Marc Chagall (1887- 1985) , par amour …

 

Fonds Leclerc - Expo Marc Chagall ©Thegazeofaparisienne

Fonds Leclerc – Expo Marc Chagall
©Thegazeofaparisienne

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Le point de départ de cette vie romanesque,  est  pour moi cette maison bleue représentée par Chagall, évoquant sa si chère ville natale Vitebsk (en Biélorussie), là où tout a commencé. Cette ville en laquelle il avait tant d’espoir, il aurait tant aimé qu’elle sorte de sa banalité, de son carcan soviétique. Nommé commissaire des beaux- arts par le parti, il avait rêvé et fondé une école d’art révolutionnaire, attirant de nombreux artistes attirés par cet avant-garde dont Kasimir Malevitch. Déçu, il choisit de démissionner,  pour partir vers des horizons peut être meilleurs mais surtout libres.

"La maison bleue"

« La maison bleue »

« …Ma ville triste et joyeuse.. » Extrait de Ma vie, 1922

C’est dans cette ville où sa mère bravant les interdits, a traversé le pont et l’a inscrit dans une école russe pourtant interdite aux juifs, où il découvre le dessin et c’est toujours à Vitebsk qu’il a rencontré Bella, la ravissante jeune fille instruite, parlant plusieurs langues, écrivant,  son grand amour. Bella qu’il aimait tant entendre, lorsqu’elle approuvait ses peintures d’un « oui pas mal »

« L’amour c’est très important, l’amour je le dis tout le temps, il n’y a que ça, il n’y a que l’amour… » disait-il en insistant

"Les Amoureux en gris" 1916-1917 Huile sur carton marouflée sur toile

« Les Amoureux en gris » 1916-1917
Huile sur carton marouflée sur toile

Celle pour qui il n’hésite pas à quitter la Ruche à Paris, la veille de la première guerre mondiale,où il est installé depuis 1911 , , ignorant les rumeurs très inquiétantes. Il part retrouver sa belle et se marie pratiquement le même jour que l’annonce de la guerre, celle-ci entraînant la fermeture des frontières et les obligeant à rester en Russie. Ils auront une fille Ida.

Fonds Leclerc - Expo Marc Chagall ©Thegazeofaparisienne

Fonds Leclerc – Expo Marc Chagall
©Thegazeofaparisienne

Il ne reviendra à Paris qu’en 1924, appelé par Ambroise Vollard qui lui commande l’illustration des fables de la Fontaine, un projet français pour lequel il réinvente les personnages , les animaux , les pare de ses belles couleurs.

Bella Chagall, posant pour le double portrait. 1925, Paris.

Bella Chagall, posant pour le double portrait. 1925, Paris.

En attendant à Vitebsk la vie continue, je suis impressionnée par l’amoncellement de tous ces détails, ces personnages, les maisons qu’il peint comme si il avait le pressentiment de les voir pour la dernière fois. Un morceau de sa chère ville sera toujours représenté sur chaque  oeuvre tout au long de sa vie, elle restera ad vitam son port d’attache. Vitebsk est inscrite au martyrologue des villes de la seconde guerre mondiale et de l’extermination de sa population juive par la Shoah. Lui qui ne se pensait pas ressembler au juif errant, s’était ancré sur cette idée d’appartenance, car à plusieurs reprises il a dû tout quitter. Ces morceaux de vie sont insérés sur toutes ses toiles, parmi les sujets bibliques très importants pour l’artiste, il y a toujours une touche de Vitebsk.

« Seul est le mien Le pays qui se trouve dans mon âme j’y entre sans passeport comme chez moi il voit ma tristesse et ma solitude… » Extrait de seul est mien , 1945-50

"L'horloge" 1950-52 Céramique murale, 12 carreaux ©Thegazeofaparisienne

« L’horloge » 1950-52 Céramique murale, 12 carreaux
©Thegazeofaparisienne

Cependant, je suis frappée devant le visage de l’artiste, son large sourire, ses beaux yeux bleus,  il dégage une force, une vitalité que pourtant tant de drames ne semblent pas avoir réussi à briser, il vivra presqu’un siècle pour l’amour de son art. Il a créé son univers propre sans jamais adhérer à aucun mouvement comme le fauvisme de Derain, le  cubisme de Braque et PIcasso ou encore l’ orphisme de Delaunay .. C’est comme si il montait sur les toits avec son violon, suivant les traces de son Grand-père,  et observait le monde, sa vie qu’il peint d’ailleurs dans un tourbillon, où chaque élément de sa destinée semble s’y retrouver. A 35 ans, il rédige une autobiographie « Ma vie », romancée.

Ma Vie, 1958 Couverture dition allemande Encre de chine et crayon gras

Ma Vie, 1958
Couverture dition allemande
Encre de chine et crayon gras

« La lune elle est de la famille, tout comme le discret village, le village au coeur mûr, aux racines de miel que la nuit de noce arrose » commentait Paul Eluard sur un tableau.

Fonds Leclerc - Expo Marc Chagall

Fonds Leclerc – Expo Marc Chagall

Le cirque plaisait énormément à Chagall : à Vitebsk les saltimbanques étaient attendus avec bonheur , leur liberté,  fantaisie,  la musique, l’éternel voyage étaient un rêve d’enfance  qu’il gardait au fond de lui.

En 1962 il travaille sur ce thème et réalise 23 lithographies et cette fois ci, il écrit le texte pour la première fois.

« Je marche sur un pont céleste. Les années transparentes comme les nuages flottent autour de moi » Chagall – Extrait de Cirque.

A son retour à Paris il ne retrouve plus ses toiles laissées à la Ruche et repeint ou réinterprète certaines œuvres de jeunesse perdues.

"Deux têtes à la main" 1964 Marbre ©Thegazeofaparisienne

« Deux têtes à la main » 1964
Marbre
©Thegazeofaparisienne

A nouveau , en 1941, lui qui avait obtenu la nationalité française doit fuir son pays, d’ailleurs très tard, il part dans le bateau des artistes pour les Etats-Unis. Il retrouve sur place une pléiade d’artistes : Matisse, Ernst, Masson, Dali, Duchamp, Zadkine (lui aussi né à Vitebsk), Léger, ils organiseront une exposition intitulée à juste titre « Artists in Exile ».

"Autoportrait devant la maison" 1914 et "Bella de profil" 1916 ©Thegazeofaparisienne

« Autoportrait devant la maison » 1914
et « Bella de profil » 1916
©Thegazeofaparisienne

En Allemagne, les nazis, au cours de l’autodafé « l’art dégénéré » de 1937 ont détruit ses toiles.

1944, c’est l’allégresse dans un Paris libéré, le retour en France est prévu et c’est le drame, Bella, qu’il aime depuis 30 ans meurt de maladie, la veille de leur départ. Marc Chagall est désespéré et ne touchera à un pinceau pendant un an, mais la force de son art lui redonnera à nouveau envie de créer. Il se remariera quelques années plus tard avec Vava. 

"Maternité" 1952, bronze

« Maternité » 1952, bronze

L’amour toujours présent dans ses peintures est célébré sans cesse dans ses compositions. Aragon s’est beaucoup inspiré de la peinture de Chagall en écrivant ses poèmes « celui qui dit les choses sans rien dire »  où il ne parle que d’amour en s’identifiant au peintre.

L’artiste possédait une âme de musicien, Il adorait la musique , Mozart  en particulier, et a réalisé des costumes et décors incroyables pour le ballet Daphnis et Chloé

Et c’est à la première de ce ballet que Malraux lui confie le projet du plafond de l’opéra, Malraux qui voyait en lui « un des coloristes capitaux de notre temps « 

Des sensations à la fois de gaité et tristesse traduisent son âme slave qui reste fidèle éternellement à sa ville, à son pays natal, l’image de son pays qui se glisse dans chaque oeuvre.

"Quatre contes des mille et une nuits" 1948 - 13 lithographies en couleurs Ed; Pantheon Books, NY. ©Thegazeofaparisienne

« Quatre contes des mille et une nuits » 1948 – 13 lithographies en couleurs
Ed; Pantheon Books, NY.
©Thegazeofaparisienne

Nous avons envie d’aimer un tel peintre qui a su mettre en couleurs les sentiments que nous les regardeurs éprouvons sans cesse au cours de nos vie.

Et si vous voulez découvrir l’oeuvre de Marc Chagall, un détour par Landerneau, direction le Fonds Hélène et Edouard Leclerc s’impose, vous avez jusqu’au 1er novembre 2016. Cette exposition fait ainsi écho à celle de la Philharmonie de Paris (du 13 octobre 2015 au 31 janvier 2016) consacrée au rôle vital de la musique dans l’œuvre de l’artiste, des années 1920 aux années 1960. A partir de 1966, Marc Chagall et Vava ont vécu à Saint-Paul-de-Vence jusqu’en 1985, date du décès de Chagall. A Saint-Paul, il n’était pas rare de croiser Marc Chagall à la « Colombe d’Or » ou au Café de la Place où il rencontrait ses amis. Parmi eux, André Verdet ou encore Aimé et Marguerite Maeght  dont la maison, « Le Mas Bernard », était voisine de celle de l’artiste. D’ailleurs, plusieurs oeuvres de Marc Chagall font partie de la collection permanente de la Fondation Maeght, notamment « Les Amoureux », grande mosaïque qui accueille les visiteurs à l’entrée de la fondation et « La Vie », immense tableau dont les couleurs explosent à la surface de la toile.

 Marc Chagall - Céramiques ©Thegazeofaparisienne

Marc Chagall – Céramiques
©Thegazeofaparisienne

Petite parenthèse, Jean-Louis Prat, ancien directeur de la fondation Maeght, commissaire de cette exposition « Chagall de la poésie à la peinture »  est aussi celui  de « Picasso, l’oeuvre ultime, hommage à Jacqueline »  à la fondation Pierre Gianadda en Suisse; deux artistes qui se trouvaient souvent dans le même atelier de céramique  dans le Sud de la France , mais à des étages différents et faisaient en sorte de ne pas se croiser…

Florence Briat Soulié

Chagall de la poésie à la peinture

Jusqu’au 1er novembre 2016

Fonds Hélène et Edouard Leclerc

Rue de la Fontaine Blanche, 29800 Landerneau

Tel : 02 29 62 47 78

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