Un musée lumineux pour Camille Claudel à Nogent-sur-Seine

 

par Estelle de Talhouët Roy

Camille Claudel (1864-1943) Autour de la Valse
@EstelledeTalhouëtRoy

Le dernier musée à être inauguré en France se situe à une heure de train de Paris, à Nogent-sur-Seine, dans l’Aube. C’est également le premier musée au monde consacré à la sculptrice Camille Claudel (1864-1943).

Le choix du site tient au fait que la famille Claudel y réside entre 1876 et 1879.

Musée Camille Claudel – Nogent sur Seine
@EstelledeTalhouëtRoy

Ces trois années furent essentielles dans la vie de femme et d’artiste de Camille Claudel, car c’est là, à 12 ans, qu’elle développe ses talents de sculptrice sous l’enseignement rudimentaire d’Alfred Boucher qui l’avait remarquée et la présentera à Auguste Rodin par la suite.

C’est aussi à Nogent-sur-Seine que Camille réalisera ses premières figurines en terre, aujourd’hui disparues, « David et Goliath », « Bismarck » ainsi que « Napoléon ». C’est donc en tout logique que la ville qui a vu la naissance artistique de Camille Claudel dispose désormais d’un musée dédié à ses œuvres.

Camille Claudel Dans l’atelier de Rodin
@EstelledeTalhouëtRoy

Le musée en brique de 2 645 m2 conçu par l’architecte Adelfo Scaranello, professeur associé depuis 2005 à l’Ecole d’architecture de la ville et des territoires de Marne-la-Vallée, est installé sur trois niveaux, adossé et intégré à la maison Claudel.

Il présente 250 œuvres dont 200 sculptures françaises, 67 prêts et dépôts, 43 sculptures de Camille Claudel, 37 fac-similés de photographies et gravures, 11 tableaux et 2 dessins.

Les sculptures réalisées par Camille Claudel proviennent essentiellement de la collection privée de sa petite-nièce, Reine-Marie Paris et de Philippe Cressent.

Camille Claudel (1864-1943)
Sakountala, 1888.
Etat de la sculpture en 1987. Fonte Delval 1987, d’après le plâtre original endommagé.
Bronze unique de sauvegarde

De tous les candidats postulant à la conception de ce musée, Adelfo Scaranello fut le seul à positionner la maison Claudel au cœur du projet. Une mise en scène savamment orchestrée place de ce fait les 43 sculptures de Camille Claudel dans cette maison familiale du XVIIIe siècle.

Le choix de construire le musée en briques est le fruit d’une volonté de lier, par son caractère plastique, la matière de la brique qu’est la terre au sculpteur qui transforme les matériaux avec ses mains. C’est cette idée du geste qui a amené l’utilisation d’une brique fabriquée selon des méthodes artisanales.

Très épuré et lumineux grâce à des larges baies vitrées, le musée dispose aussi d’un auditorium de 126 m2 au dernière étage, offrant une vue panoramique sur la ville de Nogent-sur-Seine et ses environs.

L’objectif du musée de servir d’écrin pour les collections est une brillante réussite. S’effaçant pour réduire la muséographie à sa plus simple expression, en jouant avec une harmonie de couleur et de lumière, le musée laisse les œuvres parler d’elles-mêmes.

Le projet scientifique et culturel du musée fut conçu et lancé en novembre 2012 par Françoise Magny, conservatrice en chef honoraire du Patrimoine, quand elle prît le relais d’Yves Bourel, conservateur du musée Paul-Dubois.

Passionnée par ce projet qu’elle a porté pendant 5 ans, Françoise Magny nous a exposé au cours d’une visite guidée fascinante le contexte historique, politique, géopolitique, économique et artistique de la fin du XIXe siècle dans lequel Camille Claudel a évolué.

Etaient également présents lors de l’inauguration, l’actuelle conservatrice du musée, Cécile Bertran, nommée depuis octobre 2016, et l’architecte Adelfo Scaranello.

 

Camille Claudel. Cire perdue.
@EstelledeTalhouëtRoy

Le parcours du musée permet de mettre en perspective l’art de Camille Claudel et d’examiner quelle place elle occupe dans le paysage artistique de son époque.

Le parcours débute par la filiation nogentaise, représentée par des œuvres des trois sculpteurs installés à Nogent-sur-Seine, Marius-Joseph Ramus, Alfred Boucher et Paul Dubois.

Il se poursuit avec une salle consacrée à la formation et la technique en sculpture qui met l’accent sur toute la diversité des savoirs que les sculpteurs du XIXe siècle devaient assimiler.

Sept salles sont ensuite dédiées à l’âge d’or de la sculpture française entre 1880 et 1914 avec les œuvres de quarante quatre sculpteurs qui ont façonné le monde artistique dans lequel Camille Claudel s’est formée et a travaillé.

Camille Claudel
L’Age mur

Parmi ces salles, une salle aborde le courant néo-florentin avec des œuvres de Paul Dubois, son représentant le plus illustre, dont la très célèbre sculpture en bronze le « Chanteur florentin du XVe siècle ».

Vers la fin du XIXe siècle, l’anatomie humaine prenant de plus en plus d’importance en sculpture, l’histoire du Nu est spécialement prisée.

Une salle exposant le Nu et plus particulièrement le Nu Féminin, héberge un groupe de 3 statuettes par Paul Richer, sculpteur et anatomiste, montrant l’évolution du nu féminin à travers l’histoire de la sculpture.

La salle qui représente le mouvement, ainsi que celle qui évoque l’atelier de Rodin, permet une comparaison entre la recherche esthétique et la simplification de l’élan du mouvement.

Camille Claudel
Les représentations du mouvement.
@EstelledeTalhouëtRoy

Les salles hébergeant la collection de Camille Claudel soulignent la maîtrise dont elle fait preuve, mêlant le Naturalisme et le Symbolisme, le courant néo-florentin et l’Art Nouveau avec des œuvres majeures comme « la Valse », « l’Abandon », « l’Age Mûr » et « les Causeuses ».

Le parcours se termine avec « Persée et la Gorgone ». C’est son unique sculpture monumentale en marbre blanc. Elle représente un autoportrait de Camille Claudel puisqu’elle a donné ses traits à la tête coupée de la Gorgone. Ne pouvant pas la terminer toute seule, elle sera aidée par son praticien, le sculpteur François Pompon, qui est en partie payé par Auguste Rodin.

La sculpture sera exposée au Salon en 1902. Elle représentera son testament.

Estelle de Talhouët Roy

*Photo de couverture :  Détail « Camille Claudel travaille à Sakountala dans l’atelier 177, rue des Petits-Champs. Au second plan, Jessie Lipscomb ».© musee Rodin (photo Jean de Calan)

Biographie :

Dominique Bona – Camille et Paul La passion Claudel Le livre de poche. Editions Grasset & Fasquelle, 2006.

Dominique Bona Camille et Paul

 

Musée Camille Claudel

http://www.museecamilleclaudel.fr/fr

Nogent sur Seine à 1h de Paris et à 5mn de la gare. 

Fermé le lundi et du 1er novembre au 31 mars fermé lundi et mardi. 

 

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