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Redécouvrir Madeleine Dinès

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 à la galerie Pauline Pavec

The Gaze of MAÏA LE BORGNE DE LA TOUR

En 2018, Pauline Pavec, historienne de l’art, et Quentin Derouet, artiste, fondent la galerie Pauline Pavec à deux pas de la Place des Vosges, avec une idée claire en tête : faire redécouvrir des artistes du passé injustement tombés dans l’oubli. Sans surprise, on y retrouve de nombreuses femmes, souvent laissées de côté par leur époque. Ce fut le cas de Marie Bracquemond, à l’honneur lors de leur précédente exposition, et désormais celui de Madeleine Dinès, représentée par la galerie depuis le 29 mars.

Vue de l’exposition Madeleine Dinès. A gauche Rideau vert . Huile sur isorel. 35 x 27 cm. A droite : Le lit défait aux pantoufles rouge. Huile sur toile. 64,7 x 100,5 cm. Provenance : Estate Madeleine DinèsPhotos Aurélien Mole, courtesy PAVEC

Comme la plupart des créateurs qu’ils défendent sont aujourd’hui décédés, chaque exposition s’accompagne d’un véritable travail de recherche scientifique, mené en collaboration avec conservateurs, sociologues, chercheurs et, bien sûr, en dialogue constant avec les ayants-droits, ce qui donne à la galerie une véritable singularité. 

La peinture de Madeleine Dinès, dont trois œuvres ont également été présentées à Art Paris, nous convie dans son univers intime et introspectif, traversé par ses émotions d’une femme peintre en quête d’indépendance au XXe siècle. Ce qui rend son œuvre si singulière, c’est cette tension entre des sujets intimes liés à la profondeur de l’âme humaine et la dureté du réel : l’absence, la solitude viennent ici contraster avec la palette de couleurs vives que l’artiste utilise, influencée par les courants surréalistes dont elle a hérité. 

MADELEINE DINÈS. Le lit vide. Huile sur toile . 46 x 55 cm . Provenance : Estate. Madeleine Dinès

Née en 1906, Madeleine Dinès est la fille du peintre Maurice Denis, un des membres fondateurs du groupe des Nabis. Issue d’une famille de six enfants, elle sera la seule à embrasser la voie paternelle : la peinture. Depuis l’enfance, Madeleine veut créer. Cependant, grandir dans un univers catholique conservateur, être éduquée au couvent, suscite en elle un désir d’émancipation, en tant que femme et en tant qu’artiste, deux positions sociales encore difficilement conciliables à l’époque.

Dès les années vingt, elle affirme son indépendance par un geste symbolique : elle signe désormais Dinès, rompant avec le nom paternel. Ce choix marque un tournant et accompagnera sa reconnaissance artistique. Son indépendance se traduit aussi par son mariage, en 1934, avec le futur poète Jean Follain, un couple singulier, en quête de liberté, qui ne vivra jamais sous le même toit.

En effet, entre la notoriété de son père et celle ascendante de son mari, Dinès cherche à affirmer une identité propre. Malgré les cercles qu’elle fréquente, elle reste en retrait, et d’ailleurs ne reconnaitra jamais ses œuvres comme faisant partie du cercle qui l’a influencé : le surréalisme. Effectivement, bien que Le Banc de sable fasse exception, dans l’ensemble, ses toiles se tournent vers des scènes bien plus réalistes.

MADELEINE DINÈS. Le banc de sable. Huile sur toile. 50 x 65 cm . Provenance : Estate Madeleine Dinès

Dans Le lit défait aux pantoufles rouges, on y découvre un lit tout juste déserté : les draps froissés conservent l’empreinte d’un corps, qu’on imagine être le sien … Les effets de son mari, eux, restent sagement pliés, comme une promesse de retour. Cette mise en scène silencieuse incite à la réflexion : la solitude est-elle le prix de l’indépendance pour une femme artiste à cette époque ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Arrive-t-on à concilier vie personnelle et vie professionnelle sans ressentir un profond sentiment de solitude ? Le féminisme contemporain a-t-il su répondre à ces dilemmes ?

Dans La cheminée blanche ou Le billard, c’est cette fois l’ennui du quotidien qui affleure, une forme de solitude plus banale, presque domestique. Pourtant, les couleurs chaudes, nous enveloppent d’une étrange douceur.

On ressent souvent, devant les toiles de Dinès, un désir de pénétrer dans l’image, d’explorer ces atmosphères à la fois vibrantes mais aussi empreints d’une inquiétante étrangeté. Ce sentiment ambigu rappelle les œuvres de Hopper ou d’Hockney, ce mélange d’attirance et de mélancolie, cette ambivalence émotionnelle.

Et puis, il y a ce mystère. Dinès ne dit pas tout, elle suggère. Dans Le rideau vert, on imagine l’entrebâillement des étoffes mais qu’il y a-t-il derrière ? À nous de le ressentir, d’interpréter, de nous projeter. Ce qui est certain, c’est que Madeleine Dinès nous ouvre les portes d’une réflexion intime, d’une introspection sensible, qui nous invite à ralentir, à regarder, et à ressentir pleinement la vie.

INFOS PRATIQUES :

Madeleine Dinès

Galerie Pauline Pavec

4 rue Jarente – 75004, Paris, France

Jeudi-Samedi 14h-19h 

Exposition du 29 mars au 3 mai 2025

Photo : MADELEINE DINÈS. Cheminée blanche. Huile sur toile. 65 x 50,3 cm. Provenance : Estate Madeleine Dinès

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