Un nouvel écrin pour l’Ecole des Arts Joailliers

Et une exposition inaugurale « Bijoux de scène de la Comédie-Française »

Ecole des Arts Joailliers

L’Ecole des Arts Joailiers s’est installée dans le merveilleux hôtel de Mercy-Argenteau, construit au XVIIIe siècle, par un architecte en vogue, Firmin Perlin, boulevard Montmartre, un des seuls rescapés des Grands Boulevards de cette époque. Entièrement restauré dans les règles de l’art, et désigné par la talentueuse Constance Guisset. Le lieu a ouvert ses portes avec une exposition inédite « Bijoux de scène de la Comédie-Française », une belle occasion de montrer les collections de la célèbre institution de la place Colette.

Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy (1789-1874). Rachel dans le rôle de Roxane (Barjazet, Jean Racine), 1842. Huile sur toile. Comédie-Française.

L’histoire du comte Florimond-Claude de Mercy-Argenteau, ambassadeur de Marie-Thérèse d’Autriche, et premier occupant des lieux, ne manque pas d’intérêt, c’est lui qui fut l’instigateur du mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette, et, plus tristement, lors de la fuite à Varennes, la reine lui confia sa cassette de bijoux qui n’étaient pas en « toc » ! à l’instar de ceux présentés dans cette exposition inaugurale. Des bijoux factices pour la scène mais dignes de la haute joaillerie. Comme ces bijoux n’avaient pas de valeur ils n’ont pas été démontés et sont restés ainsi intacts jusqu’à nos jours. 

Vue de l’exposition

En arrivant, le visiteur est mis dans le vif du sujet, par une vidéo qui diffuse un extrait de la célèbre pièce de Georges Feydeau, Un fil à la patte, où une bague est l’objet d’un quiproquo. En poursuivant sa visite, de l’autre côté des grands rideaux de velours noir, il aperçoit, exposé dans une vitrine, un registre manuscrit indiquant le rôle essentiel des bijoux dans de nombreuses pièces de théâtre en tant que ressort dramaturgique. Les acteurs jouent avec ces accessoires et montrent aussi bien la pingrerie dans l’Avare ou à l’inverse les libéralités du Bourgeois gentilhomme.

Vue de l’exposition avec au fond le portrait par un photographe anonyme de Julia Bartet dans Bérénice, acte I, de face (première tiare), 1893. Comédie-Française

L’exposition commence par deux pièces du milieu du XIXe siècle, un peigne à décor de frise florale, trois ors et perles et un diadème aux étoiles tremblantes porté par la belle Rachel dont le portrait au turban est exposé un peu plus loin, l’actrice était folle de bijoux vrais ou faux, malheureusement elle aura un destin tragique. Ces deux pièces sont très intéressantes car elles possèdent les caractéristiques techniques du bijou de scène. Une des raisons pour lesquelles on ne peut pas utiliser des matières nobles est la fragilité.

Détail de la frise du plafond de la salle des fêtes aménagée par Henri Fernoux, l’architecte « aux 300 constructions ».

« Les parures que portaient les acteurs et les actrices provenaient majoritairement de leur cassette personnelle. À exhiber leurs parures sur les planches, ils faisaient étalage de leur réussite sociale. Au risque d’être en contradiction avec l’action ! La recherche de véracité historique ne s’impose qu’à la fin
du XVIIIe siècle. »

explique Agathe Sanjuan, ancienne directrice de la bibliothèque-musée de la Comédie-Française et commissaire de l’exposition.

Anonyme. Pectoral de Julia Bartet, vers 1900. Métal, ivoire teint, ivoirine, perles d’imitation, verre coloré. Comédie-Française.

Ainsi les bijoux d’ornement comme les costumes au XVIIIe siècle étaient laissés au libre choix du comédien et donnait lieu parfois à des aberrations comme le montre une gravure où valets et maîtres sont habillés et bijoutés à l’identique, toutefois les bijoux servant à l’intrigue étaient fournis par le théâtre.

Anonyme, Couronne de laurier portée par Talma dans le rôle de Néron (Britatanicus de Jean Racine), 1814. Fonte d’alliage cuivreux doré, textile, écrin noir grainé. Comédie Française

Cette exposition est aussi l’occasion de rappeler ces immenses comédiens qui ont fait le succès de la Comédie-Française et parmi eux il y a Talma (1763-1826), Napoléon va l’utiliser et il sera l’incarnation de l’empereur lorsqu’il est en déplacement, il lui offre cette couronne de lauriers en métal doré pour son rôle de Néron dans Britanicus, directement inspirée par celle de l’empereur, un autre proche, le peintre David lui fait cadeau d’une esquisse du tableau du sacre, ce geste symbolise de cette façon le lien qui unit les trois personnages. 

Donat Nonnotte (1708-1785). Mlle Dumesnil dans le rôle d’Agrippine (Britannious de Jean Racine), 1754.
Huile sur toile. Comédie-Française

L’entrée est libre, sur rendez-vous, profitez-en avant de partir ou à votre retour de vacances, un écrin entièrement dédié au bijou avec une librairie, une bibliothèque, une espace pour les expositions et bien-sûr l’école, il ne manque plus qu’un petit café !

René Lalique (1860-1945) Broche en hommage à Sarah Bernhardt, 1896. Or, émeraude, émail. Comédie-Française, don aux Comédiens Français par André Malraux en 1960.

Fondée en 2012 avec le soutien de Van Cleef & Arpels, L’École des Arts Joailliers a pour mission de diffuser la culture joaillière auprès du public le plus large.

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