Collection Lambert : le musée imaginaire de Patrice Chéreau
La collection Lambert propose une exposition consacrée au musée imaginaire de Patrice Chéreau, homme de théâtre, metteur en scène, réalisateur, dont la vie s’est incarnée dans le théâtre (il est décédé en 2013).
Le titre (« musée imaginaire ») est sans doute abusif car la plupart des œuvres n’ont pas été choisies par Patrice Chéreau : il n’a pas participé à la sélection et, l’exposition est ainsi le résultat du travail du commissaire, qui mêle le témoignage sur la production personnelle de Patrice Chéreau avec les références, picturales, photographiques et les installations qui font écho à son œuvre.
L’approche n’est pas celle d’André Malraux et de son musée imaginaire : il ne s’agit ni d’un inventaire nécessairement limité et restreint de l’art humain ni une philosophie de l’art. Le rapprochement peut ainsi paraître quelque peu artificiel, cette exposition devant être appréciée plus comme un « hommage » à Patrice Chéreau. Il n’y a ainsi pas de témoignages ou de tableaux de la collection personnelle de Patrice Chéreau même si la peinture est bien présente, par sa famille d’abord, son arrière grand-mère, Lise Brière de l’Isle, a été le modèle de Renoir, puis par sa collaboration artistique avec le décorateur Richard Peduzzi.
D’emblée nous sommes accueillis dans la cour de l’hôtel de Caumont par l’installation de Miroslaw Balka, une pluie fluorescente de petites lanières multicolores où les visiteurs déambulent comme à travers une douche lumineuse.
L’entrée dans l’exposition Patrice Chéreau se révèle par un tableau magnifiquement pompier, Catherine de Médicis le jour de la Saint-Barthélémy (Edouard Bernard Debat-Ponsan) au pied de l’escalier d’honneur et d’une colonne ascendante où défilent les lettres lumineuses : le romantisme noir du XIXème siècle s’allie avec une vision satirique de la société de l’information du XXIème siècle.
Se découvre alors le « Musée imaginaire » de Patrice Chéreau selon une scénographie représentant son univers artistique et dramaturgique. Le pari est réussi : même si rien ne permet de connaître les intentions de Patrice Chéreau par rapport à cette collection, le parcours est d’une richesse et d’une diversité qui traversent les écoles et les périodes.
Cet éclectisme de l’exposition, qui repose principalement sur les œuvres de la collection Lambert et des prêts exceptionnels d’institutions publiques (Géricault, Picasso …), en fait précisément le charme : des œuvres qualifiées d’académiques sont juxtaposés aux côtés d’œuvres contemporaines dont les thèmes sont réinterprétés.

“Marie Laetitia Murat portant un buste de Napoléon 1er” 1806
Palais Fesch , Ajaccio, Musée des Beaux-Arts
Très spectaculaire, la sculpture d’Adel Abdessemed, en lames de cutter, qui fait écho à la plus sinistre actualité, voisine ainsi avec l’esquisse de David pour la « mort de Bara », androgyne et éphèbe de la Révolution et de la Terreur et les « Trois couleurs » de Léon Cogniet.
Cette succession est présentée dans la salle consacrée à la reine Margot, le film sanglant, extrême et violent du roman d’Alexandre Dumas. La mort est ainsi omniprésente avec la composition de Marina Abramovic (« Balkan Baroque ») mais pèche sans doute par excès.
La mort est présente mais l’amour est oubliée.
Or, la reine Margot ne peut se représenter sans cette passion violente pour la Môle (Vincent Pérez dans le film) dont la tête est portée par une Isabelle Adjani transfigurée en Judith du XVIème siècle.
Mais la partie la plus émouvante est celle qui nous fait pénétrer au coeur de la création de Patrice Chéreau : ses archives personnelles, les plus intimes (et léguées depuis à l’IMEC).
Elles sont exposées, depuis les programmes de sa troupe théâtrale au lycée Louis-le-Grand jusqu’à sa carte de jeune participant au festival international universitaire de Nancy, créé en 1963 par Jack Lang.
Les témoignages audiovisuels (de l’INA) comme les lettres de Paolo Grassi (directeur du Piccolo Teatro).
Celles adressées à Wolfgang Wagner qui exposent ses interrogations sur la mise en scène de la Tétralogie ou le travail incessant qui l’a mobilisé pendant sept ans sur un film consacré à Napoléon et son exil sur l’île de Sainte-Hélène : Al Pacino incarnant un Napoléon vieillissant et enchaîné dans sa destinée de Prométhée insulaire, dans un film de Patrice Chéreau.
Ce « musée imaginaire » est sans doute un prétexte mais un beau prétexte dans l’environnement de l’hôtel de Caumont en hommage à Patrice Chéreau, un dramaturge dont la vie s’est confondue avec sa passion théâtrale.
Bruno Soulie
http://www.collectionlambert.fr/
en Avignon – 5 rue Violette – 84 000 Avignon
sauf le lundi de 11h à 18h.
Juillet/août : tous les jours
de 11h à 19h.
Exposition inaugurale – Réouverture de la Collection Lambert agrandie – Du 11 juillet au 11 octobre 2015.

Catalogue de l’exposition Patrice Chéreau – Yvon Lambert Bookshop Et si vous avez un moment n’hésitez pas à faire un tour à la librairie située 108 rue Vieille du Temple – 75003 Paris – tel : +33 (0)1 42 71 89 05


3 commentaires
Asia
Un endroit magique à voir absolument. Une très belle exposition inaugurale qui nous fait découvrir l’univers de Patrice Chéreau à travers un musée imaginaire.
MGM
Yvon Lambert nous fait magnifiquement partager ses découvertes et aimer les artistes.. Bravo !
Lesage
Magnifique et sensible. Cet article donné envie…