Tatiana Trouvé

Si vous êtes de passage à Paris, avant le 22 août, n’hésitez pas à aller faire un tour au Centre Pompidou pour voir la mystérieuse exposition de Tatiana trouvé « le grand atlas de la désorientation».

🔹Dessins énigmatiques suspendus au plafond et sculptures se côtoient sous le regard des  « Gardiens »  ses sculptures chaises, symbolisant les gardiens de musées souvent invisibles pour les visiteurs . 

Affiche de l’exposition sur le Centre Pompidou

Le centre Pompidou avait proposé cet surface vide de 800 mètres carrés de la galerie 3 du musée à Tatiana Trouvé. A charge pour l’artiste de concevoir la scénographie pour cette exposition qui devient une oeuvre totale. Avec ce jeu de rideaux blancs qui entourent l’espace, Tatiana Trouvé propose d’intégrer le regardeur dans  l’intérieur et dans son oeuvre. Sur le sol à décor nuageux l’artiste a dessiné des grandes spirales représentant différents parcours, humain, animal.

L’exposition commence par les dessins de couvertures de journaux, titrant tous sur la pandémie, la première étant celle de Libération titrée « Le jour d’avant »  déclencheur chez l’artiste de cette série captivante. « Le jour d’avant » est un clin d’oeil au film « Le jour d’après» (1983), qui évoque l’apocalypse nucléaire. Cette série s’appelle « From March to May », commencée à partir du premier jour du confinement en 2020, qui était vraiment le grand confinement mondial suite à la crise de la Covid-19. Tatiana Trouvé a donc dessiné tous les jours sur la Une d’un journal d’un pays qui était très affecté par la Covid, où les personnes étaient elles-mêmes confinées, jusqu’au dernier jour du confinement, le 54ᵉ jour. Toutes ces unes que jour après jour l’artiste cherchait sur la toile de son ordinateur, trame et inspiration de son dessin, qui se crée tel un palimpseste sur les couvertures des journaux. En quelque sorte son journal du confinement.. 

Tatiana Trouvé le grand atlas de la désorientation au Centre Pompidou

Regardez bien le sol, également traité à la façon d’un dessin, avec un grand dessin présenté dès l’entrée. Des cartes y sont dessinées, comme autant d’invitation aux parcours. L’artiste y puise son inspiration auprès des cartes cognitives des aborigènes, dessinées sur le sol, ou les pratiques cartographiées par Fernand Deligny auprès des enfants autistes dans les Cévennes, cartes et lignes d’erre. La carte, instrument au service de la puissance politique des Etats, outil de planification et de gestion, devient ici une invitation à la déambulation. Ce dessin, présent dans le vestibule de la galerie, relie ainsi titre de l’exposition, « The Great Atlas of Disorientation ».

Tatiana a une pratique très vivante du dessin en écho à ses sculptures, on plonge dans chaque dessin, cherchant à se rattacher à un détail, un objet qui nous rappellerait une présence humaine. Un banc, une pièce, une architecture, un paysage, rien ne semble bouger dans ses grands papiers suspendus qui accrochent notre regard si irrésistiblement. Même les vêtements tiennent tout seul, comme si un fantôme se les serait approprié. Comme ses chaises de gardiens, sans le gardien, celui qui dans chaque pièce de musée est assis et veille sur les oeuvres installées, un travail fondamental et pourtant très souvent pour la plupart d’entre-nous il est invisible !

Le visiteur est appelé à une vaste déambulation dans un espace ouvert, où tous les dessins, à la mine de plomb, du pastel, et crayon sur papier, sont suspendus. Les oeuvres sont ainsi en suspension, à différentes hauteurs, posées dos à dos, ce qui permet au visiteur d’en faire le tour, comme une sculpture. Tatiana Trouvé aime ainsi à brouiller ainsi les pistes, à décloisonner les relations entre sculpture et dessin, à se jouer de la linéarité du regard porté sur les oeuvres bien alignées aux cimaises dans une exposition.

L’artiste nous force à réfléchir sur notre rôle, notre action dans le monde qui nous entoure, en effaçant toute figuration humaine du dessin elle détourne notre regard vers d’autres directions, parfois avec cette étrangeté qui nous dérange. En rendant invisibles les êtres vivants, elle pousse notre réflexion sur les liens qui nous lient tous. A nous d’inventer de chercher l’histoire avec les éléments qu’elle nous propose.

A voir aussi au Centre Pompidou – Prix de la Fondation d’entreprise Pernod Ricard

🔹Tatiana Trouvé avait eu un des premiers prix de la Fondation Pernod Ricard, dirigée par Colette Barbier, au début des années 2000. Chaque année une oeuvre du lauréat est offerte par la Fondation au Musée d’art moderne et en 2022 c’est au tour de Boris Kurdi de recevoir le 22e prix, son oeuvre Peep Show et Letter One est visible en ce moment niveau 4 du musée.

Boris Kurdi/ 1990, Strasbourg (France). Vit et travaille à Paris (France). Peep-Show 2021 Pastel, graphite et crayon de couleur sur papier LetterOne 2021 Acier poli Don de la Fondation d’entreprise Pernod Ricard, 2022 Don de la Fondation d’entreprise Pernod Ricard 2022

Florence Briat Soulié

INFORMATIONS :

Le grand atlas de la désorientation

Centre Pompidou – Galerie 3, niveau 1

jusqu’au 22 août 2022. 

Commissariat :

🔹Jean-Pierre Criqui, conservateur, service des collections contemporaines, Musée national
d’art moderne, assisté d’Annalisa Rimmaudo, attachée de conservation au service
des collections contemporaines, Musée national d’art moderne.

Chargée de production : Sara Renaud
Scénographe : Camille Excoffon

Laisser un commentaire