Cy Twombly (1928-2011), bouquet final 2016 …

"Blooming", 2001-2008 Acrylique, crayon à la cire sur 10 panneaux de bois. 250 x 500 Collection particulière © Cy Twombly Foundation, courtesy Archives Fondazione Nicola Del Roscio ©Thegazeofaparisienne Centre Pompidou

« Blooming », 2001-2008
Acrylique, crayon à la cire sur 10 panneaux de bois. 250 x 500
Collection particulière © Cy Twombly Foundation, courtesy Archives Fondazione Nicola Del Roscio
©Thegazeofaparisienne
Centre Pompidou

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Pour un certain type de peinture, c’est instinctif : pas comme si vous étiez en train de peindre un objet  ou une chose en particulier, mais comme si ça traversait votre système nerveux. C’est comme un système nerveux. La chose n’est pas décrite ; elle se produit. Le sentiment accompagne l’action. La ligne suit le sentiment, quelque chose de doux d’abord, d’onirique, qui devient quelque chose de dur, quelque chose d’aride, quelque chose de solitaire, la fin de quelque chose, le commencement de quelque chose » Cy Twombly,(*) entretien avec David Sylvester, 2000.

(*) Cy » Cyclone Young , deux initiales  empruntées à son père,  joueur de baseball.

 « le peintre d’histoire qui raconte des histoires » Jonas Storsve

Une rétrospective à Pompidou consacrée au peintre américain à Cy Towmbly, empreinte de beauté, conclut en bouquet final l’année 2016. L’exposition donne la possibilité de voir ces immenses toiles, ces grands comme les petits formats, certaines n’ont  jamais été exposées au public .

L’itinéraire de Cy Twombly est paradoxal : peintre américain, installé dès les années 50 en Italie, il est plus inspiré par l’Antiquité, en particulier l’Antiquité grecque et sa mythologie, par la couleur et les formes, que l’art américain moderne et contemporain qui va dominer les tendances de l’art occidental. Twombly naît avec l’expressionnisme abstrait, Jack Kerouac,

Allen Ginsberg et la Beat Generation dont il évolue rapidement, en conservant le même goût pour la couleur et la forme abstraite mais il se détache du Pop Art puis de l’émergence de l’art conceptuel et du minimalisme. Cy Twombly reste un peintre fidèle au chevalet, au tableau et à l’atelier, sans doute en raison de son exil précoce en Italie, terre de l’Antiquité gréco-latine et de la Renaissance.

Cy Twombly Centre Pompidou

Cy Twombly
Centre Pompidou

Méconnu en Amérique, il est d’abord reconnu en Europe, en France notamment par le galériste Yvon Lambert (autre paradoxe lorsqu’on connaît son goût pour l’art conceptuel). Il est ensuite adoubé par les Etats-Unis au titre d’une reconnaissance tardive, qui lui vaut les honneurs du marché mais aussi des grands musées (dont le MOMA). Le pinacle demeure le travail accompli pour la galerie des bronzes antiques du musée du Louvre : The Ceiling surplombe la collection des bronzes antiques.

Cy TwomblyTrès connu pour son écriture peinture, cette exposition du Centre Pompidou est aussi une grande fresque retraçant l’histoire d’une vie, par ses peintures, mais aussi ses photographies et sculptures.

Je suis enthousiaste de voir cette oeuvre étalée sous mes yeux, celle d’un artiste, Cy Twombly du jeune homme qui part au service militaire, l’incompris qui montre ses toiles au grand Galériste Castelli, celui qui a peint au Louvre le plafond des médailles, le voyageur avide de savoir. 

Toute une vie vouée à l’art. 

Cy Twombly

Cy Twombly

Une richesse , une culture , une histoire qui transperce les grandes  toiles accrochées sur les cimaises du Centre Pompidou. Des œuvres très intimes sont visibles comme ses photos de cèdrats apportes par un ami  ou encore celle de ce  citron rare « main de bouddha », il travaille sur le flou ,  avec Polaroïd , style Fresson, les tirages sont réalisés en Allemagne. 

Une mise en scène orchestrée par un commissaire d’exposition passionné  : Jonas Storsve, heureux de nous faire découvrir les chef d’oeuvres de Cy Twombly. Certaines jamais vus en France comme « le bouclier d’Achille » ou encore celui retrouvé au hasard d’une conversation, « Night Watch » ce titre qui sonne si bien emprunté à Rembrandt. Le « bouclier d’Achille » mérite que l’on s’y attarde : les couleurs y apparaissent crues et vives, comme jetées sur la toile. Le caractère presque vif de la toile fait penser à ces couleurs retrouvées, presque intactes, des peintures de l’Antiquité. Car les peintres de l’Antiquité sont anonymes et tombés sous le laminoir de l’histoire à l’exception des témoignages écrits qui font encore briller les noms de Zeuxis et Appelle. Pourtant, le visiteur et l’observateur ont plus que l’impression de voir ces peintures telles que mises à jour dans leurs couleurs à Paestum, avec la fameuse fresque de la « tombe du plongeur », peintures archaïques du début du Vème siècle avant Jésus-Christ. L’archaïsme et le primitivisme de la peinture de Twombly sautent aux yeux et nous renvoient à cette vieille histoire de l’humanité.

Cy Twombly Centre Pompidou

Cy Twombly – Centre Pompidou

Comment Twombly n’aurait-il pas eu en tête ces récentes découvertes (1968) alors qu’il était dans la période la plus créatrice de sa peinture ? Au même moment un reportage de Vogue (1966) le présente au public cultivé américain dans sa villa de Bassano in Teverina, près de Bomarzo et de ses jardins extravagants de la Renaissance italienne (le « Parc des Monstres »).

Apollinien, élégant dans son costume de lin blanc finement coupé, Cy Twombly est sous le regard ciselé de Horst P. Horst, grand photographe de mode. Ce n’est pas Richard Avedon mais la publication est celle de Diana Vreeland : Cy Twombly pose mi-figure de mode et mi-artiste dans une mise en scène soigneusement étudiée où art, mode et luxe se rejoignent. Nous sommes loin des canons de l’artiste maudit mais on comprend mieux alors les qualificatifs qui lui sont accolés dans l’ouvrage de Dominique Baqué, « Cy Twombly, sous le double signe d’Apollon et de Dionysos » car l’oeuvre de Twombly est placé sous le signe de la lumière, de la poésie et de la vie.

Twombly se baigne dans les eaux de l’Antiquité, celle des Hommes et des Dieux.

Sans titre (Bassano in Teverina), 1985 Huile, acrylique sur panneau de bois 181,7 x 181,7 cm Cy Twombly Foundation © Cy Twombly Foundation, courtesy Archives Nicola Del Roscio ©Thegazeofaparisienne

Sans titre (Bassano in Teverina),1985
Huile, acrylique sur panneau de bois 181,7 x 181,7 cm
Cy Twombly Foundation © Cy Twombly Foundation, courtesy
Archives Nicola Del Roscio – ©Thegazeofaparisienne

Une exposition rétrospective qui montre les débuts de sa carrière, cette toile peinte en 1954, pendant son service militaire dont il ne se séparera jamais, où on aperçoit la palette du peintre, autoportrait à la Rembrandt ? Car Twombly reste énigmatique dans son regard : tout est singulier dans son oeuvre, objet d’une reconnaissance tardive, à rebours des expressions artistiques qui dominent alors l’art contemporain.

Ses premières oeuvres des années 50 à la peinture industrielle en noir et blanc comme celles montrées à Léo Castelli et refusées par le grand galériste New-Yorkais. Celles-ci remisées pendant des années dans un entrepôt, réapparaissent toutes les trois au grand jour, jamais exposées elles ont gardé leur couleur chair alors que les autres toiles s’éclaircissent.

"Quatro stagioni : Primavera, estate, Autunno, Inverno" 1993-1995

« Quatro stagioni : Primavera, estate, Autunno, Inverno » 1993-1995

Cette peinture à qui il a toujours voué une grande fidélité même dans ces années où la grande tendance était l’art conceptuel.  Dans ces années 70 très difficiles pour la peinture alors déconsidérée, Twombly introduit des collages sur ses bacchanales romaines. 

Une approche timide dans ses jeunes années , il ose la couleur doucement après avoir utilisé le noir et blanc. A partir de 1959 il délaisse la penture industrielle pour celle à l’huile.

Cy Twombly Centre Pompidou

Cy Twombly
Centre Pompidou

C’était un étudiant volontaire, très cultivé, passionné pour l’Antiquité, passion sans doute attisée par  sa soeur qui étudie les lettres anciennes. Il fait la demande d’une bourse qu’il obtient pour un programme très ambitieux,  il veut tout voir,  les grottes de Lascaux,  les musées français, italiens,  néerlandais.. étudier la préhistoire,  l’Antiquité, le  Baroque… Il invite son ami Robert Rauschenberg à l’accompagner et s’embarque en Italie , passe hiver 52/53 au Maroc. C’est amusant de penser que parallèlement à cette exposition parisienne Twombly,  une grande rétrospective Robert Rauschenberg a lieu à la Tate Modern jusqu’en avril 2017. 

Alessandro Twombly, 1965 Impression à sec sur carton 43,2 x 28 cm Cy Twombly Foundation © Fondazione Nicola Del Roscio

Alessandro Twombly,1965. Impression à sec sur carton 43,2 x 28 cm
Cy Twombly Foundation
© Fondazione Nicola Del Roscio

 

Dès cette époque,  la sérialité est importante dans son travail, et se retrouve toute sa vie. On peut voir un triptyque qui appartient à François Pinault « Ilium » auquel manquait un des panneaux, Cy Twombly le repeint dans les années 2000. Les grandes épopées antiques sont une source permanente d’inspiration : il n’a cessé de travailler à la mise en image de ces tragédies décrites par Homère, Euripide et jusqu’à Jean-Paul Sartre, avec les Mouches. Son oeuvre est un trou béant où se projette la survivance des mythes païens : le rapprochement avec le roman de Jean Ray, « Malpertuis » (1943) et le film surréaliste de Harry Kümel (1971) est immédiat, ce roman d’une maison fantastique où les Dieux de l’Olympe survivent au 20ème siècle.

En 1959, il épouse une jeune italienne portraitiste Luisa Tatiana Franchetti et s’installe à Rome

Cy Twombly ©Thegazeofaparisienne

Cy Twombly – Centre Pompidou
©Thegazeofaparisienne

Au fur et à mesure de ma visite les thèmes de l’Antiquité , des inspirations des peintres classiques se découvrent.  En 1960 il est subjugué par une exposition sur Nicolas Poussin au Louvre,  le commissaire est Anthony Blunt. Sa belle famille aurait possédé un Titien, La filiation et l’inspiration sont alors directes entre l’Antiquité et le hiératisme des personnages de Poussin, comme figés dans une sculpturale dignité presque inhumaine : sommes-nous en présence des hommes ou des Dieux ou s’agit-il des hommes de l’Arcadie, ce pays imaginaire avant la Chute ?

Une fidélité à  la peinture, aux peintres qui perdure et qu’il nous transmet tout au long de sa vie. Dans les années 2000, il peint ses nymphéas (a gathering of time, 2003).

Cy Twombly Fifty Days at Iliam

Cy Twombly
Fifty Days at Iliam

Les sculptures ne sont pas en reste, elles sont réunies sur un grand socle face au ciel de Paris, au dernier étage du Centre Pompidou. Ses sculptures blanches, comme des statues grecques, côtoient alors le grand ciel bleu d’hiver de Paris : le spectacle est magnifique.

Je ressens son engagement, son horreur de la guerre en Irak, le sang qui coule symbolisé par le rouge de ses lettres autrefois blanches sur les « tableaux noirs » de la fin des  années 60.  En 2010, son plafond des médailles au Louvre est inauguré, un an avant sa mort. Une vraie place pour cet artiste imprégné d’histoire dans ce grand musée de l’histoire de l’art. Une fin illustrée par le bouquet final géant qui porte bien son nom « Blooming » réalisé entre 2001 et 2008.

Wilder Shores of Love, 1985 Peinture industrielle, huile (bâton d’huile), crayon de couleur, mine de plomb sur panneau de bois 140 x 120 cm Collection particulière © Cy Twombly Foundation

Wilder Shores of Love, 1985
Peinture industrielle, huile (bâton d’huile), crayon de couleur, mine de plomb sur panneau de bois
140 x 120 cm – Collection particulière – © Cy Twombly Foundation

Si vous n’avez pas encore vu cette exposition, allez-y, une oeuvre qui nous donne de l’énergie pour commencer ce début d’année 2017.  J’aimerais que cette année soit pour vous aussi belle, puissante et inspirée que l’oeuvre de Cy Twombly !

Florence Briat Soulié

30 novembre 2016 – 24 avril 2017

Centre Pompidou

Centre Pompidou

Commissaire d’exposition Jonas Storsve

 

Bibliographie : 

Catalogue de l’exposition

CY TWOMBLY Sous le signe d’Apollon et de Dionysos Dominique Baqué

Dominique Baqué CY TWOMBLY Sous le signe d’Apollon et de Dionysos Editions du Regard

Dominique Baqué
CY TWOMBLY
Sous le signe d’Apollon et de Dionysos
Editions du Regard

CATALOGUE DE L’EXPOSITION Éditions du Centre Pompidou Sous la direction scientifique de Jonas Storsve

CATALOGUE DE L’EXPOSITION
Éditions du Centre Pompidou
Sous la direction scientifique de Jonas Storsve

Une réflexion sur “Cy Twombly (1928-2011), bouquet final 2016 …

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