Varsovie ? Mais oui !
3 jours dans une ville qui a beaucoup à dire …
The Gaze of VALERIE de SAINT-PIERRE
L’annonce aux amis d’un week-end imminent à Varsovie provoque souvent une surprise amusée … « Varsovie ! T’es sûre ??? Cracovie, pourquoi pas ? Mais Varsovie !!! ». Sur place, on en sourit, en déambulant parfois dans les « zones grises » du consentement touristique, blocs d’immeubles sinistres pas assez brutalistes pour être excusés, échangeurs et stations de métro un rien hostiles, ruelles vaguement sordides, superettes minables … Il est clair que Varsovie n’est pas une ville facile : elle ne se donne pas à ses visiteurs comme Rome, Paris, Prague et tant d’autres le font… En cela, elle ressemble à Berlin. Il faut être patient, zoomer, laisser ses yeux faire le point, aimer l’insolite et le fragile pour y trouver de la beauté.

Une statue de sirène sur la Vistule, une courette fleurie, les piles modernistes d’un pont, un étal de fichus en crochet, un palais néoclassique oublié … Et comme à Berlin, la charge émotionnelle y est très forte. Comment ne pas être profondément remué par une ville où le pire de l’histoire contemporaine du XX ème siècle s’est également déroulé ? Occupation nazie, domination soviétique, le bruit des bottes résonne encore à Varsovie… Et ce ne sont pas les nombreux théâtres affichant des pièces engagées contre la menace russe actuelle qui atténuent le tableau ! Ce préambule -peu engageant, peut-être !- achevé, Varsovie est aussi une ville branchée, vivante, où les boutiques de mode, de design, les échoppes vintage, les restaurants à concept, les coffee shops, les librairies pointues abondent, fréquentés par une jeunesse qui en veut (et dont le niveau de vie n’aura bientôt plus rien à envier à celui des bourgeois, bohèmes ou pas, parisiens) … Bref, un séjour marquant pour amateurs de sensations !
Matin

De notre hôtel (Canaletta 4) ,le Puro Old Town -Puro est une chaine polonaise de boutiques-hôtels plutôt luxueux mais à prix très raisonnable-, nous sommes à 2 pas des «spots» touristiques de Varsovie … Un petit bain de Mittel Europa, parfait à faire tôt dans la matinée, avant les groupes de touristes. Sur l’ancienne et gracieuse « Voie Royale » (aujourd’hui appelée Krakowskie Przedmieście), ce ne sont que façades de palais et églises, néoclassiques ou baroques …


On peut y songer à Chopin ( les bancs qui la ponctuent diffusent sa musique, kistsch mais rigolo !) en marchant jusqu’à la mythique pâtisserie Olsza, pour un petit déjeuner de beignets fourrés typiques, les Paczki, qui renvoient le doughnut au rayon de pâle ersatz allégé …

L’accueil et le décor sont rudes mais on se lèche les doigts ! On rebrousse ensuite chemin vers Stare Miasto, la « vieille ville », placettes, façades colorées, passages…, tous délicieux, mais qui ne sont qu’une reconstitution d’après-guerre, le véritable cœur XVIII ème de la ville ayant été détruit par les nazis, en représailles de l’insurrection de 1944. C’est à la fois poignant d’imaginer ce désastre cruel. Et un brin déconcertant de déambuler dans une forme de Disneyworld validé par l’Unesco… Mais qu’importe, il est facile de se laisser emporter par le charme réel du lieu, surtout vide de visiteurs, au son grêle des cloches des églises. La boutique Pol Art, superbe avec ses peintures murales, ses tapisseries, ses poutres décorées, ses costumes, sa faïence et tout son artisanat, est un vrai petit musée folkloriste en soi et vaut le détour ( Rynek Starego Miasta 10). Elle est aussi parfaite pour un petit shopping joyeux et peu coûteux, sifflets oiseaux en céramique, flûtes à bec en bois colorées, figurines en paille.., spécial enfants.
Après midi

Après un trajet en Uber rapide, pas cher, (voitures toutes conduites par des ukrainiens, réfugiés en masse à Varsovie) qui permet -entre autres- d’admirer au loin le spectaculaire gratte- ciel soviétique du Palais de la Culture et de la Science, arrivée au Musée Polin ( Le Repos en hébreu). Consacré aux mille ans d’histoire des juifs polonais, il est posé face au monument aux héros du ghetto de Varsovie. La visite va être longue (nous y sommes restés 3 h), éprouvante ( ces mille ans sont aussi une histoire de l’antisémitisme polonais), prenez des forces à la cafétéria du musée, hommage à toutes les cuisines juives du monde, ashkénaze et sépharade. Le parcours est captivant, très riche, bouleversant. Il progresse lentement mais sûrement vers la mécanique nazie de la Shoah, particulièrement redoutable en Pologne, et l’épisode terrible du ghetto de Varsovie et de l’écrasement de son insurrection. Cette agonie est particulièrement documentée, reconstituant même la passerelle qui, enjambant le monde « normal », reliait les 2 parties du ghetto. On en ressort sonnés, et assez médusés de découvrir qu’il y a encore eu des pogroms après-guerre en Pologne. Ce lieu de mémoire et de repentir n’en est que plus précieux, beaucoup de scolaires polonais étaient d’ailleurs présents.
Soirée
Dîner au Sirena Irena, un restaurant spécialisé en « pierogis », ces petits chaussons polonais fourrés à toutes sortes de choses, incluant de la choucroute, de l’ail des ours, voire du pavot et des noix pour la version sucrée. Ils sont fabriqués sous les yeux des clients – plutôt jeunes -dans un décor industriel et arty très réussi (Krakowskie Przedmiescie 4/6, pas de réservation) .
Matin
Une visite guidée proposée gracieusement par l’hôtel ( dont il faut profiter, elle est de bon niveau, façon « Like a friend », pour ceux qui pratiquent Voyageurs du Monde )- nous mène, après une balade vers la Vistule, vers Elektrownia Powisle, l’amusant « mall » installé dans la centrale électrique historique de Varsovie. Le temps de jeter un œil aux marques polonaises présentes et d’y prendre un café, en route pour Praga, quartier nettement plus « alternatif », promet le Cartoville …

Effectivement ! Après deux stops, l’un à la cathédrale Floriana, toute de briques néogothiques, l’autre à l’église orthodoxe aux bulbes jaunes, assez antagonistes, on débouche sur le Nowy Bazar Rozyckiego, ex petit « marché noir » bien connu de l’époque soviétique ( Ulica Targowa, 54) Passées les premières allées dont les stands semblent d’époque avec leurs vêtements informes et grisâtres, au fond, c’est un tout autre univers qui se révèle : celui de boutiques vintage parfaitement sourcées, habilement mises en scène par la jeune génération. Au rayon vêtements, beaucoup de très jolies choses, notamment du vintage Ralph Lauren, à des prix très inférieurs à ceux pratiqués en France.

Côté déco, de la vaisselle d’inspiration « mamie slave » et surtout, des pièces issues des fabriques de la période soviétique, avec ce motif de fleurs et de feuilles marrons très célèbre en Pologne, particulièrement réussi sur une théïère ventrue ou un pichet… Tout cela change des sempiternelles Terre de Fer ou Vallauris 70 ! La balade est amusante, une mine de photos décalées et colorées, de street art aussi, pas sûr néanmoins qu’elle plaise aux boomers mâles… La flânerie continue dans la rue Ulica Zabkowska, une des plus anciennes de Praga, assez étonnante avec ses porches XIX ème qui débouchent sur des courettes ornées de petits autels votif à la Vierge, fleuris et clignotant de guirlandes.

Des ateliers de céramiste ( Soil,au 20/21), des patisseries bobos ou des centres culturels commencent à s’y installer. La rue Brezeska est du même tonneau, en plus décrépi, avec quelques dealers postés ici ou là, l’ambiance est « en voie de gentrification », disons… Filmée par Polanski dans Le Pianiste, elle recèle aussi une très belle boutique de design luminaire 70 et un restaurant de fish and chips, décor kitsch charmant et plats maison délicieux, Rybba Frykta i Zuzelek (au 4). Un déjeuner parfait. Au retour, avant de monter dans un Uber, on passe devant l’ancienne fabrique de vodka en brique rouge, rénovée en centre commercial cool, où l’on peut tenter une dégustation post prandiale de cet alcool-culte ( Centrum Praskie Koneser, Plac Konesera 3). On peut aussi faire un saut à la Soho Factory, friche industrielle revampée, qui cache un drôle de petit musée de « niche », celui du néon soviétique ( Ulica Minska, 25) !
Après-midi.

Après cette virée underground, direction le Musée National d’Art, soit le musée des Beaux-Arts de la ville. Nous décidons de nous consacrer aux galeries XIX ème polonaises, dont les artistes sont très peu connus hors frontières. De nous, en tous cas.


Outre des toiles très typées et divertissantes – chasse à l’ours, danses paysannes, paysages de neige, marchande d’oranges…-, on y découvre toute une série de magnifiques portraitistes, dont la très subtile Olga Bonanska, qui bénéficie d’une exposition spécifique jusqu’à juillet prochain.

Les visages comme floutés de ses modèles, hommes ou femmes, sont inoubliables. Les œuvres de Jozef Pankiewicz et d’Anna Bilinska valent aussi que l’on s’y arrête longuement, en déplorant que ces peintres aient si peu rayonné. Au même étage, la galerie du design polonais au XX ème est réjouissante, Arts and Crafts locaux, tapisseries 70 ou futurisme rétro soviétique …


Soir
Dîner chez Rusiko, délicieux restaurant géorgien, raffiné et généreux, au décor de tapis ravissant et chaleureux (Wierzbowa 11, réservation conseillée) .
Matin

Après un petit déjeuner à la pâtisserie-coffee shop de l’hôtel, truffée de jolis mamans varsoviennes en tenue de yoga, promenade au parc Lazienkowski, enclave romantique chère aux cœurs des locaux. Dans un grand jardin à la française s’égaient divers édifices de la fin du XVIII ème siècle , construits pour le dernier roi de Pologne, qui y installa sa résidence d’été. En cette fin d’hiver, l’ambiance est mélancolique à souhait, seuls des écureuils peu farouches -phobiques s’abstenir, ils grimpent jusque sur les chaussures des promeneurs !- viennent chahuter un peu cette atmosphère fantomatique. Le « Palais sur l’île », bijou néo-classique à la ravissante salle de bal, se mire dans un étang et se visite plaisamment. Nous partons ensuite à pied vers le quartier « stalinien ».

La Place de la Constitution est effectivement un sommet de réalisme soviétique 50, avec ces énormes colonnes-candélabres. Les alentours sont eux aussi peuplés de lourds immeubles propagandistes, ornés de bas- reliefs exaltant les vertus de l’internationale des travailleurs communistes… Hélas pour ces derniers et leurs thuriféraires, de grandes enseignes de voitures, de joaillers, de vendeurs de spiritueux bien capitalistes occupent désormais leurs rez-de-chaussée ! Après un stop à la friperie Pracownia Vintage ( Plac Konstytucji), excellente sélection, notamment de fourrures claires, de bijoux seventies et de robes de fête 80 , nous nous rendons pour déjeuner à la Halle Koszyki ( Ulica Koszykowa) , un beau marché du XIX ème luxueusement transformé en « food court ».

Un joli restaurant, Bajs, sert une cuisine polonaise revisitée dans un cadre lumineux. Au sous-sol, un supermarché chic et bio permet d’acheter tisanes, champignons séchés et autres chocolats Made in Poland dans de jolis packagings. Toute la rue Ulica Koszykowa est par ailleurs un bon spot pour la mode polonaise, avec de nombreux concept stores. Ses perpendiculaires recèlent aussi quelques pépites architecturales Art Déco.
Après midi


Nous nous rendons ensuite au passionnant petit musée privé « Life Under Communism », à la fois très vivant (reconstitution d’un appartement, d’un « bar à lait » – ces restaurants modestes de l’époque-, archives mode, design, loisirs, jouets …) et glaçant sur la machine à broyer totalitaire et l’étouffement de la jeunesse ( très émouvant « mur » secret de photos d’un ado rêvant à l’Ouest et ses icônes pop-rock) dans ces années- là. C’est à ne pas manquer, même si l’endroit semble peu visité ( Piekna, 28/34). Modèles réduits de voitures 50 amusants à la boutique.
Soir : Retour à Paris !





Un commentaire
Elene
Je me souviens de mes 3 jours à Varsovie comme si c’était hier. C’est clairement une destination encore très sous-côté au même titre que la Pologne en général, où je recommande également Gdansk et Zakopane (pour une escapade plus nature) https://www.pologne.travel/zakopane-capitale-des-sports-dhiver/
Attention, toutefois, si vous vous rendez à Zakopane pour randonner, un petit bobo est vite arrivé et il n’y a pas grand-chose niveau infrastructure médicale dans les environs. Mon petit conseil est de prendre votre propre trousse à pharmacie au cas où
https://wellness.doktorabc.com/fr/categorie-du-lifestyle-au-quotidien-doktorabc/trousse-a-pharmacie-de-voyage-que-faut-il-vraiment-emporter-2/