David Hockney 25 : A BIGGER SPRING !

Il est des artistes qui rendent le monde plus beau, 

The Gaze of MARIE SIMON MALET

Il est des artistes qui rendent le monde plus beau,

Il est des artistes qui nous consolent.

David Hockney est de ceux-là.

 « Do remember, they can’t cancel the spring » 

a lancé cet éternel adolescent, d’aujourd’hui 87 ans, au moment du grand lockdown mondial. Au printemps 2020, confiné dans sa maison du pays d’Auge, il entreprit de réconforter ses amis avec un dessin par jour. Ce dessin quotidien de la campagne environnant sa maison était croqué sur iPad et envoyé par e-mail. 

David Hockney « Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) » 1972. Acrylic on canvas. 213.36 x 304.8 cm (84 x 120 Inches). © David Hockney

Ce travailleur infatigable enregistrait l’explosion printanière et le soleil radieux de ces étranges journées où la nature reprenait ses droits quand l’humanité entière était cloîtrée, coupée des autres et de la vie. 

Cette petite phrase, cette invitation à l’humour et à l’espoir est inscrite en néon rose sur la façade de la Fondation Louis Vuitton où se tient la rétrospective qui est lui consacrée.

J’y vois aussi une invitation à savourer ma « matinée de printemps » selon la philosophie de Jankélévitch; je l’ai saisie et j’ai été éblouie.

« David Hockney 25 » est une exposition renversante, un grand plongeon dans un bain de couleurs et de génie, rafraîchissant comme les piscines de l’artiste. 

Mur présentant les inspirations de l’artiste

« Cette exposition est particulièrement importante pour moi, car c’est la plus grande que j’aie jamais eue – les onze galeries de la Fondation Louis Vuitton ! Quelques-unes de mes toutes dernières peintures, auxquelles je suis en train de travailler, y seront présentées. » 

– David Hockney.

David Hockney l’a orchestrée avec l’aide de Jonathan Wilkinson, son assistant. Il l’a concentrée sur ses 25 dernières années de création. Pour présenter ses décors d’Opéra, un film d’animation fut réalisé spécialement en collaboration avec Studio 59 (projeté dans la dernière salle). 

Hockney s’est beaucoup investi dans le projet.

Quoi de mieux que la certitude que l’artiste a voulu cette présentation de son œuvre ? Hockney a également permis les prêts de 400 œuvres de 1955 à 2025. Il a rassemblé, outre un fonds majeur provenant de son atelier et de sa fondation, des prêts de collections internationales, institutionnelles ou privées.

Pour saisir la richesse de son œuvre, il est important de suivre l’ordre qu’il a choisit. 

Changement d’échelles 

Exposition David Hockney 25 à la Fondation Louis Vuitton

Les premières « galeries » regroupent les tableaux des débuts depuis le portrait de son père (Portrait of my father, 1955), au David Hockney californien, frondeur, ayant fui le conformisme de l’Angleterre, son pays natal, pour vivre pleinement son art, la liberté, l’amour et représenter un monde hédoniste et ensoleillé. 

Un sublime Boy about to take a shower conduit aux deux piscines, A Bigger Splash, 1967, et Portrait of An Artist (Pool with Two Figures), 1972. 

Sa série des doubles portraits est représentée par deux peintures majeures : Mr. and Mrs. Clark and Percy, 1970-1971 et Christopher Isherwood and Don Bachardy, 1968. Le portrait des Clark avec le chat Percy et le téléphone blancs est prêté par la Tate. Il fut peint à Londres en cadeau de mariage pour le styliste de mode Ossie Clark et Celia Birtwell, les amis de David Hockney.

Puis vient l’incroyable salle du « Retour dans le Yorkshire (1997-2013) » avec le plus grand paysage du monde, soit 12 mètres de long sur 4 mètres 50 de haut, puzzle XXXL créé par la réunion de 50 toiles (Bigger trees near Water, ou Peinture sur le Motif pour le Nouvel Âge Post-Photographique, 2007, Tate UK). Peint sur le motif et maquetté sur ordinateur, le défi est époustouflant. Hockney travaillait sur six panneaux à la fois, ensuite il les photographiait, les scannait pour avoir une vue de l’ensemble sur écran. Travaillant sous la contrainte de l’arrivée du printemps, qui aurait changé l’apparence des arbres, Hockney a achevé la peinture en six semaines, et l’a exposée dès l’été 2007 à la Royal Academy de Londres, avant d’en faire don à la Tate.

Notre œil pour point de fuite

À contre-courant de ses contemporains, Hockney est toujours resté fidèle à la figuration. Il immerge son spectateur dans un univers qui lui explose à la figure : le grand canyon en panoramique et recolorié (A Bigger Grand Canyon, 1998, National Gallery of Australia, Canberra), des troncs d’arbres jaunes sur le bord d’un chemin violet ( Winter Timber, 2009), des forêts surdimensionnées aux couleurs rêvées qui vous happent, des paysages qui vous prennent dans leurs bras, des tournants sur la route qui vous embarquent vers l’infini et au-delà.

Il a assez tôt multiplié les focales, les points de fuite et joué de la perpective inversée (les lignes de fuite convergent vers le spectateur).

David Hockney est un dessinateur hors pair, un coloriste fabuleux mais aussi un humaniste -ses portraits en sont les témoins-, un artiste qui a totalement redéfini le genre du paysage et l’art figuratif.

Ce qui est très frappant au travers de l’exposition, c’est sa faculté à utiliser les outils technologiques de son époque, à renouveler sa pratique artistique. Des œuvres réalisées sur iPad et imprimées sur papier à ses tableaux à l’acrylique, il y a une fluidité troublante, un enrichissement mutuel évident et un glissement de la touche sur écran à la touche picturale.

« Ne manquez pas votre unique matinée de printemps »

-Vladimir Jankélévitch

Ne ratez surtout pas :

Vue de l’exposition, série des Moon, 2020

les premières salles (au niveau -1), celles du 2ème étage consacrées à la Normandie avec la merveilleuse petite salle des paysages nocturnes (la série des «Moon » 2020). C’est la première fois que les Moon sont exposées. Elles le sont dans une petite salle obscure du sol au plafond, une « camera oscura », coincée entre deux immenses espaces verts et printaniers. Pendant le confinement, David Hockney sortait dans son jardin à 3 heures du matin pour dessiner avec pour seule lumière celle de la lune et le rétro-éclairage de son Ipad. Poésie et magie. Parmi les impressions sur papier deux sont des acryliques : il est impossible de les distinguer de leurs sœurs Ipadesques ! 

Et aussi :

les vidéos où l’on voit le dessin en train de se faire sur écran, le mur de l’histoire de l’art, les 24 dessins/images seconde de La Grande cour, 2019, inspirée de la tapisserie de Bayeux, sans ombres ni perspective.

« Né en 1937 en Angleterre, David Hockney a secoué le monde de l’art avec une vitalité et une liberté qu’aucun chagrin n’a su entamer. »

-Catherine Cusset

David Hockney ne conçoit pas l’art autrement que comme un partage. Son exposition en est l’illustration. 

L’art nous sauve, l’art nous permet d’enchanter le monde, de voir la beauté qui reste. Il y a toujours les pâquerettes, les boutons d’or et les jeunes pousses vert tendre, les arbres fruitiers en fleurs. 

Merci  Mr. Hockney pour votre génie et votre générosité.

David Hockney, 25
“Do remember they can’t cancel the Spring”

Fondation Louis Vuitton

Jusqu’au 1er septembre 2025

Commissariat : Suzanne Pagé, directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton et commissaire générale
Sir Norman Rosenthal, commissaire invité – François Michaud, conservateur à la Fondation Louis Vuitton, commissaire associé – Assisté par Magdalena Gemra
Avec la collaboration de Jean-Pierre Gonçalves de Lima et de Jonathan Wilkinson, pour le studio David
Hockney

À lire Catherine Cusset, Vie de David Hockney, Paris,  éditions Gallimard, 2018

3 commentaires

  • Gilles Labruyère

    J’aime beaucoup la liberté et l’exubérance de David Hockney. En revanche, je n’ai pas supporté cette exposition. Beaucoup trop de monde, de portables dressés vers les tableaux, d’odeurs, d’encombrements, de rumeurs cumulées de portables. Je me suis échappé aussi rapidement que j’ai pu vers les terrasses puis vers le jardin. Ces grands raouts ne sont pas faits pour moi. Par contraste, je suis allé voir une (modeste) exposition d’art textile aux Ateliers, rue du Faubourg Saint-Antoine : rafraîchissant, créatif, souriant, sublime !
    Merci les Parisiennes !

  • Laure Martin

    Magnifique exposition en effet qui révèle quel grand peintre est David Hockney et dont on sort ébloui et réconcilié avec le monde.

    • Matatoune

      Hâte d’aller la découvrir !
      J’avais déjà vu qq uns de ses nocturnes pour Normandue Impressionnisme du Musée des Beaux Arts de Rouen, exposés comme à la Fondatio., semble-t-il dans une salle obscure, c’était magnifique.
      Quelle leçon de joie et, j’ose le dire, d’illuminations ses créations ! Merci pour ce retour qui ne fait que renforcer la nécessité d’aller visiter cette belle retrospective.

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