Autophoto, Fondation Cartier, 75014

Par Valentine Haberman

Exposition Autophoto. Je m’engage dans l’allée de la Fondation Cartier le sourire aux lèvres.

Autophoto, le titre m’a plu. Autophoto, pendant photographique de l’autobiographie et de l’autoportrait ? Autophoto : réflexion sur la génération des années 2010 obsédée par sa propre image et accro aux selfies ?

Que nenni. J’ai la surprise de découvrir une exposition sur des photos de voitures. Autophoto, photos d’automobiles, évidemment.

N’étant absolument pas passionnée d’automobiles, c’est circonspecte que je pénètre dans la première salle, et que je découvre, le monde merveilleux et complexe des voitures. Le titre de l’exposition est à double-entrée, l’automobile reflète l’évolution de notre société : toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus de liberté ; mais la voiture incarne également la personnalité de son conducteur.

Basile Mookherjee, Série Fully Fueled, 2012-2014, tirages jet d’encre

La Fondation Cartier nous offre une pluralité de réflexions autour de l’automobile avec de nombreuses séries de photos aussi bien politiques que sociologiques. Politiques par exemple au sous-sol, un mur entier est consacré aux photos prises par la police de Berlin Est lors d’arrestations des habitants tentant de fuir leur pays en se créant des cachettes à l’intérieur de l’automobile ou encore une série de Fernando Gutiérrez consacrée à la Ford Falcon, véritable symbole de la dictature argentine.

La visite artistique autour de la voiture se fait aussi sociologique comme l’illustre la série Cerimônia do Adeus qui révèle une multitude de couples, tout juste mariés, posant dans une voiture lors du dernier cliché pris habituellement lors des cérémonies de mariage au Brésil ou à Cuba, à la portée très symbolique, comme marquant matériellement la fin du rite de passage de « l’ancienne vie » à « la nouvelle vie », de même la projection de Jacqueline Hassink sur la mise en scène des hôtesses dans les salons automobiles.

C’est aussi une vision de l’impact de l’automobile sur les paysages et les espaces, avec des clichés vus du ciel de parking vides, ou de routes, donnant des images quasi abstraites.

Au sous-sol la voiture se fait objet économique, parfois véritable actrice de cinéma comme chez Matthew Porter, photographe passionné de course-poursuite ; mais parfois simple objet de consommation replacé dans le processus de production des usines et disséqué pièces par pièces.

La Fondation Cartier nous expose une véritable histoire de l’automobile, son âge d’or représenté par des voitures américaines symbolisant l’American dream, ses effets sur les paysages, la société, l’art, mais l’exposition questionne également sur le futur de la voiture. Serait-on allé trop loin ? Accidents de la route, pollution, sont aujourd’hui des préoccupations de plus en plus pertinentes voire nécessaires et une des salles au sous sol de l’exposition nous propose une alternative étonnante à l’accumulation des déchets automobiles : le projet génial intitulé Turtle 1-Building a Car in Africa qui permet de réaliser une voiture à partir de pièces recyclées mais surtout s’adaptant aux contraintes géographiques du Ghana : voiture certes peu rapide mais extrêmement robuste et résistante au temps.

 

Peter Lippman, Série Paradise Parking

Le support photographique s’adapte idéalement au sujet de l’automobile. Le sujet rejoint et illustre les nouveautés techniques qu’a offert la photographie au début du XXème siècle : Man Ray, ou encore Doisneau pour ne citer qu’eux, l’utilisent pour représenter cette société industrielle qui s’étend aux villes, avec le capharnaüm qui en découle et produire des images aux aspects étranges : distorsions dues à la vitesse, lumières fantasmatiques et reflets astucieux à travers les vitres ou les rétroviseurs.

Man Ray, A Francis Picabla en grande vitesse, 1924, Tirage gélatino-argentique et Robert Doisneau, Publicité Aronde, Tirage gélatino-argentique

La voiture se métamorphose, parfois simple sujet purement artistique et esthétique : l’objet est pris en gros plan, avec une attention portée aux courbes, à la couleur de la carrosserie, mais parfois véritable outil pour le photographe. Par exemple, Oscar Fernando Gómez, chauffeur de taxi, joue de son métier et de son véhicule pour réaliser ses photographies depuis la place du conducteur, à travers la vitre ce qui permet des clichés marqués par une instantanéité et un cadrage étonnant.

 

Oscar Fernando Gómez, Série Windows, 2009, Diaporama

Amateurs de photos et pas forcement d’autos, foncez à la Fondation Cartier ! Une multitude de techniques y sont représentées : argentique, exposition dans une boite lumineuse, polaroid, tirage jet d’encre. Le spectateur, au détour de chaque cliché, se trouve plongé dans une nouvelle atmosphère et se laisse guider, comme un passager à l’arrière d’une voiture, à travers de somptueux paysages.

Autophoto
20 avril 2017 › 24 septembre 2017

Fondation Cartier – Auto Photo

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s