Art Basel Paris 2025

Dans cette morosité ambiante, après le casse du siècle au Louvre, deux jours avant l’ouverture d’Art Basel à Paris sous les célèbres verrières du Grand Palais. le marché de l’art affiche une mine éblouissante, jeudi dernier , l’œuvre « California (IKB 71) » d’Yves Klein a été adjugée à Paris chez Christie’s 18 375 000 € et le jour suivant Elvire en buste de Modigliani, 27 millions chez Sotheby’s. Dans la foire les oeuvres à plus d’un million sont monnaie courante, les stars de l’art contemporain et moderne sont bien présentes.

Dans l’allée centrale de cette foire qui pourrait presque être baptisée les Champs-Elysées de l’art, les transactions se font à grande allure, les oeuvres vendues sont remplacées par des nouvelles et ainsi de suite. Depuis mardi, trois jours de vernissage ! les collectionneurs internationaux se pressent, ici passion de l’art, acquisition et investissement se confondent, il s’agit de ne pas se tromper et de faire le bon choix, une cote peut se défaire très rapidement.

60 × 73.3 cm. Acquavella
La star du moment avec cette grande rétrospective qui vient de commencer à la Fondation Louis Vuitton (cf article précédent), est sans aucun doute Gerhard Richter, Abstrakte Bild (1987) a été vendu 23 millions de dollars chez Hauser & Wirth, il faudra débourser 1,2 million d’euros pour un triptyque représentant un ciel, galerie David Zwirner, il s’agit d’une édition de 8 et il ne reste que très peu d’exemplaires.

Gagosian fait l’évènement en exposant face à des oeuvres contemporaines une merveilleuse Vierge à l’enfant de Paul Rubens (vers 1611-1614), estimée à une dizaine de millions d’euros. A ses côtés, Picasso, Giacometti, Rodin et une déstabilisante représentation des Trois Grâces Supermoon (2025) par John Currin.

L’histoire de France est très en vogue, chez Thaddaeus Ropac où se trouvent un imposant Bonaparte franchissant les Alpes de Robert Rauschenberg, « Able Was I Ere I Saw Elba », en hommage à David dont c’est la célébration du bicentenaire de la mort au Louvre, et une petite toile d’Elizabeth Peyton représentant une entrée solennelle de Louis XIV.

Galerie Templon, une très belle toile de François Rouan, beaucoup plus accessible financièrement, sort des artistes français moins « bankables ». À voir lors d’une escapade sur les bords de Loire, les vitraux du même artiste créés pour la cantine de l’abbaye royale de Fontevraud, ils ont été juste inaugurés il y a une semaine.

Emilie du Châtelet, femme du siècle des Lumières, a tapé dans l’oeil de l’artiste Agnès Thurnauer, galerie Michael Rein, et à raison, femme de lettres, mathématicienne, sa traduction de l’oeuvre de Newton est toujours d’actualité, Voltaire fut éperdument amoureux d’elle et réciproquement.

Si vous voulez en savoir plus, il faut aller voir l’exposition d’Agnès Thurnauer, Correspondances au Musée Cognacq Jay, un dialogue entre l’artiste contemporaine et les oeuvres du XVIIIe siècle de Boucher, Fragonard, Vigée Le Brun… et aussi les écrivaines ou scientifiques comme Madame de Staël ou Émilie du Châtelet.
Stand Victoria Miro, une grande toile de Paula Rego The Cake Woman, son oeuvre déstabilise et détourne les codes habituels. Sur ce même stand un portrait sans concession de femme par Alice Neel.

Vu également galerie Sadie Coles, un pastel et collage sur papier d’Isabella Ducrot (née en 1931). Sur ce dernier stand je repère une sérigraphie d’Arthur Jafa qui m’avait fait une forte impression à Arles en 2022 à la fondation Luma.

Un autre artiste est également très présent, Richard Prince, l’artiste américain lui aussi manipule les codes en s’appropriant des images reprises dans les médias.
Parcours hors les murs, impossible de manquer une Kermit la grenouille géante Place Vendôme, Kermit the Frog, Even, 2018, une « sculpture » gonflable d’Alex Da Corte, art, absurdité, humour ? Galerie Sadie Coles.
Ugo Rondinone est lui installé devant l’Institut, avec vue sur Seine, à l’intérieur du Grand Palais , ses sculptures couleurs très flashy attirent le regard. (cf article précédent)

Pas loin, je découvre galerie Kurimanzutto, l’artiste Marta Minujín (née en 1943) argentine, pionnière des « happening ». En 1963 elle avait convoqué Christo, Niki de Saint Phalle et Tinguely à une « destrucción ». Depuis le début des années 60, elle utilise des vieux matelas qu’elle repeint de motifs colorés, une de ses oeuvres emblématiques est son obélisque couché El obelisco acostado.

Galerie Michael Werner, un très beau portrait de femme par Picabia retient mon attention, il est titré La résistance, il s’agit de Marlène Dietrich qui a chanté « La Résistance » pendant la guerre. Picabia a sans doute vu une photographie de l’actrice dans un journal et s’en est servi pour peindre ce portrait, il donne cette impression de zoom sur le visage et est très précurseur, on pense tout de suite à Andy Warhol et plus proche de nous Richter qui a utilisé des images de presse. Ce tableau passé aux enchères en 2021 avait été adjugé 400 000€, je ne connais pas son prix de vente actuel. Cette peinture rappelle aussi le rôle de la fille de l’artiste, Jeanine Picabia, grande résistante et fondatrice du réseau Gloria SMH, elle fut l’une des deux premières femmes décorées de la Médaille de la Résistance.

La galerie Pauline Pavec, secteur Premise (présentation d’oeuvres pouvant avoir été exécutées avant 1900), expose l’artiste Marie Bracquemont (1840-1916) des années 1870-1880.

A ne pas manquer la pause café et les éditions collector des tasses à café chez Illy Café qui a invité cette année l’artiste suisse John Armleder, Jean-Hubert Martin l’avait invité à Oiron (cf article précédent) il y a près de 35 ans, dans son exposition Curios & Mirabilia.

« (…)il m’a répondu : « Ton château, c’est un peu comme pour les hôtels, il faut mettre des fauteuils pour que cela soit confortable ». Nous avons alors acheté une douzaine de fauteuils club, et il a peint sur chacun d’eux ce que j’appellerais un « signe suprématiste », un carré rouge avec une ligne bleue, qui change d’emplacement sur chaque fauteuil. John Armleder était très proche de Jeff Koons à un moment donné et je trouvais leur relation très drôle : John vivait avec Sylvie Fleury et Jeff Koons avec la Cicciolina. Les deux couples voyageaient et visitaient des musées ensemble. C’est ainsi que John initia à l’histoire de l’art son ami Jeff, qui est devenu entre-temps un grand collectionneur. »
Extrait d’une interview de Jean-Hubert Martin par Timothée Chaillou et publié dans Profane n°7, automne-hiver 2018-2019.
Dernière information sur John Armleder, une exposition majeure et monumentale commencera le 30 janvier prochain au Musée d’Art et d’Histoire de Genève qui lui donne une carte blanche entre lui et les collections.

Egalement sur le stand Ruinart qui présente la carte blanche donnée à l’artiste franco-suisse Julian Charrière qui a créé une oeuvre inspirée de sa réflexion sur les célèbres crayères de la Maison à Reims. Cette semaine l’Hôtel Cheval Blanc propose une expérience immersive dans un décor des crayères autour des oeuvres des artistes invités et gastronomique avec le chef étoilé Arnaud Donckele.

Un regard sur deux dernières oeuvres avant de quitter les lieux Christo (1935-2020), il y a à peine un mois avait lieu le baptème de la Place Christo et Jeanne-Claude sur le Pont Neuf, bien-sûr ! et une photographie de fleurs par Robert Mapplethorpe (1946-1989)

ART BASEL 2025
Jusqu’au 26 octobre, de 11h à 19h
Grand Palais
Avenue Winston Churchill
75008, Paris



