Henri Cartier-Bresson, l’Oeil du siècle

L’Oeil du siècle, Henri Cartier-Bresson, est à Landerneau au Fonds Hélène et Edouard Leclerc jusqu’en janvier 2025. Exposition rétrospective du photographe génial, 300 tirages vintages de celui qui a photographié avec son Leica, le monde et ses habitants. Grand voyageur, il est toujours là au bon moment, il est sur place dans la nouvelle Chine communiste de Mao en 1948, en 1954, en URSS juste après la mort de Staline, il réalise cette photographie de la silhouette géante de Lenine, en manteau et casquette qui surgit d’un immeuble, avec en parallèle ce père et son fils minuscules au pied du bâtiment … une image qui en dit long !

HENRI CARTIER-BRESSON.
Effigie monumentale de Lénine, Palais d’Hiver, Leningrad, Russie, 1973.
Henri Cartier-Bresson © Fondation Henri Cartier-Bresson Magnum
« Photographier, je crois que c’est une façon de vivre. » Henri Cartier-Bresson
Il fut capable de parcourir 20000 km dans un road trip aux Etats-Unis, en 1947. Ses sujets de prédilection étaient dans la rue, ce qui frappe chez lui c’est ce sens inouï de la composition. Réalisme, Histoire, humanité, humour, second degré sont présents sur toutes ces photographies en noir et blanc de l’artiste..
Voyageur infatigable, le grand reporter parcourt le monde depuis son plus jeune âge, un an en Côte d’Ivoire, voyages au Mexique, à Cuba, aux Etats-Unis, au Japon…et un retour en France où après mai 68 il décide d’en faire le portrait.
Grand reporter il fonde avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger, l’agence Magnum Photos et se répartissent le monde, lui choisit l’Asie..

Mais qui était-il ? Le photographe désirait plus que tout rester incognito et refusait d’être pris à son tour par l’objectif, très vite célèbre en partie grâce à cette exposition Photographs by Henri Cartier-Bresson au MoMA à New-York en 1947, il veut garder son anonymat. Dans cette émission de l’ORTF « L’aventure moderne » en 1962, il apparait de dos et reste la totalité de l’entretien avec Roger Kahane dans cette posture. Quelques portraits réalisés souvent à son insu sont toutefois présentés dans l’exposition, un minuscule anonyme dans la première partie, d’autres portraits rythment le parcours de l’exposition comme ce beau portrait exécuté par sa femme Martine Franck, il est à Milan devant un appareil photo géant. La principale raison de ce refus est surtout ce désir de rester inconnu dans la rue et de garder la spontanéité de ses images, souvent cependant une ombre, un reflet de lui atteste de sa présence. Son lit, les draps défaits deviennent un autoportrait invisible. Sa personnalité est cependant très forte sur les images qui défilent une à une, elles témoignent de son regard perçant auquel n’échappe aucun détail. Détails qui deviennent très souvent l’objet de la photographie, parfois poignants comme un regard saisi sur ces inconnus de la rue, dénonçant un régime fasciste, la pauvreté, la guerre.
HENRI CARTIER-BRESSON.
Leonor Fini, Italie, 1933
Henri Cartier-Bresson © Fondation Henri Cartier-Bresson Magnum

Regarder une photographie de Cartier-Bresson demande de l’attention, certaines d’entre-elles sont devenues iconiques. Le parcours de l’exposition est chronologique et commence par sa période surréaliste, qui aura un impact décisif sur son oeuvre, et se termine par une série de portraits qui sont à chaque prise selon les mots du photographe « un point d’interrogation sur quelqu’un ». Celui de Matisse âgé, devant ces deux colombes installées à l’extérieur de la cage, en est le parfait exemple.
La symétrie est parfaite sur cette photographie d’Oaxaca au Mexique en 1953, l’ombre d’un corps de femme se détache, elle est en parallèle avec une autre femme qui apparait derrière une colonne, les deux formes sont projetées sur des surfaces blanches dessinées par les chapiteaux des colonnes qui se répondent. La composition de cette photographie est fascinante et me rappelle les Ménines de Velazquez. Seul l’Oeil du siècle peut réussir à capter un instant qui nous raconte et nous évoque autant de souvenirs, actualité, sentiments, poésie.
Mon conseil prendre le temps de regarder le film Le Retour réalisé avec Jean Renoir sur le retour de guerre 39-45. 30mn. Cette femme dénoncée par une autre pour faits de collaboration, ou encore ces deux jeunes garçons qui ont fait le mauvais choix de la collaboration pris sur en flagrant délit de possession de cartes d’identité et ce départ en avion des soldats, un témoignage remarquable de cette période de la Libération . Pendant la guerre, Cartier-Bresson fait prisonnier avait pu s’échapper et rejoindre la résistance, il lui avait été demandé de prendre des photos témoignages de la guerre.
On pourrait dire de lui qu’il fut le visiteur du XXe siècle, celui qui a inventorié à travers les gens, souvent anonymes, les grands évènements du siècle. Il a tout vu et tout immortalisé sur ses images, l’art, la guerre, la vie.
Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture
Aux Capucins
29800 Landerneau
Tel : 02 29 62 47 78
contact@fhel.fr
Commissariat: Clément Cheroux directeur de la fondation Henri Cartier-Bresson
Jusqu’au 5 janvier 2025




Un commentaire
Emmanuel Henry
Oh j’aurais aimé pouvoir y aller…dommage