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Damien Deroubaix  à la BNF

A droite : Damien Deroubaix L’Aube, 2015 BnF, département des Estampes et de la photographie © ADAGP, Paris, 2024. Photo BnF

Damien Deroubaix – En un jour si obscur

BNF – Site Richelieu

Depuis sa réouverture après douze années de grands travaux, Damien Deroubaix est le premier artiste vivant, invité à la BNF sur le site Richelieu. L’exposition a lieu dans la galerie Mansart, en 1985, un autre artiste avait reçu cette invitation dans cette même galerie, il s’agissait de Georg Baselitz.

Vue de l’entrée de l’exposition avec deux estampes de Damien Deroubaix, à gauche : Das große Glück, 2008. BnF, département des Estampes et de la photographie. A droite : Roots, 2008, gravure sur bois, impr. et éd. URDLA (Villeurbanne), 160 × 121 cm. 65 BNF, Est., Dh-1 (Deroubaix, Damien)-roul.© ADAGP, Paris, 2024

Damien Deroubaix s’intéresse depuis toujours à la pratique de la gravure et cela tombe bien car la BNF possède une immense collection d’estampes, plusieurs millions, parmi lesquelles sont représentées toutes les signatures prestigieuses de Rembrandt, Dürer, Goya , Munch à Gauguin, Picasso et les artistes contemporains. C’est naturellement que le thème s’est imposé, un dialogue avec les grands graveurs des siècles passés. L’artiste semble tout à fait dans son élément dans cette grande maison, il n’a eu qu’à piocher dans les réserves, des chefs-d’oeuvre de l’estampe, l’une de ses préférées depuis toujours étant Le Paysage aux trois arbres de Rembrandt.

Rembrandt (1606-1669). Paysage aux trois arbres, 1643. BnF, département des Estampes et de la photographie

A 18 ans, il découvre l’art pour la première fois devant une tapisserie sur le thème de Guernica, Picasso comme Goya, Durer Holbein sont devenus depuis, ses compagnons de route. Au musée Bernardo à Lisbonne, il a créé une œuvre hommage à Guernica.  A ses débuts en 2001, il commence par l’aquarelle, technique très classique désuète qu’il utilise à contre-emploi en peignant des choses très dures. Puis ensuite, c’est au tour de la gravure sur bois, en s’inspirant des expressionnistes allemands.  

Albrecht Dürer (1471-1528). Némésis ou la grande Fortune, 1501-1502 BnF, département des Estampes et de la photographie – A droite : Albrecht Durer (1471-1526). Hercule vainqueur de Cacus ou Hercule vainqueur des jumeaux de Molione, 1° état. Vers 1496. Gravure sur bois. BnF, département des Estampes et de la photographie

Son intérêt pour l’art de graver ne cesse de grandir, il essaie plusieurs méthodes, pointe sèche, taille douce… A Berlin, il est impressionné par le format monumental de la gravure de Dürer L’arc de triomphe de l’empereur Maximilien I. Et lorsque nominé pour le prix Marcel Duchamp, il souhaite reproduire ce format hors échelle avec World Downfall représentant un cavalier de l’apocalypse.  Le résultat imprimé  ne le satisfait pas et, c’est en regardant les matrices posées contre le mur, qu’il décide de les présenter pour le prix, elles étaient devenues son œuvre finale. Depuis cette date, il en a réalisé plusieurs.  

Vue de lexposition à la BNF avec Damien Deroubaix

L’exposition est en trois temps : Apocalypses – Chaos, le théâtre du monde – Vanités, portrait de l’artiste en chaman, elle se visite sous la forme  d’un aller-retour dans la galerie Mansart. Les thèmes et les couleurs de Damien Deroubaix sont durs et questionnent le monde., notre présence sur terre, les relations humaines, un travail très sombre et ouvert sur la place de l’artiste et l’apport de l’art dans notre existence.

« Dans ses interstices, Damien Deroubaix fabrique un univers qui conjugue les illuminations aux ténèbres. Ainsi, il encre les panneaux de bois d’une épaisse peinture noire. Il vient ensuite prélever la matière pour révéler ses compositions. Il creuse la nuit pour aller vers les scènes qu’elle abrite. À la surface du bois ou du métal, il creuse des sillons de lumière dans l’obscurité. « Je parle du dévoilement au sens d’apocalypse, c’est-à- dire de révélation. Pour moi, peindre signifie lever le voile sur le monde dans lequel nous vivons. Ce qui revient aussi à gratter le vernis de la société pour dévoiler la vanité de tout un système. 10»

Cécile Pocheau-Lesteven. Extrait du catalogue p. 18

10 Collectif, « Damien Deroubaix » dans Astralis, Paris, espace culturel Louis Vuitton, 2014, p. 80.

Le titre a été choisi d’après un poème d’Etel Adnan. Une entrée magistrale dans l’exposition, deux grandes estampes ouvrent les hostilités, celle de gauche est sa vision ou réinterprétation de Némésis, la déesse inquiétante de la mythologie grecque, le motif de l’aile est emprunté à Dürer, son visage déformé a été trouvé sur internet. L’aile de Dürer de La bonne fortune debout sur un globe terrestre apparaît très souvent dans ses œuvres comme le squelette, le baiser de la mort.

«Cette relation à la vie à la mort, la vanité, la futilité de l’existence : c’est là tout le sens de mon travail»

Damien Deroubaix

C’est passionnant de suivre l’artiste et la commissaire Cécile Pocheau-Lesteven, Damien Deroubaix possède de solides connaissances en histoire de l’art et on découvre avec intérêt comment il se réapproprie certaines œuvres en créant son propre vocabulaire avec des motifs récurrents qui réapparaissent au fil de son travail. De la Renaissance à l’époque moderne tout est sujet d’inspiration, la fin du parcours se termine par une grande toile hommage à Gauguin D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Damien Deroubaix est un artiste protéiforme, différentes techniques l’intéressent, invité à Mesenthal, là ou Emile Gallé exerçait, il y reste dix ans et apprend à souffler du verre. Cette exposition permet de découvrir la diversité de son travail à travers les matières utilisées, sculpture, peinture, gravure, céramique, verre soufflé.

Dans les collections de la BNF, l’artiste a repéré le « caillou Michaux »  12e siècle av. J.-C, du nom du botaniste qui l’a découvert, les inscriptions en écriture cunéiforme révèlent le texte d’une donation d’un père à sa fille. Très sensibilisé par la guerre en Ukraine, il reprend ce thème de territoire dans son Caillou Zelinsky.

Pour cette exposition à la BNF il a sculpté deux oeuvres, deux grands totems, des bâtons de conte qui reprennent le sujet d’Oviri déesse de la sauvagerie en hommage à Gauguin .

Ce dialogue est une merveilleuse occasion de regarder et d’apprécier la beauté de ces estampes, cette précision dans le dessin, les sujets évoqués… Damien Deroubaix s’empare de cette pratique avec une grande liberté d’exécution et on ne peut imaginer plus bel écrin que la BNF, réceptable et dépositaire des estampes, avec son fabuleux département du même nom et de la photographie, pour exposer le travail proétiforme en dialogue avec une sélection de chefs-d’œuvre de la gravure issus des collections de la BNF.

Damien Deroubaix

En un jour si obscur

BNF

Site Richelieu
galerie Mansart – galerie Pigott

Jusqu’au 16 février 2025

Commissariat : Cécile Pocheau-Lesteven, conservatrice en chef au département des Estampes et de la photographie, BnF

Photo : Catalogue de l’exposition : Damien Deroubaix. En un jour si obscur
sous la direction de Cécile Pocheau-Lesteven. Avec des textes de Cécile Pocheau-Lesteven, Claire Bernardi, Julie Crenn. BnF I Éditions

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