Dès l’entrée du salon, un dynamisme contagieux nous accueille. Couleurs pétillantes, créations joyeuses qui réveillent notre âme d’enfant, riche variété des oeuvres exposées sur les 80 stands du salon, et une qualité toujours au rendez-vous… la nouvelle directrice d’Art Genève, Charlotte Diwan, a de quoi se réjouir! Cette édition exaltante se savoure comme un bonbon acidulé.
Suivez-moi dans cette belle promenade arty, en quelques mots et images.
Je commence ma visite en « grand format » avec une toute nouvelle section à artgenève « sur mesure« . Elle porte bien son nom. Ce large espace accueille cinq oeuvres imposantes qui se déploient en majesté, sur le thème d’une fête foraine très attrayante . La plus spectaculaire? Celle de Joana Vasconcelos (Gowen), une immense araignée (ou pieuvre?) aux bras tentaculaires, qui nous accueille dans une débauche de couleurs vives, tissus flamboyants, broderies, franges jaune fluo et perles métalliques . Baptisée Valkyrie Mumbet, elle rend hommage à Elisabeth Mumbet, la première esclave qui gagna le droit à sa liberté aux Etats-Unis en 1971.
Autour d’elle, un nain grimaçant de Paul McCarthy (Hauser & Wirth) , un tobogant-chat étrange, Ninth Life, de Oli Epp (Semiose), et ma préférée , Mexico set, de Blair Thurman (Xippas), un kart rétro illuminé de parapluies-fleur devant un mur aux nuances lumineuses … magique!
Couleurs éclatantes encore avec des riches nuances de bleu. Celles des paysages lacustres, peints par Thomas Huber, qui nous emmènent entre rêve et réalité ( Skopia), du saisissant et mystérieux tableau de Lorna Simpson (Hauser&Wirth), où l’on devine la forme d’un iceberg traversé de fines bandes avec des lettres ainsi que l’amorce d’un visage féminin, et de la sauvage Orgie de Gérard Garouste chez Templon.
Sur le stand du Grand Théâtre de Genève, j’admire l’installation monumentale de Chiharu Shiota, -l’artiste a été invitée à travailler sur la mise en scène de leur nouvelle production Idoménée de Mozart- , et plus loin, une sublime oeuvre historique monochrome de Yayi Kusama, pétillante de vie (Bailly Gallery).
photo ©thegazeofaparisienne
Côté Design, le talentueux Philippe Cramer expose ses créations sur son stand pop et coloré, avec notamment une séduisante série de miroirs bicolores.
Bailly Gallery, photo @thegazeofaparisienne
Clin d’oeil, humour, ton décalé sont également à l’honneur de cette édition. J’adore la pelle revue par Wim Delvoye chez Wilde, l’artiste présente d’ailleurs actuellement une incroyable exposition XXL au MAH de Genève (article à suivre). À la Bailly Gallery , le malicieux funambule ’Homme sur la corde raide‘ d’Alexandre Calder (Bailly Gallery) séduit par sa poésie légère, tandis que les sculptures régressives de Stephen Rinks (Semiose) font sourire sur le stand de Semiose.
Photo ©thegazeofaparisienne
Selon le célèbre adage de « l’arroseur, arrosé », je m’amuse avec la sculpture enfantine de Richard Jackson à la galerie Vallois. Sur ce même stand, j’admire le solo show dédié aux tapisseries de l’artiste russe Zhenya Machevna (né 1988) figurant des outils industriels, ainsi qu’une oeuvre du dessinateur hors-pair, Pierre Seinturier, dont j’avais déjà remarqué le talent il y a 6 ans à Drawing now. L’artiste présente un dessin coloré d’un « vrai-faux peintre » tiré de sa série des « fausses commandes ».
photo ©thegazeodaparisienne
Coups de coeur en Noir & Blanc pour un magnifique tableau de Philippe Decrauzat, artiste que j’adore, vu chez lange+pult, un tendre ours d’Adel Abdessemed (Wilde), ainsi qu’un fascinant (et terrifiant! ) portrait de Cindy Sherman mi-humain mi-animal qui me dévisage (Hauser & Wirth).
Ce salon m’offre aussi l’excitation de découvrir des pépites. Ainsi une saisissante « étude pour portrait » au fusain, broderie et tissus, de Jérôme Zonder (né 1974) me captive par la finesse du trait et la puissance qui s’en dégage (Nathalie Obadia), et chez Templon, un paysage de Poursuite aux nuances douces très « flamandes » de l’artiste Antoine Roegiers.
oeuvres: devant, Claudia Comte , à droite Latifa Echakhch.
photo ©thegazeofaparisienne
Première participation de la Fondation Thalie à artgenève, qui présente une sélection d’oeuvres de grande qualité de sa collection. Elles illustrent son engagement constant pour la création contemporaine et l’artisanat ainsi que son implication dans des projets artistiques soutenant la protection de l’environnement. Nathalie Guiot, sa fondatrice, a l’oeil pour identifier les talents d’aujourd’hui et de demain, qu’elle expose dans ses deux espaces dédiés à l’Art, l’un à Bruxelles, l’autre à Arles.
photo:©thegazeofaparisienne
Un autre magnifique stand est dédié à l’art Brut, c’est celui de Christian Berst avec une présentation d’artistes reconnus internationalement. Je retrouve les fleurs extraordinaires de Anna Zemánková (1908-1986) et les créatures mi-vegetales mi-humaines de Guo Fengyi (1942-2010), deux femmes talentueuses que j’avais découvertes grâce à l’exposition Chrysalide, le rêve du papillon au CAC Genève. Captivantes créations également de l’artiste Tchèque Lubos Plny ( né 1961) .
Je termine par le dernier-né des livres d’artistes des éditions take5, the Library of Absence. Une magnifique installation méditative sous la forme d’un kaléidoscope hypnotique, réunissant les textes de Vladimir Kramnik (Champion du monde d’échec durant 7 ans), ceux de Céline Fribourg, fondatrice de take5, ainsi que les motifs envoûtants de l’artiste Conrad Shawcross, inspirés par la magie de la science et de l’univers.
Caroline d’Esneval
