sang

J’ai longtemps laissé trainer ce livre sur une pile…

Un Nothomb, encore. Mais quelle erreur ! Quelle talent, quelle drôlerie, quel rythme ! Amélie Nothomb y raconte l’enfance de son père, orphelin de père,  couvé par sa mère et sa grand-mère toute l’année  mais transbahuté pour son plus grand plaisir pendant les vacances dans le château sublime mais décrépi de sa famille paternelle.  Une famille d’aristocrates intellos doux dingues sans un sou, où les enfants sont laissé à l’état sauvage avec à peine de quoi bouffer, sans chauffage ni surveillance. Un régal : quel plaisir lire et rire en même temps…. 

A lire avant les vacances : abandonnez vos enfants, ils n’attendent que ça !

Amélie Nothomb – Premier sang.

dessin ©Séverine Le Grix de la Salle

Giuliano DA EMPOLI. Le Mage du Kremlin

Traverser le miroir.

Un livre haletant et fondamental pour tenter de comprendre la vision russe du monde, ses ressorts fondamentaux, dans un roman documentaire, qui vaut toutes les analyses géopolitiques du moment. Sous la plume de l’auteur, reclus dans la pénombre de sa datcha, dans une confession qu’on ne peut pas lâcher,  le principal conseiller de Poutine nous livre des clés.

Pour tenter de comprendre ce qui structure ce monde si lointain et pourtant si proche de nos fragiles frontières, il cite Poutine : « les marchand n’ont jamais dirigé la Russie. Parce qu’ils ne sont pas capables d’assurer les deux choses que les Russes demandent à l’Etat : l’ordre à l’intérieur et la puissance à l’extérieur ». 

Tenter de comprendre l’humiliation et la détestation de l’Occident : « La guerre froide s’est arrêtée parce que le peuple russe a mis fin à un régime qui l’opprimait. Nous n’avons pas été vaincus, nous nous sommes libérés d’une dictature, ce n’est pas la même chose. C’est nous qui avons fait tomber le mur de Berlin, pas eux qui l’ont abattus. C’est nous qui avons dissous le pacte de Varsovie en signe de paix, pas de reddition .Ce seraient bien qu’ils s’en souviennent de temps en temps «. Et il nous fait lire avec des yeux russes la fameuse scène du fou-rire de Clinton à côté d’un Eltsine ivre mort,  et ressentir leur honte et leur fureur. 

Tenter de comprendre la logique du Tsar :

«  la seule arme qu’a un pauvre pour conserver sa dignité est d’instiller la peur. »

Comprendre que la guerre d’Ukraine ne peut s’arrêter ou mal. Comprendre ou plutôt entrapercevoir ce qu’est le pouvoir total, et entendre la prophétie finale et glaciale : tant que le pouvoir est aux mains des humains, il est encore faillible. 

Giuliano da Empoli – Le mage du Kremlin

dessin ©Séverine Le Grix de la Salle

Laurine ROUX. L’autre moitié du monde

L’Espagne, encore et encore.

 Avec un vocabulaire rude et poétique, l’auteure nous plonge dans le delta de l’Ebre et ses grandes rizières, ce monde suffoquant et humide des grandes propriétés du début du siècle, à l’Est de la péninsule.  Bien sûr la guerre civile arrivera, inévitable, et nous la traversons avec des personnages incroyables, aussi intenses que cette époque : des héros très héroïques, des méchants très méchants, des tubéreuses et des plats aux parfums violents, des chiens vicieux, des anguilles qui cherchent toujours à revenir là où elles sont nées…roman de femmes aussi, vibrantes :  Maria la vieille rebouteuse avorteuse, l’ignoble marquise, la douce Pilar, Luz l’étudiante et surtout la Toya, l’étrange petite fille des marais, celle qui dessine « l’autre moitié du monde ». 

Un roman de sang, de soleil et d’amour.

Laurine Roux – L’autre moitié du monde

dessin ©Séverine Le Grix de la Salle

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