Art genève 2025, 13e édition
13e…le nombre qui fait grincer les dents des superstitieux! Qu’ils se rassurent, c’est un art de grande qualité qui s’est exposé avec décontraction et convivialité lors de cette édition 2025. L’occasion également d’apporter quelques changements notables à l’événement : une part plus importante de stands consacrés à l’art moderne, aux galeries régionales, aux écoles d’art et aux institutions culturelles suisses -avec notamment la présence, cette année, du Plaza Centre Cinéma (Genève) qui réouvrira ses portes à l’automne prochain. Charlotte Diwan, directrice d’art genève, aurait-elle trouvé la formule idéale du rendez-vous genevois? Signe de bon augure, mercredi, jour de l’ouverture, une foule de collectionneurs et d’amateurs enthousiastes se pressait déjà à Palexpo.

Pierre Seinturier, Portrait d’Edith Cohaegen, 2024
Galerie Vallois

photo©thegazeofaparisienne
Art genève est toujours un moment de retrouvailles avec mes artistes fétiches, de découvertes et de nouveaux coups de coeur, à partager avec vous.
Art Genève 2025 en quelques oeuvres.
Célébration d’une Nature éblouissante... En peinture, avec le magnifique Portrait d’Edith Cohaegen de Pierre Seinturier à la Galerie Vallois. J’adore cet artiste autant pour ses dessins que pour ses toiles dans lesquelles on aimerait sauter à pieds joints, comme Mary Poppins ! La galerie Bailly présente, elle, un mystérieux tableau d’Yves Clerc. Au coeur d’une nature opulente, je retrouve son personnage féminin de prédilection, portant élégamment une robe fabuleuse et un immense chapeau noir.

Un peu plus loin, le stand de Waddington Custot offre un solo show à l’un de mes artistes préférés, Sam Szafran. Quelle beauté ce pastel finement ciselée, où les feuillages grimpants de philodendron, d’un bleu intense, envahissent l’atelier… une métaphore de l’inspiration de l’artiste devant la majesté de la nature? Sur le stand du Kunst Museum Wintertur, je m’attarde un long moment, captivée par le paysage infiniment poétique de Félix Vallotton.


Côté céramique, j’aime une sculpture entre nénuphar et coquillage aux courbes sensuelles. C’est l’œuvre du japonais Kentaro Kawabata (né en 1976) dont je découvre le travail à la galerie Mai 36. Quant aux animaux en faïence magnifiés au crochet par Joana Vasconcelos, on en viendrait à adorer les serpents et les grenouilles (chez Gowen)!

En cheminant dans la foire, j’ai la belle surprise de retrouver la mythique galerie parisienne, Susanne Tarasieve, présente pour la première fois à art genève. Sur leur stand, je repère le tableau du roumain Alin Bozbiciu, dont le mouvement puissamment expressif évoque la danse. À suivre de près. Sur ce même stand, je découvre l’œuvre d’un jeune suisse Thomas Buswell (né 1998). Cet artiste s’est inspiré des montagnes de son pays où les vaches sont reines. Embellies de couleurs bleutées et vertes, elles déambulent librement dans le tableau. Il y a quelque chose de touchant dans son interprétation contemporaine de la relation de l’humain à la nature et à la tradition.

Sur le stand de Xippas, je croise avec grand plaisir le talentueux Pablo Reinoso, artiste que je suis et connais de longue date. Il fait un travail extraordinaire avec le bois, auquel il arrive à donner une souplesse étonnante. En témoignent son magnifique mobile et ses oeuvres murales exposées sur le stand, sculptures aux volutes gracieuses… magique!

galerie Claire Gastaud. Courtesy de Galerie Claire Gastaud
Belles découvertes …J’ai adoré les spectaculaires dessins d’Alain Jousseau en solo show à la galerie Claire Gastaud. Y étaient présentés deux ensembles fascinants, en grand format. L’un nous immerge dans les 80 dernières années du bureau ovale américain, au fil des présidents successifs, depuis Harry Truman jusqu’à Donald Trump. L’autre est la reconstitution, en plans panoramiques, des scènes clés du film d’Alfred Hitchcock « La corde ». L’oeuvre magistrale de Jousseau nous fait sentir la tension palpable du film. Des mises en scène géniales et un coup de crayon remarquable! Très touchée également par la poésie des oeuvres de Jackie Mulder (née en 1960) qui mêlent impressions photo sur tissus, pastel, encres et broderies (Taste Contemporary). Une petite chaise brodée de fils rouges m’a particulièrement émue. Enfin j’ai été séduite par une grande création murale sculptée en paille de bambou de l’artiste Olaf Holzapfel, chez Xippas.

Stand des éditions Take5, présentation du nouveau livre d’artiste, Le Livre de l’Oubli et de la Légèreté
Côté livres, les éditions Take5 réussissent l’exploit de nous surprendre chaque année. Le nouveau livre d’artiste, Le Livre de l’Oubli et de la Légèreté, concocté par Céline Fribourg, est une merveille. Son boitier d’abord, en treillis de silicone, créé par Studio Gubérand en collaboration avec le MIT lab, allie esthétique et éco-conception (à base de sable). Le livre, lui-même s’ouvre grâcieusemet en éventail comme une fleur de lotus. À l’intérieur je découvre les 16 tirages pigmentaires des oeuvres poétiques et sensuelles de l’artiste pakistano-américaine Shahzia Sikander, 3 photographies originales du laboratoire de neurosciences de Columbia University, ainsi que le texte du Pr. Scott Small (Professeur en neurosciences à Columbia University).
L’oeil de notre communauté The GAZE
» Qu’elle est l’oeuvre qui vous a le plus marquée à art genève 2025? »
The Gaze of Laure Martin, agent d’artistes et commissaire d’expositions

« Le collage ‘Valley Curtain (Project for Colorado/Rifle), 1971’ , est emblématique de l’immense talent de Christo comme dessinateur. Caractéristique par son format modeste (70,7 x 50,7 cm) des études préparatoires de Christo pour ses premiers projets temporaires, par sa technique, il est révélateur de sa grande liberté créative. Il utilise aussi bien des matériaux traditionnels comme le fusain, le pastel, le crayon … que du carton, tissu, peinture industrielle, photographies, cartes, agrafes. Ces dessins préparatoires soulignent aussi l’importance pour Christo d’affiner au fil du temps sa vision du projet. Avec son audace légendaire, il s’en donne tous les moyens plastiques, réalisant avec fougue des esquisses, parfois proches du dessin d’architecture, où le lyrisme du trait le dispute au brutalisme de certains matériaux dans une symbiose visuelle prémonitoire de l’oeuvre éphémère à venir. Le collage de 1971 en est un parfait exemple. » Laure Martin
The Gaze of Laurence Dreyfus, art advisor & curator Paris/Genève


« Ugo Rondinone nous invite à contempler la beauté intemporelle du lac des Quatre-Cantons à travers une série de peintures intimes en nuances de bleu, exposées sur le stand de la Galerie Eva Presenhuber à Art Genève 2025. Ces œuvres, marquées par l’influence des maîtres suisses Félix Vallotton et Ferdinand Hodler, traduisent une sensibilité poétique qui célèbre la puissance de la nature et la profondeur des souvenirs d’enfance. » Laurence Dreyfus
The Gaze of Nathalie Rodach, artiste

(left) R. P. F. loannis De La Haye, Arbor Vitae Concionatorum in Genesim, 1651
(center) Manuscript commentary and study book on the Koran, late XIX century
(right) Samuel Eliezer Edels Maharsha, Chiddushei Halachot (Novellae in Jewish Law), commentary of the Talmud, Rashi, Tosafot, 1814
Julia’s Bookshop
Cette oeuvre fascinante réunit des textes anciens de 3 religions- le christianisme, le judaïsme et l’islam-écrits chacun dans sa langue d’origine. Ces écritures supportent les racines millénaires d’un seul et même arbre, évocation des origines communes de toute l’Humanité. Quelle meilleure manière de terminer cette revue artistique que ce magnifique message de paix et de sagesse de l’artiste italien Tommaso Spazzini Villa ?
Caroline d’Esneval



