Les broderies captivantes de Pascal Monteil au MahJ

Le musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris

Pascal Monteil est un artiste aux antipodes de l’homme pressé et ses toiles brodées demandent des mois de travail. Comment en est-il venu à l’aiguille, dans son atelier arlésien, Pascal brode tous les jours comme il aurait pu peindre, l’aiguille s’est substituée au pinceau et crée ces fresques colorées sous la houlette de l’artiste.

L’artiste Pascal Monteil au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, devant son oeuvre : Le Banquet, 2022. Fils de lane sur tolle de chanvre. Laine brodée sur toile de chanvre, 120 x 350 cm. Collection Ève et Édouard Mercier. © Pascal Monteil -Courtesy Galerie Regala © Paris, Adagp, 2025

L’éloge de la lenteur

Une technique acquise patiemment sans apprentissage. Six oeuvres méditatives sont exposées dans le musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, elles ont demandé pour certaines plus d’un an de travail, accrochées dans la collection permanente autour des stèles d’un cimetière juif, d’une cabane rituelle (soukkah), d’une arche sainte portative, d’une toile de Chagall…cela leur donne une dimension particulière.

Arles, vue de nuit sur les arènes.

Avant de s’installer à Arles, Pascal Monteil a beaucoup voyagé, son diplôme de la Villa Arson en poche, il est parti pendant 15 ans faire son grand tour en Asie, il a exercé plusieurs métiers, tisserand à Tabriz, céramiste à Kyoto, peintre d’icônes à Istanbul, batelier à Calcutta…

En Iran il a eu cette révélation en observant deux hommes réparer des tapis, lentement, effectuant ce travail minutieux, leur geste répété indéfiniment, il perçoit chez eux cette sérénité qui lui plait tant et qui est un choc artistique. L’instant est décisif et lui donne sa ligne de conduite à laquelle il reste fidèle depuis ces années.

Vue d’une salle du MAHJ

A l’instar de ces ancêtres marranes, juifs convertis sous la menace dans l’Espagne d’Isabelle la Catholique, qui, en cachette, continuaient à pratiquer leur religion sur place, certains d’entre-eux se sont installés en Provence. Cette histoire lui a été racontée par sa grand-mère et lui a fait découvrir une partie de ses racines familiales, lui, il a choisi comme port d’attache, Arles. C’est là que je l’ai rencontré pour la première fois, dans son atelier arlésien, il m’a été présenté par Nathalie Guiot, fondatrice de la Fondation Thalie qui pour cette exposition au MAHJ a prêté Summer Tapestry, 2019.

« La pratique de Pascal Monteil m émeut ! À rebours de notre époque qui prône la vitesse et la profusion d’informations, ces tapisseries sont l’éloge de la lenteur, une méditation lyrique qui touche l’universel. Dans ses œuvres, le fil devient écriture, le tissu devient récit traversant les époques et les mythes, le tout avec une drôlerie cocasse ! »

-Nathalie Guiot, fondatrice de la Fondation Thalie

Ses épopées réunissent poétiquement, personnages réels, de la mythologie, de la bible, du passé et d’aujourd’hui. Pascal Monteil provoque des rencontres souvent inattendues en composant ces histoires scénarisées qu’il écrit en amont sur ses carnets, avec cette imagination parfois insensée et un brin farfelu. Ses fictions font apparaître des images, des figures contemporaines, des couleurs rapportées de ses voyages qu’il va transposer sur sa toile blanche.

Pascal Monteil dans son atelier arlésien, work in progress

Les toiles sont en chanvre, parfois reprisées, les fils proviennent directement de moutons mérinos de la Provence et sont teintés naturellement.

« Je suis arrivé avec des livres sur Piero della Francesca car je voulais retrouver ces couleurs de la Renaissance et il se trouve que les fleurs à Florence de cette époque sont les mêmes qu’en Provence. »

-Pascal Monteil 

Cabane rituelle (soukkah). Autriche ou Allemagne, milieu du 19e siècle. Bois peint. Œuvre acquise en 1989 grâce au fonds national du Patrimoine et à un don exceptionnel de Claire Maratier.

Son Panthéon des Grands Hommes

Ses broderies mettent en scène les voyages, la fuite, l’exil vers d’autres terres refuge, Pascal Monteil a créé son Panthéon des Grands Hommes, l’un d’eux est l’autrichien Friedensreich Hundertwasser, qui pendant toute la guerre porte l’uniforme nazi pour cacher sa judéité, sa mère l’avait inscrit aux jeunesses hitleriennes pour le protéger pendant qu’elle même portait l’étoile jaune. Après la guerre, il enseignera complètement nu, libéré de tout attribut rappelant l’horreur. Il fut le premier artiste à créer un monde engagé dans l’écologie.

L’exil c’est tout ce qu’on n’emporte pas 

Un autre grand homme, Sugihara Chiune, consul du Japon à Kaunas, en Lituanie, pendant l’été 1940, il fabrique deux mille visas pour permettre à six mille juifs de s »enfuir. Un livre à lire : Visas pour 6000 vies, il a été écrit par son épouse Yukiko Sugihara. Ce personnage apparait dans cette broderie produite dans le cadre du prix Maratler, 2022 qui a récompensé Pascal Monteil et a permis cette exposition. Au fil des jours, le brodeur, a raconté cette ode à la vie, épopée extraordinaire de ces familles qui ont traversé les montagnes, les forêts enneigées, vaincu le froid, la faim, pour atteindre Shanghai et ont été sauvés grâce au courage du consul japonais. Pour cette réalisation, il a utilisé une toile ayant appartenu à Clémence Doly, une autre Juste qui avait un café à Courbevoie et a sauvé une famille, il rend ainsi hommage à tous les Justes parmi les nations.

Pascal Monteil. Quand tout ailleurs si bien s’effondre, 2024. Fils de laine sur tolle de chanvre. Fondation Pro mah3, prix Maratler, 2022. © Pascal Monteil -Courtesy Galerie Regala © Paris, Adagp, 2025

On retrouve aussi sur une toile ancienne de 2016, Marceline Loridan Ivens, cinéaste, survivante de la Shoah, elle était dans le même camp de concentration que Simone Veil.

« J’aime imaginer des lieux où les époques se superposent et les pensées contradictoires coexistent. Je me plonge dans l’histoire de l’art, et invite les figures qui m’inspirent, en toute humilité. C’est ma façon de conter la poésie et la complexité du monde »

-Pascal Monteil

Le banquet, 2022

« Je travaille toujours par rapport à une personne ou à un lieu, pour cette oeuvre Le Banquet, les personnes et le lieu en question étaient une grande villa construite par Andrée Putman sur une colline au dessus d’Aix en Provence donnant sur un paysage de verdure avec au fond la Sainte Victoire. Cette toile devait faire face à la Sainte Victoire et j’ai pensé aux tableaux de Niko Pirosmani, peintre géorgien qui représentait des banquets avec des personnages simplement d’un côté de la table. Je suis parti en Géorgie pour découvrir son travail. Quand je vois un peintre qui me plaît , je n’hésite pas à partir à sa rencontre. À ma grande surprise je me suis aperçu que dans les villages les gens font des banquets en étant d’un seul côté de la table comme si l’autre invité était le paysage. Ce n’était pas une fantaisie de l’artiste mais une tradition géorgienne. Et à partir de là, pour mon banquet je me suis dit que le deuxième invité serait la Sainte Victoire.  » (voir reproduction tout en haut de l’article)

Pascal Monteil

Les jours précédent les débuts de la broderie, l’artiste écrit le script de l’histoire avec toutes sortes de précisions, le menu,  le style des assiettes qui seraient créées par Paul Klee… les invités sont des poètes ou artistes qui ont eu des difficultés à vivre et ce banquet est une sorte de refuge où sont réunis Adèle Bloch Bauer, muse de Klimt dont le tableau spolié par les nazis à été restitué à la famille, Jack Kerouac  qui a écrit en 1957, On the road, Pascal invente aussi des couples sans cohérence apparente et dans ce Banquet, Médée qui incarne le monde irrationnel oriental est avec le poète Neal Cassady, on retrouve aussi Leonor Fini avec qui il a eu un rendez-vous manqué, Serguei Paradjanov, cinéaste, enfermé à plusieurs reprises dans des goulags, et aussi Friedensreich Hundertwasser, sont tous autour de la table.

Pascal Monteil est un passeur qui transmet des émotions et ravive notre mémoire à travers ses broderies. Il est le porteur d’une mémoire collective semblable au troubadour du Moyen-âge, il traduit ses contes en broderies sur ses toiles rapiécées à renfort d’histoire et d’imagination. Une exposition à voir jusqu’en janvier 2026.

Visite d’atelier

PASCAL MONTEIL

Jusqu’au au 4 janvier 2026

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme

Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris

Commissariat : Pascale Samuel, conservatrice de la collection moderne et contempraine du mahJ

 www.mahj.org

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