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Découvrez l’exposition American Photography au Rijksmuseum

Rijksmuseum Amsterdam

Rijksmuseum

Une escapade à Amsterdam, pour le plaisir d’une visite au Rijjksmuseum, voir les chefs-d’oeuvre de l’âge d’or de la peinture néerlandaise, Rembrandt, La Ronde de Nuit impressionnante, en pleine restauration derrière sa vitre, Vermeer, Frans Hals… la bibliothèque, on pourrait y passer des jours.

Devant les chefs-d’oeuvre de Johannes Vermeer (1632-1675)

Depuis février, on peut également voir l’exposition temporaire American Photography.

Rembrandt van Riin (1606-1669). La Ronde de Nuit, 1642. Huile sur toile.363 × 437 cm

L’histoire de la photographie américaine, elle commence à partir du premier portrait daguerréotype américain des années 1840 aux photographies artistiques contemporaines de la fin du XXe siècle. Côte à côte, grandes signatures et anonymes montrent dans cette première rétrospective une partie de la collection du musée (qui possède près de 200 000 tirages d’époque, albums de photos, livres de photos et autres tirages exceptionnels) ainsi que de nombreux prêts des institutions américaines.

Vue de l’exposition. Au centre Sally Mann (1951). Jessie #34, gelatin silver print from a wet collodion negative, 2004

C’est un événement au Rijksmuseum qui souligne l’importance de la photographie aux Etats-Unis, medium dont la modernité coïncide avec celle du pays. Il est d’ailleurs très intéressant de constater que cette exposition tombe à « pic » en termes d’actualité. L’évènement entre en résonance avec l’élection de Donald Trump et la politique néo-conservatrice, dont les premiers débuts sont fracassants.

Sheldon-Claire Co. (producer). This is America … Keep it Free!, with a colourized version of Walker Evans’ 1936 photograph. County Seat of Hale County, Alabama, 1942. Colour offset, 921 × 607 mm (sheet). Rijksmuseum Amsterdam

American Way of Life

La scénographie s’inspire directement des signes de l’American Way of Life. Ainsi les thématiques sont rythmées par des panneaux de signalisation typiquement US, avec une calligraphie sur fond vert. Une « trouvaille » géniale des commissaires et du scénographe pour être dans le bain. A cela s’ajoute une signalisation au sol analogue à celle des rues et des voies de circulation. Il ne reste plus qu’à circuler dans le pays où l’automobile et les grands espaces sont rois.

Jack Jenkins. Elizabeth Eckford at Little Rock Central High School (AR), 4 September 1957.
Gelatin silver

Le « point of view » (POV). 

Une différence saute cependant aux yeux et correspond au choix des commissaires : les expositions photographiques sur les Etats-Unis mêlent souvent le regard autochtone et le regard européen. Or, à l’inverse du regard de « Huron » porté par les Européens sur la jeune Amérique (avec un renversement de perspective intéressant : l’Indien ou le Bon Sauvage n’est plus celui que l’on croit). L’exposition livre un témoignage in situ, un point de vue totalement intériosé et subjectif, un « point of view » (POV). Le visiteur ne peut s’empêcher de penser au travail photographique en couleur (!), de Robert Doisneau parti en Californie en 1960 pour le magazine Fortune ayant pour mission de photographier la vie des riches de Palm Springs, avec un résultat fascinant. Le contrepoint aurait été intéressant mais cela sera peut-être le thème d’une prochaine exposition, le regard des Européens, regard inversé comme une chambre photographique, sur les Américains.

Anonymous. Portrait of a Woman in a Room, probably a sample from a photographer’s studio, c. 1920–1930. Gelatin silver print with applied colour in a wooden frame, 408 × 507 mm (image), 575 × 555 × 32 cm (frame). Rijksmuseum Amsterdam

« Me »

L’autre originalité de l’exposition est qu’elle mélange également les visions artistiques et les témoignages vernaculaires, ceux de la vie quotidienne. Elle montre par là même comment la modernité du quotidien alimente les artistes. Finalement, on comprend mieux pourquoi la soupe Campbell (« Campbell’s Soup » – Andy Warhol) sont devenus des objets d’art ou comment la banalité devient, par la magie de l’artiste, une oeuvre d’art. Cette imprégnation du quotidien et de l’American Way of Life sont particulièrement prégnants dans la civilisation américaine souvent dénoncée, du point de vue européen, pour sa triste banalité et sa standardisation poussée à l’extrême. L’un des aspects les plus touchants de l’exposition sont les Snapshots et la série « Me », témoignages d’autoportraits où le sujet, également photographe, se signale sur la photo avec un arrondi, une flèche, un trait « Me ». L’inspiration du quotidien et sa banalité sont à la source de la démiurgie de l’artiste. Après la mythologie, les faits d’armes, les lignées princières, l’impressionnisme décentre sur le paysage puis sur la réalité ouvrière ou paysanne et, enfin, la société de consommation et l’opulence du XXème siècle. C’est précisément ce va-et-vient de l’exposition entre le regard de l’artiste et celui de l’uomo qualunque qui fait tout l’intérêt du travail du Rijksmuseum.

Curio box made of cigarette packets with portraits of housemates, late 1960s. Wood, handwoven cigarette packets, gelatin silver prints, 140 × 110 × 195 mm. Daile Kaplan Collection, Pop Photographica, New York

Chacun peut devenir son propre artiste

Car la photographie est le premier medium qui se prête à une appropriation populaire : la pratique photographique n’est plus l’apanage des artistes mais chacun peut devenir son propre artiste pour reprendre le slogan des surréalistes et surtout des dadaïstes, dans une volonté de subversion de l’art académique. Photos d’anonymes, objets en tout genre fabriqués pour insérer les portraits, une petite boîte construite à partir de paquets de cigarettes et une photo de la bienaimée ? 

Plusieurs thèmes sont abordés et représentés dans les salles, l’American dream et la réalité, les paysages surdimensionnés … les portraits ceux des soldats, de la famille, publicités, presse … les objets, albums, curiosités ces boîtes à photo portrait de roommate. Chaque salle porte un thème choisi par les commissaires et est annoncé par cette signalétique vert et blanc et rappelle donc au visiteur qu’il est sur la route et voyage à travers l’immensité du pays.

Au centre Self-Portrait with Eves Closed. Henry Fitz Jr. (1808-1863), daguerreotvre. Januarv-rebruary 1840

Le daguerréotype

L’ouverture de l’exposition débute par un daguerréotype extrêmement rare, quasi contemporain de Nicéphore Niepce, un autoportrait d’Henry Fitz Jr. (1840), les yeux fermés, d’une modernité étonnante. C’est un des plus anciens portraits photographiques connus au monde, il est signé au dos et a été mis aux enchères en 2021 par la famille et se trouve aujourd’hui dans les collections du Smithsonian National Museum à Washington. Il constitue ainsi le marqueur chronologique de l’exposition.

Vue de m’exposition. Robert Frank (1924-2019). Les Américains. Tirages argentiques

American Dream

On suit « les Américains » des couvertures de magazines édulcorées et le quotidien de ceux photographiés par le photographe Robert Frank lors de son road trip aux Etats-Unis qui montre le côté sombre loin de « l’American Dream », le livre publié en 1958 par l’éditeur français Delpire, fut jugé subversif, il est depuis devenu un classique de la photographie. The Americans de Robert Frank est le fil d’Ariane de cette exposition. A rebours du côté glamour et optimiste du rêve américain, l’exposition – comme le livre de Robert Frank – livre un condensé d’ironie, de distanciation et de réalité froide et clinique par rapport au rêve américain.

Couvertures de magazines

Ainsi en est-il du thème des grands espaces. Car l’Amérique est d’adord une Nature, vaste et échappant à l’appropriation, jusqu’à l’arrivée des Européens. Avant Ansel Adams, qui a popularisé les grands espaces américains et oeuvré pour leur protection, deux images sont fortes de cette signification et sont l’oeuvre de photographes membres de grandes missions d’études financées par le Congrès dans le cadre de l’exploration de l’Ouest américain ou financés, à des fins commerciales, par de grandes compagnies minières. Celles de Watkins en 1871 et 1882 – la photographie étant utilisée pour une action collective de fermiers contre la compagnie minière – montre la destruction de sites naturels par l’exploitation minière intensive.

Catalogues de l’exposition American Photography, sous la direction de Hans Rooseboom et Mattie Boom.

La question de la mémoire

Le long remord américain est celui de l’esclavage et des Native Americans, les premiers occupants, peuple réhabilité du film « Little Big Man », victimes de la rapacité des Européens. D’abord, la grande bissectrice reste la guerre de Sécession et l’esclavage. Le sort des minorités, pleinement assimilées au rêve américain, est présent. Une photo, devenue une icône, retient l’attention une carte de visite de petit format, de McPherson & Oliver, montrant le dos scarifié d’un esclave en fuite, « The Scourged Man » (1863), pour dénoncer l’esclavage. Arthur Jafa l’a utilisée dans un grand format dans son exposition monographique, Live Evil [Le mal vivant], à la Fondation Luma (2022). Cette image pose la question de la mémoire du pays répression, violence, ségrégation, la complexité des relations raciale, être noir aux EtatsUnis. Le clivage racial et les sous-jacents racistes de la société américaine sont omniprésents.

Vue d’exposition « At Home »

Tout le monde rêve de se faire photographier, les blancs d’abord puis les minorités, à Harlem dans les années 20, James Van Der Zee photographie sa communauté, de même pour les communautés asiatiques. Tous se rendent au studio pour se faire tirer le portrait. Dans cette grande galerie des portraits « Face to Face », on retrouve des photographies iconiques, ce jeune homme aux bigoudis par Diane Arbus, pris dans son intimité, les auto-portraits de Robert Mapplethorpe. Il y a tous ces grands noms, Avedon, Serrano qui défilent sous nos yeux et aussi l’histoire de l’Amérique, les premiers daguerréotypes, celui réalisé en 1840 par Henry Fitz Jr., déjà cité.

À voir absolument et peut-être aussi en profiter pour réserver le restaurant étoilé du musée, délicieux.

La bonne adresse

Vue du restaurant Rijks, une étoile Michelin dirigé par le chef Joris Bijdendijk. Une cuisine qui s’inspire de la « cuisine des Pays-Bas » avec des ingrédients des terroirs néerlandais.

INFORMATIONS

Rijksmuseum

Amsterdam

American Photography

Jusqu’au 9 juin.

Commissariat : Mattie Boom et Hans Rooseboom, conservateurs du département de la
photographie au Rijksmuseum

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