Picasso « Hommage à Jacqueline »: l’amour fou.

« Elle a le don de devenir peinture à un degré inimaginable » dira Pablo Picasso en parlant de sa dernière femme et muse, Jacqueline.

Madame Z (Jacqueline aux fleurs), 1954 ©Thegazeofaparisienne

Picasso, Madame Z (Jacqueline aux fleurs), 1954
©Thegazeofaparisienne

L’homme aux nombreuses conquêtes, le génie inspiré par le mystère des femmes, rencontre Jacqueline Roque en 1952. Elle deviendra son unique passion, muse, modèle et inspiratrice jusqu’à la disparition de l’artiste vingt ans plus tard,en 1973. Cette magnifique exposition, à La fondation Gianadda de Martigny, fait ressentir l’amour fou, total, fusionnel unissant un Picasso dans l’urgence créatrice qui trouve en elle une inspiration exaltée, et la jeune femme fascinée, entièrement dévouée à cet homme fougueux. « On ne fait pas d’ombre à un soleil » dira-t- elle en parlant de son époux.

©Thegazeofaparisienne Femme au chien 1959-62 ©Thegazeofaparisienne

Picasso,Femme au chien, 1959-62 ©Thegazeofaparisienne

C’est à Vallauris , dans l’atelier de céramique Madoura, avec lequel Picasso travaille régulièrement, qu’il la rencontre. Elle a 26 ans, lui 71 ans. C’est un coup de foudre pour l’artiste, qui voit en elle les archétypes de la beauté méditerranéenne : corps sculptural sensuel, cheveux sombres réunis en chignon, yeux de jais . Elle lui rappelle une des odalisques du célèbre tableau de Delacroix « les femmes d’Alger ».

David Douglas Duncan Photographie: Picasso et Jacqueline dansent devant le tableau Baigneurs à la Garoupe courtesy D. D Duncan

David Douglas Duncan
 Picasso et Jacqueline dansent devant le tableau Baigneurs à la Garoupe

Assez vite, le séducteur qu’il est, arrive à ses fins, et dès lors ils ne se quitteront plus. Jacqueline veille sur lui dans la villa « La Californie », située sur les hauteurs de Cannes, où le couple emménage en 1955. Elle lui apporte l’élan de la jeunesse, mais aussi la stabilité dont il a besoin pour donner libre cours à son génie créateur. En témoigne, l’extrême richesse de la production artistique des ses vingts dernières années: polymorphe, audacieuse, innovante, avide d’expérimentations diverses, plus que jamais empreinte de cette liberté si chère à Picasso. Jacqueline est pour lui le révélateur et l’incarnation de tous les sujets qu’il veut représenter.

 

Dans les premières oeuvres où il la peint, Jacqueline apparait gracieuse, à la fois déterminée et douce. Je suis tombée en arrêt devant la beauté et la finesse de ce dessin d’elle, les jambes repliée contre son torse, sa position préfére. Le portrait de Madame Z , du nom de la villa où Jacqueline demeurait, quant à lui la présente avec un cou très long sur lequel repose fièrement un visage impassible…. sublime portrait.

Jacqueline aux jambes repliées, 1954 ©Thegazeofaparisienne

Picasso, Jacqueline aux jambes repliées, 1954
©Thegazeofaparisienne

Au printemps 1961, Picasso épouse Jacqueline. Le couple quitte le château de Vauvenargues, acheté trois ans auparavant, et s’installe au mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins. C’est dans ce lieu que Picasso se lance, à partir de 1963  dans de nombreuses reprises de son sujet fétiche et récurrent, « le peintre et son modèle », où il met en scène sa jeune amante .Tout exalté et inspiré qu’il est par sa muse, il la représente plus de 160 fois dans la production de cette année 1963.

Le peintre et son modèle, 1963 ©Thegazeofaparisienne

Picasso, Le peintre et son modèle, 1963 ©Thegazeofaparisienne

Les vingts dernières années de sa vie, sont également l’époque où Picasso se tourne vers ses grands ainés, se nourrit de leurs créations, les étudie pour ré-interprêter magistralement certains de leurs chefs -d’oeuvre. Cette confrontation à leur talent traduit un hommage à leur génie ainsi qu’une volonté de se mesurer à eux.

« Nous sommes les Héritiers de Rembrandt, Vélasquez, Cézanne et Matisse. Un peintre a toujours un père et une mère, il ne sort pas du néant. »  Picasso

 

Les femmes d'Alger, 1955 ©Thegazeofaparisienne

Picasso, Les femmes d’Alger, 1955, ©Thegazeofaparisienne

La disparition de Matisse, en Novembre 1954 est le point de départ de ces hommages. Picasso va s’inspirer, dans un premier temps, de son travail orientaliste. « Il est mort et moi je continue son travail » commentera-il. Ainsi pourra-t-on lire l’influence formelle de Matisse dans ses interprétations du tableau de Delacroix,  « les  femmes d’Alger ».  Picasso réinvente la scène avec un érotisme débridé; Jacqueline y joue, évidemment, le premier rôle.Mais c’est dans son travail sur la série « l’Atelier », que l’influence Matissienne se fera le plus sentir.

Le déjeuner sur l'herbe, 1960, Nahmad collection ©Thegazeofaparisienne

Picasso,Le déjeuner sur l’herbe,1960, Nahmad collection,©Thegazeofaparisienne

Après Matisse et Delacroix , Picasso s’intéresse au  » déjeuner sur l’herbe « de Manet dont  il exécutera  27 ré-écritures picturales, et à  « l’Enlèvement des Sabines  » de Poussin dont il effectue 70 variantes, en prenant Jacqueline pour modèle.

©Thegazeofaparisienne

©Thegazeofaparisienne

Il s’attaque également ‘au grand chef-d’oeuvre de Vélasquez « Las Méninas », formellement, un des tableaux les plus énigmatiques de l’histoire de la peinture. Le jeu insoluble, de la position du regardeur par rapport au peintre et à l’infante, trouve en Picasso un écho enthousiaste. Un nouveau sujet pour de nouvelles prouesses.

Les Ménines, fond rouge 1957, Musée Picasso de Barcelone ©Thegazeofaparisienne

Picasso, Les Ménines, fond rouge 1957, Musée Picasso de Barcelone
©Thegazeofaparisienne

L’oeuvre de Picasso ne se cantonne pas à la peinture, toujours avide de chercher, innover, expérimenter, il s’est intéressé à la gravure sous toutes ses formes. Sa production gravée est immense. La fondation Gianadda lui dédie une partie importante de l’exposition. On y découvre, par exemple, une très belle création « Jacqueline lisant » en Noir et Blanc, ou encore des linoléums extrêmement colorés, comme « Le déjeuner sur l’herbe d’après Manet » , de jaune et rouge paré. Il illustra,par la gravure, tous les grands thèmes de sa vie artistique, des plus innocents aux plus érotiques.

Picasso Colombes, 1953 @thegazeofaparisienne

Picasso, Colombes, 1953, @thegazeofaparisienne

Parallèlemement, Picasso travailla aussi ardemment le dessin, la sculpture, ou encore la céramique. Il réalisa avec l’atelier Madoura près de 4000 pièces de poterie. Aux côtés des représentations de Jacqueline, j’admire dans cette exposition, les Colombes gracieuses en terre cuite peinte .

Sa vie durant Picasso a tissé des liens très fort avec les photographes. Voir Picasso à l’oeuvre relève d’une performance extra-ordinaire. Créateur avide, inspiré , rapide et « habité » par son art, il offre un spectacle fascinant. Dans cette exposition, nous découvrons de magnifiques photographie du couple Picasso, prises par trois de ces photographes qui accédèrent à son intimité: David Douglas-Duncan, Lucien Clergue, Henri Cartier Bresson . A cela s’ajoutent des clichés pris par Jacqueline elle même, qui pose son regard amoureux sur l’artiste.

©Jacqueline Picasso

©Jacqueline Picasso

Beaucoup d’émotion dans cette superbe exposition, où le talent de Jean-Louis Prat réussit à nous faire partager cette relation fusionnelle, qui inspira tant de merveilles au génie Picasso. Je laisserai les derniers mots à celui qui, durant toute son existence, mis l’Amour des femmes, au centre de sa vie et de son Art.

« Au fond il n’y a que l’Amour. Quel qu’il soit. »  Pablo Picasso

Caroline d’Esneval

 

Fondation Gianadda, Martigny 

Picasso l’oeuvre Ultime, Hommage à Jacqueline

Jusqu’au 20 Novembre

 

Commissariat: Jean Louis-Prat

 

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