Sebastião Salgado, aux Franciscaines à Deauville

The Gaze of THIERRY GRILLET

Les Franciscaines, Deauville Sebastião Salgado, collection de la MEP

Sans être une rétrospective, l’exposition aux Franciscaines, intitulée Sebastião Salgado déroule le film d’une vie de photographe dans une scénographie en spirale. Quelle meilleure image de la vie qu’une ellipse, s’éloignant de la surface en se creusant mais s’approchant progressivement de son centre ?

Sebastião Salgado. Mineurs de charbon, Dhanbad, État de Bihar, Inde, 1989 Collection MEP, Paris. © Sebastião Salgado

« La main de l’Homme est un hommage aux travailleurs, l’adieu à tout un monde qui est en train de disparaître lentement, un tribut à ces hommes et à ces femmes qui travaillent encore avec leurs mains, comme ils l’ont fait pendant des siècles »

Sebastião Salgado – De 1986 à 1992, Sebastião Salgado réalise une série de reportages sur le travail manuel à travers plusieurs continents et 22 pays.

Elle épouse de surcroit cette vie de bourlingue que décrivent les révolutions sans fin autour de la planète d’un artiste de quatre-vingt-un ans. Des photographies des débuts, en 1974, très lointaines ou très proches, du Mozambique ou de la Courneuve, jusqu’aux tout derniers clichés en 2011 de centaines de caïmans, vus de nuit, sur les berges d’un fleuve en Amazonie…

Sebastião Salgado

La MEP qui, depuis les années 1980, suit et conserve le travail, a sorti ses tirages historiques, en assurant le commissariat de cette exposition hors les murs. Alors Salgado parle. Il ne nous cache rien. Ni le mal qui l’accable, ni le malheur du monde. Les larmes qu’il verse sont celles d’un photographe qui en a tant vu. Celles d’un œil exubérant qui regarde la course des hommes depuis cinquante ans, nous en fait apercevoir tout le tragique, et ne peut plus cacher sa mélancolie.

Sebastião Salgado, vue de l’exposition aux Franciscaines

Cette planète, opiniâtrement photographiée, est aujourd’hui secouée d’une fièvre guerrière généralisée. Alors ses larmes résonnent, universelles, dans le temps avec celles que Virgile prête à Énée, le migrant, quand il admire, sur un mur à Carthage, les images de la guerre de Troie : « Sunt lacrimae rerum », « Il y a des larmes pour pleurer chaque chose »…

INFORMATIONS

Sebastião Salgado – Collection de la MEP

jusqu’au 1er juin 2025

Les Franciscaines
145 B, Avenue de la République
14800 Deauville

Commissariat : Pascal Hoël, responsable des collections de la MEP

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