“Matisse, en son temps” – Fondation Pierre Gianadda
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“La couleur surtout et peut- être plus encore que le dessin est une libération” Henri Matisse.
Une exposition Matisse est toujours un événement!. La rétrospective de la Fondation Gianadda nous fait suivre le cheminement artistique de ce grand Maitre de la première moitié du XX ème siècle (1869-1954) au travers de ses rencontres, de ses échanges, de ses confrontations artistiques avec d’autres immenses Artistes de son époque. D’une merveille à une autre, de Matisse à Picasso, Gris, Balthus, Bonnard.,.. que de chefs d’oeuvres réunis!

Jeune femme en blanc, fond rouge
1946
Suivez moi dans l’univers de Matisse et de ses contemporains.
Tout commence dans l’atelier de Gustave Moreau.“Je trouvais, près de Gustave Moreau, un encouragement intelligent” Henri Matisse.
Fait amusant: Matisse est refusé au concours des Beaux Arts de Paris en 1892!! Cependant, Gustave Moreau l’accepte dans ses cours dispensés à son atelier. Il y noue des relations avec les autres élèves et peint souvent avec eux les mêmes sujets. Gustave Moreau pousse ses disciples à s’affranchir des règles établies pour révéler leur propre sensibilité artistique. Il remarque très vite le talent de Matisse et sa recherche vers une simplification de la forme picturale. Ce qui me frappe, en voyant les oeuvres de la jeunesse de Matisse au milieu de celles de ses condisciples, est la richesse et la lumière que sa palette de couleurs possède déjà. .

Pont Saint Michel vers 1900
(Atelier Gustave Moreau)

le pont Saint Michel et le Quai des Grands Augustins- 1912
Puis en 1905, Matisse s’érige en précurseur et chef de file du premier grand mouvement du XXème siècle, Le Fauvisme. Avec ses amis, dont Derain, il bouscule la peinture traditionnelle par des couleurs fortes et pures, dissociées des références chromatiques réelles des objets qu’il peint. Fini l’imitation de la réalité , place à une représentation audacieuse, fantaisiste très expressive: les fauves sont lâchés!

Intérieur à Collioure (la sieste)
1905

Le faubourg de Collioure
1905
L’influence cubiste apparait chez Matisse entre 1914 et 1917. Le saviez vous? C’est à Henri Matisse que l’on doit l’expression de “cubisme”. Il utilisa ce terme pour qualifier un tableau de Georges Braque “Maisons à l’Estaque” (1907) au salon d’Automne de 1908, dénomination relayée ensuite par le critique d’Art Vauxcelles.

Porte-fenêtre à Collioure
1914
Inspiré par Cézanne et très proche de Juan Gris avec lequel il échange longuement sur le cubisme, Matisse restera néanmoins un peu l’écart du mouvement et poursuivra assez vite ses recherches personnelles. L’image des portes-fenêtre représentées dans un style graphique réduit à l’essentiel, telle cette oeuvre de l’exposition, apparait de façon récurrente chez le peintre
Juste à côté, je contemple une autre merveille: ce tableau de son complice Juan Gris, où couleurs et formes explosent dans une merveilleuse nature morte.

Nature morte au livre
1913
Au fil de l’exposition, les toiles évoluent; des intérieurs, des portraits et des natures mortes figuratives succèdent aux formes cubistes. Ce changement d’orientation artistique apparait dès 1917, année où Matisse s’installe à Nice. Amoureux des lumières éclatantes, des ambiances solaires de la région, il y séjournera longuement. Il se rapproche des vieux maitres post-impressionnistes retirés, comme lui, dans le sud tels que Renoir, Bonnard et Maillol. Ainsi durant cette période d’entre-deux-guerres, à l’instar d’autres de ses amis peintres, il offre une production de figures plus classiques mais qui conservent sa pâte à travers leurs couleurs flamboyantes.

Intérieur à Nice (la sieste)
1922

La femme blonde
1919
Rêves exotiques et Odalisques. A la suite de Delacroix, Matisse, imprégné de ses séjours au Maroc, se livre à la douceur orientale dans des oeuvres très figuratives où il revient à un travail formel précis.La richesse de l’ornementation et les couleurs chaleureuses dont il pare ses tableaux inspirent même Picasso .
“Quand Matisse est mort, il m’a laissé en héritage ses odalisques, et c’est mon idée de l’Orient bien que je n’y sois jamais allé.” Picasso

Odalisque à la culotte rouge
1921
photo@centre pompidou.MNAM-CCI

Femme couchée sur divan bleu
1960
Plus loin, je suis happée par la vivacité et la force de couleurs explosives. Pendant l’après guerre, dans la lignée du Modernisme de Mondrian ou de Le Corbusier, les grand maitres de la figuration ont adopté des styles plus graphiques, la forme s’est simplifiée, les couleurs détonnent!

Partie de campagne
1953

Grand intérieur rouge
1948
Sculpter la couleur. La dernière grande étape artistique de Matisse est sans doute un vrai point d’orgue dans l’expression de son immense talent.
“Dessiner avec des ciseaux. Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs” Henri Matisse

Icare
issu de Jazz, 1943-44
Affaibli par la maladie dès le début des années 40, il produit des créations magnifiques à partir de découpage et collage de feuilles monochromes teintées de gouaches très vives. Le découpage sculpte la forme comme la ligne du dessin, les couleurs pop se juxtaposent. Le livre Jazz “improvisation chromatiques et rythmées”, récit imagé de sa vie, en est le fruit.
“Ces images aux timbres vifs et violents sont venues de cristallisations de souvenirs de cirque, de contes populaires, de voyages” Henri matisse .

Le cheval, l’écuyère et le clown
issu de Jazz, 1943-44

Le cow boy
issu de Jazz, 1943-44
Cette dernière période Matisse a beaucoup inspiré les grands peintres abstraits- dont Simon Haitai ou encore Viallat du mouvement Support-Surfaces.

Meun
1968
Matisse est clairement une figure dominante de l’Art Moderne. Il a été au coeur de toutes les réflexions révolutions majeures de l’Art pictural de la première moitié du XXème. Ses créations ont évolué au gré de ses expérimentations, de ses recherches, chaque fois avec brio, en apportant sa pâte géniale. Virtuose de la couleur et des formes, il nous laisse une oeuvre remplie de grâce et de joie .

Henri Cartier-Bresson

Vence 1943
Henri Cartier-Bresson
A voir absolument, toujours à la Fondation Gianadda, les portraits des grands maitres, dont Matisse, photographiés par Henri Cartier-Bresson.
Caroline d’Esneval
“Matisse, en son temps” – Fondation Pierre Gianadda – Martigny – jusqu’au 22 Novembre 2015.


2 commentaires
maxdevog
Toujours magnifique Matisse! j’aodre aussi le tableau de la jeune femme blonde par Albert Marquet que vous avez mis dans votre article. Je vais m’intéresser un peu plus à ce peintre.
Flip
It’s a pleuasre to find someone who can think so clearly