Important Nothings by Lignereux

L’histoire de la maison française Lignereux traverse le temps, les siècles même. Au XVIIIe, ce nom signe les plus beaux meubles et objets d’art que collectionnent des amateurs illustres, tels le Roi Georges IV d’Angleterre ou le Tsar Paul 1er . En 2016, deux siècles plus tard, le créateur Gonzague Mézin, réveille la belle endormie et réunit autour de lui, sous le nom Lignereux, un collectif d’artisans aux savoir-faire extrêmement pointus, pour créer des objets exceptionnels . L’Espace Muraille présente vingt-quatre oeuvres contemporaines de Lignereux en dialogue avec des objets d’art du XVIIIe. Une façon très séduisante de lier passé et présent autour d’une ode à la beauté et à la vie.

Gonzague Mézin, devant Chrysalis , Important Nothings by Lignereux, Espace Muraille ©thegazeofaparisienne

« Where Shall I begin? Which of all my important nothings shall I tell you first? »

Jane Austin à sa soeur, 1808

Avec cette brillante exposition, Gonzague Mézin nous emmène dans un univers magique porté par ses sublimes créations et l’histoire , sur fond de mythologie grecque, qu’il nous raconte . Celle du fil de nos vies que tissent inlassablement les Parques, jusqu’au coup de ciseaux fatal. Trois soeurs Parques, trois moments de nos destinées, où se jouent ces Important Nothings. Le titre de l’exposition évoque ainsi ces « petites choses de la vie » qui sont pourtant si essentielles et décisives et que Lignereux sublime en objets d’art. Je vous en dévoile quelques uns; ils vous donneront certainement envie d’en découvrir davantage.

Vue de l’exposition Important Nothings by Lignereux, au 1er plan, Fluke ,©thegazeofaparisienne

Premier Chapitre : Clotho

Elle est la plus jeune des trois soeurs. Celle par que la vie s’éveille, celle qui accompagne les premiers moments de l’existence, la naissance et la renaissance dans le cycle perpétuel de nos destinées. Dans ce chapitre se trouve, notamment , Fluke, une sculpture de bronze doré au feu et de bois de noyer, illustrant le fil de la vie humaine, sous la forme du rouet des Parques. J’admire la finesse des détails du serpent qui se mord la queue (Ouroboros), symbole de fécondité et de la vie renaissante, et les scarabées en bronze doré. Chrysalis, elle, représente ce moment où l’on se ressource, loin du mouvement du monde, pour se reconstruire. Elle prend la forme de deux grands cocons lumineux en verres soufflé, reposant sur un socle de dizaines de papillons sculptés. Sublime!

Swing , Exposition Important Nothings by Lignereux, ©thegazeofaparisienne

Chapitre 2 : Lachésis

La deuxième Parques Lachésis, est celle qui décide du cours de la destinée de chacun, de sa durée comme des événements qui la ponctuent. Les moments de bonheur par exemple , ces instants intenses mais fugitifs, « que l’on croque comme un fruit défendu, et que l’on reconnait lorsqu’ils nous faussent compagnie« , commente Gonzague Mézin . Bliss, présente ainsi quatre bonheurs, sous la forme de sabliers , reprenant les codes du XVIIIe siècle (porcelaine montée de bronze doré).

Folly, Exposition Important Nothings by Lignereux, ©thegazeofaparisienne

La folie aussi fait partie de notre condition humaine. Au delà de tout contrôle, elle nous prend par surprise, nous fait perdre la tête dans des excès délirants, dévastateurs. Mais du chaos émerge la renaissance . L’oeuvre Folly , superbe vanité, frappe par sa force dramatique, les flèches agressives et l’étrange halo qui s’en échappe. Plus loin, Swing questionne le hasard et le destin qui nous dépasse. Une balançoire qui s’élance, le gracieux escarpin qui s’envole.

Chapitre 3 : Atropos

Atropos est la plus âgée des Parques, la plus terrifiante aussi. Celle qui clôt définitivement nos vies. Elle choisit également la manière dont la mort nous surprend avant de couper le fil d’or de nos existences.

Thirst (soif), Exposition Important Nothings by Lignereux, ©thegazeofaparisienne

Doom, présente une allégorie du deuil dans sa violence et ses rituels, celui des dauphins par exemple qui portent la dépouille de leurs congénères morts, sur leur dos . Thirst (soif) , traite de la pulsion du désir , essence même de la vie, souffrance cruelle du manque qui nous agace et nous tourmente. L’objet est magnifique: une grande roue en marqueterie de paille bleue, au coeur de laquelle pulse, comme un battement de coeur, une lumière blanche. La roue est portée par trois autruches de laiton doré au feu , dont une fouille désespérément le sol en recherche d’une goutte d’eau. J’admire aussi Voices, qui symbolise la fragilité des constructions humaines, et la revanche de la nature prenant possession des vestiges à l’abandon .

Voices, Important Nothings by Lignereux, ©thegazeofaparisienne

L’exposition s’achève en beauté avec Mighty Fountain , six pièces de céramique céladon et bronze doré évoquant les jaillissements créatifs, propres à l’homme. Le cycle éternel création-destruction y figure également lorsque l’on découvre les détails, comme une goutte d’eau coulant qui se transforme en balle d’arme à feu.

Exposition Important Nothings by Lignereux , 2021, ©EspaceMuraille Luca Fascini

Une fois de plus, Caroline et Eric Freymond, fondateurs de l’Espace Muraille, nous offrent une exposition passionnante, en nous faisant découvrir les œuvres exceptionnelles du collectif Lignereux. La mise en scène de Gonzague Mézin , en particulier celle des objets du XVIIIe siècle , est très réussie. Elle en change la perspective et leur redonne un attrait très actuel. À mentionner aussi les trois compositions de parfum, créées par la maison Henry Jacques, qui ajoutent une dimension olfactive à chacun des chapitres de l’exposition.

Caroline d’Esneval

Exposition Important Nothings by Lignereux,

jusqu’au 7 Mai 2022 à l’Espace Muraille , Genève

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