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L’art textile latino-américain à Paris (part I)

The Gaze of MARIE SIMON MALET

Une brève histoire de fils à la Maison de l’Amérique latine

Kenia Almaraz Murillo, Pájaro verde, Oiseau vert, 2019, tissage en laine, feuilles de bambou, bambous, et néon led, 120 x 152 cm, collection privée.

« Une brève histoire de fils » tisse, tresse, dénoue, entremêle, embrouille, brode à petits points ou à grosses aiguilles, structure les œuvres et les installations de dix-sept artistes originaires d’Amérique latine réunis par la commissaire Domitille d’Orgeval. Suivre le fil de cette exposition c’est nouer des liens entre des artistes contemporains et des pionniers du Fiber Art, tous explorant les possibilités du textile, de la fibre et des fils dans tous leurs états et textures. Présentée jusqu’au 16 janvier, cette exposition vient en contrepoint de la grande rétrospective de l’artiste colombienne Olga de Amaral qui se tient à la Fondation Cartier, encore Boulevard Raspail avant son déménagement prochain face au Louvre. 

L’histoire débute avec les artistes vénézuéliens Gego (Gertrude Goldschmidt, 1912-1994) et Jésus Rapfael Soto (1923-2005) qui s’emparent du fil de métal pour créer des réseaux arachnéens et des ondulations vibratoires. 

Gego, Dessin sans papier, 87/15, 1987, carton plastique, acier, fils et cuivre, 25 x 19 x 2,5 cm, Inv-FG-0169, collection privée

« Celui qui entrevoit le monde du tissage perçoit ce qu’il y a derrière chaque œuvre tissée, derrière chaque technique; il sent la manière dont c’est fait. Toutefois, restera toujours mystérieuse l’énergie qui pousse un être humain à entreprendre une œuvre avec des phases aussi complexes et lentes, à parvenir à un effet qui peut être la contemplation ». 

Olga de Amaral, Le Manteau de la Mémoire, 2000

Olga de Amaral est née à Bogota en 1932. Elle est une pionnière du Fiber Art, un mouvement qui, dans les années 1960, invite le textile dans le champ des beaux-arts. A la Maison de l’Amérique, l’artiste présente deux œuvres remarquables : Strata XII, 2018, collection privée, Bruxelles. (D.R.) et un diptyque Corteza 2, 2025, collection privée, Bruxelles. (D.R.). Celles-ci sont de dimension beaucoup plus modestes que la majorité des œuvres présentées à la Fondation Cartier pour la première exposition monographique européenne (A suivre sur The Gaze) ; néanmoins elles magnétisent le visiteur par leur puissance et leur mystérieuse présence : les fils enrobés de feuilles d’or dessinent des méandres de lumière grâce à une technique de tissage à contre-sens. 

Vue de l’exposition à gauche : Olga de Amaral Strata XII , 2008 et Corteza 2 (diptyque), 2015. et au fond à droite : Vanessa Enríquez,Variations on Line n.10, front, 2018.

Olga de Amaral est accompagnée d’artistes reconnus et célèbres en Amérique du Sud et tout autour du monde, Elias Crespin (né en 1965) avec un mobile électrocinétique en tubes et fils de laine, Sa Danza de las caterinas II (2024), dessinant une subtile chorégraphie d’ombres sur les murs, Vanessa Enriquez (née en 1973) qui travaille des fils de bandes magnétiques. L’artiste féministe Sandra Monterroso (née en 1974) qui, elle, puise son inspiration dans la culture maya, plus particulièrement celle de la communauté des Q’eqchi. Les fils de laine teintée à la cochenille à la matérialité étonnante d’Expoliada n°6 (2023) symbolisent l’exploitation des ressources naturelles et renvoie aux dépossessions des Mayas.  

L’exposition permet aussi de voir des toiles de Sidival Fila, artiste brésilien né en 1962 qui vit et crée au monastère franciscain San Bonaventura, à Rome, dont il est le Père supérieur. Ses toiles monochromes sont réalisées à partir de tissus anciens teints, avec des plaies ouvertes et suturées à la main. Dans ces cicatrices ou ces fragiles cocons, il place des éléments naturels, petite relique de bois dans Senza Titolo 25, 2018, pour évoquer la nature blessée par l’homme. 

Natalia Villanueva Linares , Colorial . 2014, 300 bobines de fils,Dimensions variables, Kervahut-Collection Laurent Fiévet.

Issues de la génération suivante et toutes deux franco-péruviennes, Laura Sanchèz Filomeno (née en 1975) et Natalia Villanueva Linares (née en 1982),exposent, pour la première, une série de lichens ou formes organiques minutieusement brodés avec des cheveux Proliférations, 2022-2024, et une installation fascinante de bobines multicolores et de fils tendus vers un point unique, Colorial, 2024, pour la seconde. 

De fil en fils, les frontières entre art et artisanat se délitent, la matière nous plonge dans une autre dimension où s’hybrident traditions vernaculaires et expression libre. Comme si ces fils  nous reliaient à l’univers; une douce contemplation nous transporte devant des œuvres qui pour certaines nous hypnotisent.

Sandra Monterroso, Expoliada No.6, 2023 et Mujer ofrendando hilo y concha, Femme offrant des fils et un coquillage, 2023,(détails)

Les artistes : :Kenia Almaraz Murillo, Olga de Amaral, Milton Becerra, Inés Blumencweig, Iván Contreras Brunet, Elias Crespin, Jorge Eielson,Vanessa Enríquez,Sidival Fila, Gego, Martha Le Parc, Anna Maria Maiolino, Sandra Monterosso, Laura Sánchez Filomeno, Jesús RafaelSoto, Cecilia Vicuña, Natalia Villanueva Linares.

A suivre Olga de Amaral à la Fondation Cartier (part II)

INFORMATIONS :

Une brève histoire de fils

Maison de l’Amérique Latine

217 Boulevard Saint-Germain, 75007 Paris – Tél. 01 49 54 75 00

Entrée libre

jusqu’au 16 janvier 2025

Commissariat : Domitille d’Orgeval

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