Collezione Maramotti, Reggio Emilia

Escapade rapide et intense à Reggio Emilia, à une heure de Milan, ville du fondateur de la marque de couture Max Mara, Achille Maramotti (1927 – 2005) qui a réuni une collection d’oeuvres de la seconde partie du XXe siècle, exceptionnelle. A l’entrée de la ville, on aperçoit les chefs-d’oeuvre d’architecture conçus par l’architecte Santiago Calatrava, la série des trois ponts et la Gare TAV Mediopadana.


On est vite pris par le charme de Reggio Emilia, ville de la Renaissance italienne ayant appartenu à la famille d’Este, famille italienne protectrice du Tasse et de l’Arioste, dont un membre a construit la fameuse villa d’Este. Les couleurs chaudes ocre, rose, nous enveloppent immédiatement à notre arrivée, un café au soleil sur la Piazza Prampolini entre la cathédrale et l’hôtel de ville avant de découvrir les secrets des églises, du Duomo, de la basilique de la Vierge de la Ghiara qui possède un très beau Christ en croix du Guerchin.

La collection Maramotti est abritée dans l’usine d’origine
Retour au présent, la collection Maramotti est abritée dans l’usine d’origine construite en 1957 par les architectes Antonio Pastorini et Eugenio Salvarani, selon les règles des bâtiments industriels de l’époque avec cependant cette originalité des sols en marbre. Le bâtiment fut remanié ensuite en espace d’exposition pour recevoir les oeuvres par Andrew Hapgood (2003-2007). Reggio Emilia recèle de surprises, outre son histoire, son architecture ancienne et contemporaine est remarquable, et l’usine n’échappe pas à cette règle avec cette élégance typique de la créativité italienne.

Une collection qui ne cesse de s’enrichir
Les espaces sont immenses, les grands noms de l’histoire de l’art de cette partie du XXe siècle défilent sous nos yeux, c’est une collection qui ne cesse de s’enrichir, les descendants d’Achille Maramotti, continuent d’acquérir des oeuvres contemporaines.

La visite de la collection commence par une pièce majeure, celle de l’italien Claudio Parmiggiani, connu pour sa série des Delocazioni, des objets fantômes sur des étagères, ici le fantôme se trouve au dessus de nos têtes c’est une barque qui se déplace vers l’inconnu, le noir profond de la coque et des voiles en toile révèlent toute la tragédie de cette oeuvre hommage à l’artiste romantique allemand Caspar David Friedrich, qui s’intitule précisément Caspar David Friedrich (1989). Les bois utilisés sont ceux de la région, avec le souci de l’artiste de s’inscrire dans le territoire, et la référence aux barques traditionnelles qui circulent sur le Pô, sans les voiles remplacées par de grands panneaux monochromes noirs.

La visite s’enchaine et les noms importants, parfois moins du point de vue français mais c’est cela qui caractérise l’originalité de la collection, forment une vaste rétrospective des artistes italiens de l’après-guerre. Outre Parmiggiani, les artistes de l’Arte Povera sont très bien représentés : Alighiero Boetti, Pier Paolo Calzolari, Lucio Fontana, Mario Merz, Giuseppe Penone, Piero Manzoni, Giulio Paolini, Pino Pascali, Michelangelo Pistoletto… Le mouvement des trans-avangardistes (Enzo Cucchi, Francesco Clemente, Sandro Chia, Mimmo Paladino, Nicola de Maria…) complète cette série. Une très belle ode à Botticelli de Cesare Tacchi, La Primavera Allegra pose la question de l’esthétique et de l’immortalité d’une oeuvre. Sur le chemin, une sculpture de Henry Moore, Three Part Object, exprime la réflexion de l’artiste sur l’équilibre des masses. Un témoignage unique du collectionneur qui a choisi une à une toutes ces œuvres. Une collection dont la conception est le travail personnel d’Achille Maramotti, qui a longuement visité les galeries, rencontré les artistes, parcouru les foires et les salons, seul sans le concours d’un art advisor.
Une passion pour l’art
Cette collection est liée à la passion pour l’art d’Achille Maramotti. En 1951, son acquisition de l’un des premiers travaux du plasticien Alberto Burri marque ainsi le début de sa collection d’art. Plus de deux cents œuvres peintures, sculptures et installations datant du milieu des années 1940 à nos jours, sont choisies parmi les plus de mille pièces constituant cette collection historique et forment aujourd’hui le parcours permanent du « privé » des Maramotti, ouvert en 2007 et accessible gratuitement. La collection et son accrochage impriment ainsi toute la cohérence des choix du fondateur de la marque Max Mara. Elle est un vaste panorama de la scène artistique italienne de l’après-guerre, avec une vitalité caractérisée par le miracle économique, le mai « chaud » rampant, la crise économique et politique. Il s’agit ainsi de montrer une génération d’artistes nés dans les années 1920 à 1940 de 1960, actifs à Gênes, Florence, Milan, Rome, Turin, avec cette césure que constitue l’année 1975, année marquée par la mort tragique de l’écrivain, poète et réalisateur Pier Paolo Pasolini (1922-1975).

La scène artistique allemande
La suite de la visite découvre un autre chapitre de la collection, la scène artistique allemande. Ce passage n’est pas totalement surprenant tant les affinités entre l’Allemagne et l’Italie d’après-guerre sont nombreuses du point de vue politique : il s’agit de deux anciens pays vaincus de la Seconde guerre mondiale, amputés territorialement, farouches membres de l’Alliance atlantique et construits sur la réussite économique. C’est ce pharisaïsme des années d’après-guerre que dénoncent les artistes, l’oubli mémoriel sous la prospérité et le matérialisme. Ainsi apparaît un très beau casque de Markus Lüpertz en vis-à-vis d’une composition politique à charge de Jörg Immendorff (oeuvre vue chez Sothebys en 2021) qui représente le « 38e jour de la fête » (Auf zum 38° Parteitag – Let’s go to the 38th Party Conference) réunissant Adolf Hitler, Vladimir Lénine et Joseph Staline dans une scène de café. La référence aux totalitarismes du XXème siècle est claire, peut-être un peu trop évidente, et l’ironie doit vraisemblablement percer au-delà du propos littéral de l’oeuvre. Cette extraordinaire composition s’affiche comme « des extravagances minutieusement conçues et exécutées qui brouillent les signifiants culturels et politiques comme s’ils étaient des figurants dans un opéra punk cacophonique sans partition écrite » (Robert Storr, « A “Painter’s” Progress », dans Exh. Cat. Berlin, Neue Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin, Jörg Immendorff : Male Lago – Unsichtbarer Beitrag , octobre 2005 – janvier 2006, p. 61).

La scène américaine
La collection permanente s’achève par la scène américaine. La présence des artistes américains est le fait de Luigi Maramotti, un des trois enfants d’Achille, disparu en 2005, qui a représenté la marque à New York dans les années 1980-1990. Il a poursuivi et enrichi la collection, avec plusieurs acquisitions, toujours avec cette marque très personnelle et parfois déconcertante, qui constitue l’originalité de la collection Maramotti. Ainsi, Ellen Gallagher illustre par son travail les stéréotypes et clichés subis par les Afro-Amércains, avec un langage visuel densément saturé, marqué par des processus d’accumulation et d’effacement. Eric Fischl est également bien représenté. Artiste essentiel du New figurative expressionism, son voyeurisme étale des sujets flasques et déprimés, représentants d’une classe moyenne qui n’est plus l’avenir du capitalisme, dans l’attitude passive du déclin de l’American Way of Life (Birthday Boy – 1983). L’artiste-phare des années 1980-1990, Julian Schnabel, est présent, avec son travail peint sur du velours, « Man of Sorrow », une réinterprétation de la figure de Jésus-Christ, l’Homme des douleurs, la fameuse peinture sur bois de Dürer (1498), fréquemment reproduite et source d’inspiration et de détournement pour les artistes occidentaux. Cette oeuvre de la collection a inspiré Roméo Mivekannin, artiste invité par la Collezione Maramotti qui perpétue ainsi cette tradition artistique en sollicitant des artistes contemporains.
Roméo Mivekannin « Black Mirror »
Une nouvelle et première exposition personnelle de Roméo Mivekannin « Black Mirror » a ouvert ses portes début mars jusqu’au 27 juillet 2025.

Vingt grandes toiles peintes sur du velours noir sont accrochées dans les lieux, les sujets reprennent les codes de l’histoire de l’art occidental, reconnaissables par les regardeurs. L’artiste béninois s’approprie tous ces chefs d’oeuvre, Caravage, Ribera, la célèbre femme à barbe, vue à Paris il n’y a pas si longtemps au Petit Palais...Il y insère à chaque fois son autoportrait, une manière pour lui de s’inviter dans ce corpus et de signifier l’oubli du continent africain dans cette histoire de l’art occidental. Les peintures sans cadre, flottant dans l’espace, avec ces fonds noirs sur ce velours et le visage de l’artiste omniprésent, donnent cette impression d’apparitions fantômes à ces figures iconiques. L’artiste qui travaille et vit à Toulouse, par son travail, déconstruit, déstabilise, interroge l’image attendue par l’inconscient collectif.
Dernier conseil
Avant de partir, prendre le train, 40 mn et faire un stop à Milan à la Pinacothèque de Brera, vous ne regretterez pas le détour ! Ce musée est un des plis importants d’Italie, vous y verrez les chefs-d’oeuvre de la Renaissance Mantegna, Tintoret, Bellini, Veronese, Raphaël… la fameuse sculpture de Napoléon par Canova.


Roméo Mivekannin « Black Mirror »
Jusqu’au 27 juillet 2025
Entrée gratuite del’exposition pendant les heures d’ouverture :
Jeudi et vendredi, de 14h30 à 18h30 ; samedi et dimanche, de 10h30 à 18h30
Collezione Maramotti
Via Fratelli Cervi 66 – 42124 Reggio Emilia – Italie
Tél. : +39 0522 38248
info@collezionemaramotti.org
collezionemaramotti.org
Remerciements : Françoise Steyaert. Collezione Maramotti. Communication & Public relations
Sara Piccinini, directrice de la Collezione Maramotti
Et mon amie Laure Martin Poulet




3 commentaires
Agnès Thurnauer
👏🏼👏🏼👏🏼👏🏼
Laure Martin
La Fondation Maramotti est en effet une des pépites culturelles de l’Italie qui mérite d’être plus connue. Et il y a de la douceur dans Reggio Emilia
STEYAERT
Reggio Emilia … un lieu à découvrir et qui regorge de pépites!