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Robert Wilson, The Night before the Day

Hier soir, j’ai eu la chance de rencontrer Robert Wilson, une des figures les plus iconiques du théâtre de notre époque et un artiste plasticien dont les oeuvres sont célébrées dans le monde entier. Chaque jour de sa vie, Robert ou Bob Wilson (né en 1941) n’a de cesse d’explorer, expérimenter, ouvrir de nouvelles voies d’expression artistique avec la curiosité et la fougue d’un adolescent. À travers son regard de créateur, les scénographies théâtrales ou lyriques deviennent des « tableaux » oniriques. Ses mises en scène innovantes associent danse, mouvement, sculpture, musique, texte et surtout la lumière avec laquelle il sculpte les espaces. Images fortes, esthétique minimaliste inspirée du théâtre japonais, musiques saisissantes et silences hypnotiques, tel est l’univers envoûtant de l’artiste américain Bob Wilson.

Robert Wilson, Lulu, photo ©Lesley Leslie-Spinks, Courtesy @RobertWilson

The Night before the Day de Robert Wilson, exposée à l’Espace Muraille de Genève

Robert Wilson, Portrait vidéo de Lady Gaga, inspiré par Mademoiselle Caroline Rivière d’Ingres , exposition Espace Muraille , Genève ©thegazeofaparisienne

Cette superbe présentation réunit une cinquantaine de d’oeuvres visuelles, que l’artiste a créées durant les trente dernières années . La scénographie ainsi que les oeuvres elles-mêmes jouent avec la lumière qui façonne l’espace et donne vie aux éléments .

« Einstein a dit : « La lumière est la mesure de toutes choses », et c’est vrai, (…) c’est l’architecture de la lumière qui est l’élément le plus important dans mon travail, sans lumière il n’y a rien. » Bob Wilson

Robert Wilson, vue de l’exposition The Night before the Day, Espace Muraille de Genève ©thegazeofaparisienne

Ce sont tout d’abord des sculptures de verre épurées, tout en rondeur, captant la lumière à travers leur matière translucide. La surface sablée, révélée par la clarté, a quelque chose de sensuel qui donne envie d’y passer la main.

Dans l’espace inférieur, continuant le jeu du clair-obscur, les dessins préparatoires des scénographies de Bob Wilson, réalisés au fusain sur papier blanc, montrent clairement le rôle primordial et la précision du placement des rayons lumineux dans ses oeuvres scéniques

Robert Wilson, Untitled Flower drawing, 1991 exposition Espace Muraille de Genève ©thegazeofaparisienne

Au même endroit, je suis séduite par la grâce exquise et poétique d’une série d’oeuvres de fleurs colorées, esquissées en dessin, aquarelle et peinture. « L’envie de cette série m’est venue alors que je travaillais sur mon opéra « Alice » , inspiré du célèbre conte de Lewis Carroll . J’ai commencé par dessiner une fleur puis j’ai rajouté des éléments autour pour la mettre en valeur« . nous explique-t-il .

Robert Wilson, Untitled Flower drawing, 1991, exposition Espace Muraille de Genève ©thegazeofaparisienne

Point d’orgue de cette exposition, un fascinant portrait vidéo de Lady Gaga, qui s’immisce dans un tableau d’Ingres. Une interprétation très « actuelle » du portrait de Mademoiselle Caroline Rivière (1806) peint par le grand maître français .  » Lady Gaga a posé durant 11h pour ce portrait. Nous avions fait des armatures en métal dans l’étole pour elle puisse poser ses bras« , commente Bob Wilson. Cette oeuvre, ainsi que deux autres portraits-vidéo de Lady Gaga, ont fait l’objet d’une commande par le Musée du Louvre où ils ont été exposés en 2013.

La passion du théâtre et des arts vivants

« Robert Wilson est une figure imposante dans le monde du théâtre expérimental et un explorateur de l’utilisation du temps et de l’espace à la scène.  » —The New York Times

Robert Wilson , Le Messie, opéra de Haendel revisité , Grand théâtre de Genève en 2020. ©Lucie Jansch, Courtesy @Robert Wilson

Et pourtant, ce n’était pas gagné ! De son propre aveux, Bob Wilson a grandi au sein d’une communauté « où le théâtre était considéré comme immoral »! Néanmoins depuis la fin des années 60 , il révolutionne le monde du spectacle avec des productions qui vont marquer de manière décisive les arts vivants. À cette époque, il fonde le collectif de performance new-yorkais « The Byrd Hoffman Scholl of Byrds » et crée ses premiers grands succès dont Deafman Glance / le Regard du Sourd (1970) qui lui vaut une reconnaissance internationale, lorsqu’il est présenté au festival d’Avignon en 1971.

Robert Wilson, Einstein on the Beach, Montpellier 2012, ©Lucie Jansch, Courtesy @ RobertWilson

C’est l’opéra Einstein on the Beach, conçu avec le compositeur Philip Glass en 1976, qui marque le tournant décisif de la carrière de Robert Wilson. Cette oeuvre, inaugurée brillamment au festival d’Avignon en 1976, est entrée dans l’histoire comme une œuvre majeure de la seconde moitié du XXe siècle. Depuis lors, il collabore avec de nombreux artistes, écrivains et musiciens de premier plan (tels Lou Rees, Jessye Norman ,Tom Waits etc.) sur de nouvelles créations ou des interprétations de grands chefs-d’oeuvre, notamment l’Opéra de quat’sous de Brecht /Weill , Pelléas et Mélisande de Debussy, Madame Butterfly de Puccini ou encore la Traviata de Verdi etc.. La force et la singularité de la vision créatrice de Bob Wilson continue de captiver des publics du monde entier.

Bravo à Caroline et Eric Freymond pour l’enchantement de cette lumineuse exposition dédiée aux oeuvres visuelles de ce grand artiste , à l’Espace Muraille de Genève .

Caroline d’Esneval

Plus d’information:

Robert Wilson , The Night before the Day , Espace Muraille

Jusqu’au 3 Septembre 2022.

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