Arles 2015 : la photographie documentaire révélée…

Auteur  : Anne Lesage.

Rencontres photographiques Arles 2015

Rencontres photographiques Arles 2015

A Arles les rencontres de la photographie battent leur plein… Le plein d’expositions en tout genre pour tous les goûts et surtout pour assurer à la ville d’Arles un passage prolongé de ses visiteurs. Il est vrai qu’Arles est une petite ville dont on pourrait prétendre vite faire le tour. Mais que de choses à voir, de traces à suivre… Si on y pense, depuis l’Antiquité elle est un lieu de passage : on y vient pour la féria et les tauromachies, on la visite comme une petite Rome : son aqueduc, son théâtre, les Alyscamps – le romantisme d’une via Appia investie cet été par une installation sonore de Céleste Boursier Mougenot . Il y aussi les touristes Japonais qui raffolent de Van Gogh et s’arrêtent sur chacun de ses pas, des Alyscamps justement, à l’Hôtel Dieu rebaptisé « espace van Gogh »…. Et, début juillet, vient s’ajouter à ces visiteurs le petit monde de la photographie: yeux, lunettes, objectifs, écrans tactiles qui fébrilement se croisent, se choquent, se jaugent… un spectacle en soi.

© Stephen Shore

Stephen Shore

Cette année, une belle place a été faite à la photographie documentaire. L’est-elle réellement ?
Aux forges tout d’abord : Ambroise Tezenas qui photographie depuis plusieurs années les lieux martyrs du XXème siècle désormais envahis par les touristes : cet étrange « Tourisme de la désolation » qui fait le titre de son exposition nous entraine d’Oradour-sur- Glane à Tchernobyl . La frontière est bien ténue entre voyeurisme malsain et volonté de constater … même ambiguïté pour le photographe, partagé entre une vision documentaire et esthétique de certaines images dont la charge est pourtant insupportable… le photographe résume tout : «Ici, on vient vérifier un cauchemar ». Lui s’en sort brillamment…

©Ambroise Tezenas

©Ambroise Tezenas

Au Cloitre Saint-Trophîme : la découverte de l’extraordinaire témoignage du missionnaire allemand Martin Gusinde sur ses voyages répétés en Terre de Feu entre 1918 et 1924 où il s’est littéralement assimilé aux peuples Selk’nam, Yamana et Kawésqar, dont il a partagé la vie quotidienne et les rites initiatiques… certaines images font sourire comme celle des jeux pratiqués par les jeunes hommes Yamana pour effrayer les femmes, 1919-1924. D’autres photographies montrent avec un grand naturalisme des expressions qui nous semblent contemporaines et finalement peu retenues. Une échappée du sujet et l’on pourrait tout aussi bien être en présence de hippies dans les années 70…

© Martin Gusinde/Anthropos Institut/Éditions Xavier Barral

© Martin Gusinde/Anthropos Institut/Éditions Xavier Barral

Finalement ce qui m’a le plus intéressée c’est bien évidemment le rapport entre les photographies de Walker Evans dont l’exposition « Anonymous » est présentée au Musée de l’Arles Antique et celles de Stephen Shore à l’espace Van Gogh.

Walker Evans

Walker Evans

Que dire ? Sinon que l’inspiration que Shore puise dans l’oeuvre de Walker Evans est omniprésente dans tout son travail. Au principe d’une sérialité et d’une verticalité chères à Walker Evans qui photographie en un même lieu et dans le même mouvement des centaines d’anonymes , Stephen Shore répond lui par un jeu habile de focales au format paysage ; il révèle par le détail celui de l’éclat lumineux d’une paire de boucle d’oreille, d’un livre, d’un regard, d’un journal plié, les relations profondes qui relient les êtres les uns aux autres. Une fraction de seconde, un point de netteté pour montrer l’ensemble du mouvement d’un groupe ou d’individus et le sujet en mouvement menace de sortir du cadre…

© Stephen Shore

© Stephen Shore

© Stephen Shore

© Stephen Shore

On est bluffé. Bien au-delà de cette considération, j’ai trouvé passionnante l’exposition dédiée à Walker Evans car elle nous permet de comprendre que ce dispositif très particulier de la série d’images descriptives utilisé par le photographe a entièrement révolutionné les maquettes des magazines dès les années 30. Encore une preuve que la photographie documentaire dépasse sa fonction descriptive pour en faire un sujet plasticien à part entière.

©Walker Evans/ Metropolitan Museum, New York.

©Walker Evans/ Metropolitan Museum, New York.

Références :
http://www.ambroisetezenas.com/series/works

© Stephen Shore

© Stephen Shore

« L’Esprit des hommes de la Terre de Feu », Éditions Xavier Barral, 2015.
Exposition présentée au cloître Saint-Trophime.
David Campany, « Walker Evans, The Magazine Work », Steidl, 2014.
Exposition présentée au musée départemental Arles antique.
« Stephen Shore », éditions Xavier Barral, 2014.
Exposition présentée à l’espace Van Gogh.www.stephenshore.net

Anne Lesage

Cloître de la chapelle Saint Trophime, Arles

Cloître de la chapelle Saint Trophime, Arles

Vitrail d'Othoniel , Chapelle Mejan, Arles.

Vitrail d’Othoniel , Chapelle Mejan, Arles.

Irving Penn "Hand of Miles Davis, New York" 1986 Expo MEP , Arles 2015

Irving Penn « Hand of Miles Davis, New York » 1986
Expo MEP , Arles 2015

 

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