Les majestueuses « Terracotta Daughters » de Prune Nourry enfouies en Chine pour 15 ans

Prune Nourry l'Artiste cachée au milieu des Terracotta Daughters Musée Diego de Rivera Anahuacalli- Mexico ©Marie Velaz

Prune Nourry cachée au milieu des Terracotta Daughters
Musée Diego de Rivera Anahuacalli- Mexico
©Marisa Veléz

ENGLISH VERSION (Click here)

On ne peut pas se passer des femmes …

Prune Nourry est une artiste qui me touche beaucoup par sa générosité et son humanisme. Ses créations ancrées dans notre monde se veulent partie prenante de la société d’aujourd’hui: elles sont un acte de prise de conscience et un messager de renouveau et d’espoir.

Ainsi son oeuvre « Terracotta Daughters » est époustouflante. En premier lieu par la beauté imposante de ces 108 petites filles de taille humaine, en terre cuite, si fortes dans leur rassemblement en une armée monumentale et si fragiles par leur visage d’enfant. Mais surtout parce qu’elle est porteuse de sens et fait écho à ses précédents travaux « Holy daughters »et « Holy River » . 

Prune Nourry Terracotta Daughters ©Marie Velaz

Prune Nourry
Terracotta Daughters
photographe:Marisa Veléz

Depuis quelques années, Prune Nourry  s’est plongée dans l’étude des conséquences démographiques des politiques de « l’enfant unique » et de la sélection des genres dans des pays comme l’Inde ou la Chine. Pour concevoir les « Terracota Daughters », elle a passé un an au pays du soleil levant à rencontrer de nombreux experts en sciences humaines de tous horizons  (sociologues,  psychologues, gynécologues etc…) et à s’imprégner des fondamentaux de la culture Chinoise. Forte de ces échanges, elle a crée cette oeuvre puissante inspirée d’un symbole Chinois emblématique: l’armée de soldats en terre cuite retrouvée dans le mausolée de l’Empereur Qin shi Huang (3 eme siècle av JC). Son armée à elle, ce seront ces « femmes manquantes« , avortées par la préférence donnée à la naissance aux garçons, résultant en une masculinisation désastreuse de la population. 

Prune Nourry Terracotta Daughters Musée Diego de Rivera Anahuacalli- Mexico ©Marisa Veléz

Prune Nourry
Terracotta Daughters
Musée Diego de Rivera Anahuacalli- Mexico
©Marisa Veléz

Pour l’Artiste, ce travail n’avait de sens que s’il était le fruit d’une collaboration étroite avec la Chine, ses habitants, sa terre, son savoir faire; c’est donc naturellement là bas, avec les artisants chinois qu’elle a souhaité la réaliser. Prune Nourry est sensible, à fleur de peau, et de ce fait très instinctive, un mot qui revient constamment lorsqu’elle me raconte son aventure dans ce grand pays. C’est en suivant son instinct qu’elle a choisi un atelier/fabrique traditionnel loin de la frénésie des villes, comme ancré dans un temps révolu. Son instinct encore la pousse à collaborer avec Wen Xian Feng, un artisan maitrisant totalement l’art ancestral de la terre cuite; il lui enseignera les spécificités techniques de son artisanat et elle lui proposera en contre partie de s’essayer lui à même à jouer à l’Artiste. Pour sculpter les huit premières « Terracotta Daughters », Prune Nourry a pris pour modèle huit petites orphelines provenant des campagnes. Puis c’est à Wen Xian Feng qu’est revenue la délicate charge de les décliner en 108 guerrières. Chacune est unique, combinaison particulière des éléments issus des huit sculptures originales.

Le CentQuatre, Paris, photograph by Joel Saget AFP

Le CentQuatre, Paris, photograph by Joel Saget AFP

La première exposition des « Terracotta Daughters »en septembre 2013  à Shanghai rencontre un grand succès, mieux encore elle suscite une forte émotions chez les femmes Chinoises. Dès lors, l’Artiste décide de faire voyager son armée de Filles, symbole d’un enjeu majeur de notre époque, mais aussi incarnation de la rencontre entre la tradition artisanale Chinoise  et l’Art Contemporain. Elle les expose en 2014 à Paris, Zurich, New York et enfin au Musée Anahuacalli de Mexico  (article The gaze of a Parisienne Oct 2014)  avec la commissaire d’exposition Tatyana Franck. Puis il faut rentrer en Chine, et enfouir cette armée pour la laisser à son sommeil et à son mythe quinze ans durant.

Prune Nourry, Terracotta Daughters, Collective Show Le CentQuatre, Paris, photograph by Hans Fonk

Prune Nourry, Terracotta Daughters, Collective Show Le CentQuatre, Paris, photograph by Hans Fonk

La cérémonie de l’enfouissement a eu lieu le 17 Octobre 2015.  Là encore, c’est un acte artistique fort au rituel précis renvoyant à des symboles de la tradition Chinoise. Des fosses archéologiques en briques, évoquant celles des soldats de Xi’an 2000 auparavant, ont été fabriquées pour accueillir l’armée debout. Le mythe se crée: mystère du lieu qui sera tenu secret jusqu’en 2030, mystère de cette fumée au début du rite, mystère de cette cérémonie où seules quelques rares personnes impliquées dans le projet ( 3 des 8 petites orphelines, l’artisant Xian Feng, la sociologue Yang Xueyan responsable du programme gouvernemental « Care for Girls », les premiers mécènes et collectionneurs des « Terracotta Daughters » )- ont été conviées. Les fosses seront recouvertes d’un toit en rondins de béton puis de l’herbe sera posée pour dissimuler toute trace visible de leur existence . 

Prune Nourry Terracotta Daughters - enfouissement- 17 Octobre 2015 ©Prunenourry

Prune Nourry
Terracotta Daughters – enfouissement- 17 Octobre 2015
©Prunenourry

Tout droit sortie de ce « site archéologique contemporain », l’Armée des « Terracotta Daughters » sera exhumée en 2030, année où  le déséquilibre des genres en Chine atteindra son point critique.

Prune Nourry orpheline ayant servie de modèle-Terracotta Daughters - enfouissement- 17 Octobre 2015 ©Prunenourry

Prune Nourry
orpheline ayant servie de modèle-Terracotta Daughters – enfouissement- 17 Octobre 2015
©Prunenourry

Et si un pouvoir mystérieux émanait déjà de cette armée?: Hasard ou heureux présage, en Octobre 2015, une semaine seulement après l’enfouissement des « Terracotta Daughters », le gouvernement Chinois annonçait l’abandon de la politique de l’enfant unique mettant fin à une loi qui sévit depuis 30 ans dans le pays !

Prune Nourry Terracotta Daughters sculpture en Bronze Galerie Simon Studer Art ©Thegazeofaparisienne

Terracotta Daughters, Bronzes
Galerie Simon Studer Art @Thegazeofaparisienne

 

Prune Nourry est revenue sur les étapes de ce projet titanesque lors d’une intervention à la galerie Suisse Galerie Simon Studer Art, au cours de laquelle elle nous a présenté le court métrage filmé de cette aventure. Dans cette galerie on peut admirer quelques magnifiques Bronzes des « Terracotta Daughters » ainsi que des images emblématiques projetées sur de la terre, formant des oeuvres à part entière. A suivre, la projection du long métrage pour fin 2016! 

Une artiste passionnante qui nous emporte dans l’aventure de notre monde avec tout son talent, sa soif de connaissances et sa sensibilité.

Caroline d’Esneval

 

 

En savoir Plus:

Prune Nourry est représentée par La galerie Simon Studer Art  à Genève et Magda Danysz Gallery  à Paris et Shanghai.

 

2 réflexions sur “Les majestueuses « Terracotta Daughters » de Prune Nourry enfouies en Chine pour 15 ans

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