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Pontus Hulten, Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely : une amitié artistique

Grand Palais les expositions de l’été

Et pourquoi pas avec cette canicule, se réfugier au Grand Palais, où après des années de restauration on découvre les nouveaux espaces resplendissants comme la Rotonde 1900 du Palais de la découverte avec une mise en lumière de l’œuvre d’Albert Thomas, le plafond verrier et les groupes sculptés. Une visite qui peut s’étaler sur la journée pour voir le Grand Rideau du 19M, sa conception a réuni tous les savoirs-faire des maisons d’excellence soutenues par Chanel, et aussi en profiter pour découvrir les trois nouvelles expositions de l’été, Tapisseries Royales, Savoir-faire français et tapisseries contemporaines danoises (article à suivre), Dans l’intimité d’une collection. La donation Decharme au Centre Pompidou, et Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely, Pontus Hulten

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, impasse Ronsin, Paris, 1961 Photo © Centre Pompidou, Mnam-Cci, Bibliothèque Kandinsky/Fonds Shunk et Kender/ Dist. GrandPalaisRmn. Photo ShunkKender © J. Paul Getty Trust, tous droits réservés. Don de la Roy Lichtenstein Foundation en mémoire de Harry Shunk et Janos Kender

Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely, Pontus Hulten

Première exposition au Grand Palais du Centre Pompidou qui ferme ses portes pour grands travaux jusqu’en 2030. Le choix de montrer la relation entre le premier directeur du musée d’Art Moderne, le Suédois Pontus Hulten (1924-2006) et le couple d’artistes formé par la Franco- Américaine Niki de Saint Phalle (1930-2002) et le Suisse Jean Tinguely (1925-1991) tombe à pic. Il nous permet de se remémorer les premières années du musée et de son premier directeur anti conventionnel, artiste et historien d’art qui bouleverse les codes. Proche de ce couple mythique, il leur permettra de réaliser l’impossible.

Avec l’âme d’un artiste et le parcours d’un universitaire, il peut mettre la théorie en pratique dans les institutions qu’il dirige. Il n’est pas question pour lui de renier l’institution, mais de s’en servir pour en saper les fondements, au nom de la liberté de l’art et du visiteur. Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely vont lui offrir la possibilité d’incarner ses idées. Qu’il s’agisse de Hon et son succès de scandale au Moderna Museet de Stockholm en 1966, ou encore du Crocrodrome de Zig & Puce, installation collective dans l’esprit d’une fête foraine présentée dans le Forum du Centre Pompidou en 1977, l’année de son ouverture, Hulten prend le risque de déstabiliser l’institution en proposant des modes opératoires totalement novateurs. 

-Sophie Duplaix, commissaire de l’exposition

En haut Niki de Saint Phalle, photo de la Hon repeinte, 1979. Peinture sur impression offset, 300 × 293 cm. Niki Charitable Art Foundation, Santee, Californie © 2025 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris. Photo © Niki Charitable Art Foundation. Tous droits réservés/Katrin Baumann © Hans Hammarskiöld/ Hans Hammarskiöld Heritage photographie de Hon – A droite : Niki de Saint Phalle. Elisabeth (Nana) 1965. Resine synthétique et peinture sur armature métallique. Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg. Achat de l’Etat. 1967 : attribution. 2007

Pontus Hulten, la vision d’un directeur de musée qui aurait voulu être un artiste

Complètement avant-garde, Pontus Hulten développe sa vision muséale au Moderna Museet de Stockholm à qui il offre un rayonnement international avec un enrichissement important des collections. En 1963-64, son exposition « Notre musée tel qu’il devrait être » est un véritable manifeste. En 1967, il remuera ciel et terre pour que le Le Paradis fantastique de Niki de Saint Phalle et de Jean Tinguely puisse venir jusqu’à Stockholm et entrer dans les collections du musée.

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely. Le Cyclop – La Tête, 1970. Maquette métal, gaze, plâtre, peinture. Museum Tinguely, Bâle un engagement culturel de Roche. Donation NNii de Saint Phalle. A droite : Jean Tinguely, sans titre, 1982. Moderna Museet, Stockholm. Donation Pontus Hulten.

« mon copain de travail, mon amour, mais aussi mon rival »

-Niki de Saint Phalle à propos de Jean Tinguely

La rencontre

Très bizarre de se promener dans les galeries du Grand Palais autour de ces machines étranges qui se mettent en marche chacune à leur tour et font ce bruit du métal, des objets qui se cognent, de l’eau, de la rouille, avec, autour de ces installations les Nanas, les Tirs… de Niki de Saint Phalle. Mais aussi ce qui ressort de cette visite en dehors de toutes ces oeuvres, c’est cette amitié si forte entre les trois protagonistes, la rencontre en 1954, de Pontus Hulten avec Jean Tinguely lors d’une exposition dans sa galerie à Paris et le choc de l’historien d’art devant les installations de l’artiste. Puis, en 1956, c’est au tour de Niki de Saint Phalle de rentrer dans la danse et de former ce couple avec Tinguely et par la même occasion d’intégrer ce cercle amical.

Un soutien sans faille

Les nombreuses archives, films, photographies, les échanges épistolaires ornés de dessins commençant ainsi « Cher Pontus… », présentés à cette occasion témoignent de cette relation si forte dans ce trio. On découvre les oeuvres du couple soutenues par Pontus Hulten auxquelles il n’hésite pas à mettre « la main à la pâte  » comme pour cette histoire complètement folle de Hon pour le musée suédois, une Nana géante enceinte, une autre « Origine du monde » créée en si peu de temps, et tellement extravagante et forte de sens. Le public entamait une expérience inhabituelle, et démarrait sa visite en entrant dans la sculpture par le vagin, un dépliant en main contenant quelques explications. A l’intérieur se trouvaient une galerie de fausses peintures, d’autres sculptures animées, des distributeurs de boissons, un toboggan, une tombola…le visiteur vivait une re-naissance. Cette oeuvre fut détruite à la fin de l’exposition, il ne reste plus que quelques vestiges conservées depuis comme des reliques. Il faut prendre le temps d’écouter le témoignage filmé de Pontus Hulten sur cette folle aventure artistique. Le couple fusionnel formé par Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely est un couple uni par l’art et leur mariage est surtout de raison et leur a permis de protéger les volontés du premier à disparaitre, et ainsi, au décès de Tinguely, Niki lancera la construction du musée dédié à son mari en Suisse qui sera dirigé par Pontus Hulten. L’exposition se termine par l’Enfer, pièce entièrement restaurée pour l’occasion.

Vue de l’exposition au fond : Jean Tinguely. L’Enfer, un petit début, 1984. Métal, objets et matériaux divers, moteurs électriques. 370 × 920 × 700 cm.Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Achat, 1990.


Toutes ces oeuvres montrent le côté si précurseur des deux artistes, détournant les codes de l’art, déstabilisant le regardeur, annonçant les grandes causes du XXIe siècle. Deux personnalités complices participant chacune à l’oeuvre de l’autre avec Pontus Hulten jamais loin. Jean Tinguely est fasciné par le mouvement, les excès de l’industrialisation le recyclage symbolisé entre autres par Le Cyclop à Milly-la-Forêt (Essonne) complètement créé à partir de matériel de récupération et Niki de Saint Phalle, féministe, lanceuse d’alerte, nous interpelle, elle est si en avance sur son temps, elle nous laisse cette oeuvre majeure Le Jardin des Tarots en Italie. Qui aurait pu imaginer que le destin réunirait ces trois personnes, la franco-américaine, le suisse et le suédois, d’univers si différents.

C’est une belle initiative de rappeler les débuts du Centre Pompidou en rendant hommage à son premier directeur et aux deux artistes incontournables de l’art moderne, on pense à eux à chaque passage devant La Fontaine Stravinsky, 1983, portant le nom du compositeur du Sacre du Printemps dansé par les Ballets Russes et autre scandale du début du XXe siècle.

Vue de l’Eglise Saint Merri et de la Fontaine Stravinsky, de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle (1983), située place Igor-Stravinsky à Paris, près du Centre Pompidou

Genève aussi célèbre Jean Tinguely au musée d’Art et d’Histoire depuis le 22 mai 2025 date de l’anniversaire de l’artiste qui aurait eu 100 ans, le commissaire s’est inspiré de l’exposition de l’artiste qui avait eu lieu au Musée Rath en 1983 et montre ainsi des oeuvres iconiques de l’artiste comme : Cercle et carré éclatés, monumentale sculpture (18 mètres) appartenant aux collections du musée , et Si c’est noir, je m’appelle Jean. (voir article précédent)

Niki de Saint Phalle – Jean Tinguely – Pontus Hulten

Jusqu’au 4 janvier 2026

Grand Palais Galeries 3 et 4

Exposition coproduite par le Centre Pompidou et le GrandPalaisRmn avec l’aimable participation de la Niki Charitable Art Foundation

Commissaire : Sophie Duplaix Conservatrice en chef des collections contemporaines Musée national d’art moderne – Centre Pompidou 

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