3 expos photo mythiques. #1 Man Ray
Photo Elysée : Man Ray, Sabine Weiss et Cindy Sherman
C’est rare de trouver dans un seul lieu trois expositions aussi fabuleuses, étonnantes et inspirantes! Photo Elysée (Lausanne) nous offre ce privilège, en présentant simultanément la virtuosité du surréaliste May Ray (un de mes artistes fétiches), la photographie « humaniste » de la merveilleuse Sabine Weiss, et les fascinantes expérimentations identitaires de Cindy Sherman. Un programme alléchant avec en fil rouge l’esprit pétillant et le goût du jeu, communs à ces trois figures emblématiques de la photographie.

Chapitre 1: Man Ray, Libérer la photographie
Man Ray (1890-1976), un nom incontournable de l’histoire de la photographie. Porté par son esprit libre, il n’aura de cesse, sa vie durant, d’explorer de nouveaux chemins, plongeant avec passion dans les multiples possibilités de la photographie. Il pratique aussi bien le portrait, que la photographie de mode et s’essaye à de nouvelles techniques expérimentales. À une époque où ce médium explose comme symbole de la modernité, Man Ray a su en capter tout le potentiel créatif et la magie.
Né aux Etats-Unis en 1890, Man Ray, pseudonyme de Emmanuel Radnitsky, a embrassé avec enthousiasme la richesse de l’avant-garde européenne. D’abord peintre, il fut ensuite photographe, réalisateur, créateur d’objets étranges et fantaisistes, antenne du mouvement Dadaïste à New-York avec son ami Duchamp, puis fervent acteur du surréalisme à Paris.
La superbe exposition de Photo Elysée présente un large éventail des oeuvres photographiques les plus emblématiques de l’artiste.
L’art du Portrait
En 1921 Man Ray s’installe à Paris. Le soir même de son arrivée, Marcel Duchamp l’emmène faire la connaissance des surréalistes Paul Éluard et Gala, André Breton et Louis Aragon entre autres. Son fidèle ami l’introduit au coeur de l’intelligentsia parisienne, il y côtoie la fine fleur des artistes, écrivains et intellectuels qui viennent en nombre à son studio de photographie se faire « tirer le portrait ». S’y croisent Henri Matisse, Pablo Picasso, Robert Delaunay, Alberto Giacometti, Salvador Dali, Max Ernst, Marcel Duchamp, Jean Cocteau… mais aussi Coco Chanel, James Joyce, Elsa Schiaparelli ou encore Virginia Woolf.
Des images mythiques qui traversent le temps

Le génial photographe ne se contente pas de faire poser des célébrités dans son atelier, il s’essaye à des mises en scène élaborées, notamment avec ses modèles féminins fétiches : Lee Miller, Kiki de Montparnasse ou encore Meret Oppenheim. Ses images fascinantes sont le fruit d’un travail méticuleux et maitrisé …au millimètre près !
Une de ses plus célèbres scénographies est Le Violon d’Ingres. Man Ray joue avec le corps de son amoureuse Kiki de Montparnasse qui prend la pause en odalisque, comme un hommage au grand peintre. Avec juste deux « f » inversés, il transforme son superbe dos en violon – instrument préféré d’Ingres.

Fou de Lee Miller (1907-1977), Man Ray photographie abondamment cette femme sublime au destin étonnant. Lee Miller vit le drame d’être violée dans son enfance à l’âge de sept ans, traumatisme qui la poursuivra toute sa vie. Devenue jeune adulte, elle est remarquée par sa beauté et devient mannequin pour des grandes maisons de couture avant de s’adonner elle-même à la photographie. C’est en tant qu’assistante de Man Ray qu’elle fait ses premiers pas dans cette discipline en 1929. Elle rentre aux Etats-Unis en 1932 et crée son propre studio de photos. Courageuse et déterminée, elle partira en 1944-45, comme « reporter de guerre », seule femme aux côtés des soldats américains. Elle photographie l’horreur des camps de Buchenwald et Dachau, révélée au grand jour par le magazine américain Vogue qui dédie sept pages à ses clichés. Lee Miller fut cette femme libre si inspirante à la fois modèle, artiste, actrice, égérie des surréalistes, photographe de guerre et même fine cuisinière… elle avait tant de talents !
J’adore cette photo de Man Ray, saisissant son beau visage parmi des objets, dans une mise en scène façon nature morte très « surréaliste ».

On retrouve dans cette présentation tant d’images légendaires, qui nous sont familières, telles son cliché en gros plan d’un un visage en larmes, ou encore sa photographie ‘Tête‘ si gracieuse.
Explorateur passionné de techniques nouvelles
Le hasard s’invite dans le développement des explorations de Man Ray. L’artiste découvre le procédé du photogramme par accident en 1921. Travaillant sur une mise en scène, il pose un thermomètre, en entonnoir et un récipient en verre sur du papier photographique et allume la lumière par mégarde. Etonné il découvre que les objets se sont imprimés en blanc sur le fond noir du papier. On peut deviner l’excitation avec laquelle le photographe renouvela cette expérience de nombreuses fois! Un brin fanfaron, il renomme ce procédé ‘rayographie‘, faisant allusion à la fois son nom et à la technique de la radiographie aux rayons X! Avec Lee Miller, Man Ray développe également les possibilités artistiques de la pratique de la solarisation.

Une magnifique exposition qui montre à quel point le talent novateur, la fantaisie, le jeu et l’humour des créations de Man Ray ont participé grandement au rayonnement du surréalisme. Il est d’ailleurs le seul photographe mentionné aux côtés de ses amis célèbres. Poussant l’art de la photographie loin d’une pure représentation du réel, il continue d’inspirer, à travers le temps, les acteurs du monde de l’art mais aussi de la mode et de la pop culture en général.
Caroline d’Esneval
A voir absolument jusqu’au 4 Août 2024, Musée Photo Elysée , Plateforme 10, Lausanne.






