Histoire de collection, Fondation Custodia

Deux hommes passionnés Frits Lugt, le fondateur et Ger Luijten, directeur de 2010 à 2022

Côté jardin

La Fondation Custodia est un joyau discrètement située dans le faubourg Saint Germain, juste à côté de l’Assemblée Nationale. Frits Lugt avait l’œil pour découvrir des trésors, autodidacte, il écrit à 15 ans une biographie de Rembrandt, dans les années 20, il s’installe en France et est chargé de répertorier les peintures hollandaises du Louvre. Créée en 1947, 121 rue de Lille, dans les hôtels Levis Mirepoix et celui de Turgot, ancien ministre des finances de Louis XVI, la fondation possède une des plus grandes collections privée d’art graphique, combien de fois lors des expositions on peut lire les provenances de la fondation Custodia, il n’y a pas si longtemps à l’Abbaye de Fontevraud, lors de l’exposition Rembrandt en eau-forte on pouvait voir cette merveille Le coquillage (Conus Marmoreus) ou la coquille, dit aussi Le Damier, 1650. (voir article précédent)

Vue de l’escalier de l’Hôtel Turgot orné des esquisses de plein air

J’ai eu la chance de pouvoir visiter ce lieu très inspirant où les chercheurs travaillent dans le cadre exceptionnel de cet hôtel Turgot devenu l’écrin de la collection de Frits Lugt. J’ai découvert l’escalier orné de toutes ces esquisses de plein air, chaque pièce avec son mobilier et ses décors révèle un peu plus l’âme de son ancien propriétaire. Le grand vaisselier et ses porcelaines asiatiques, le salon hollandais avec sa cheminée imposante tapissée de carreaux de Delft qu’on retrouve dans un tout petit panneau de l’école hollandaise par Esaias Boursse (Amsterdam 1631-1672 en mer), le motif du carrelage noir et blanc du salon hollandais, les vitraux des fenêtres s’ouvrant sur le jardin à décor de délicates et précieuses compositions de scènes de marines, sont autant d’éléments rappelant les intérieurs peints par Vermeer ou aussi par Jacobus Vrel (une des oeuvres de ce dernier appartient à la collection)…

Le grand salon


Cécile Tainturier, conservateur de la fondation, passionnée par le siècle d’or hollandais nous parle des paysages, des ciels et de cette lumière si particulière que l’on retrouve dans toutes ces peintures, dessins, gravures.

Salon hollandais Frits Lugt XVIIe siècle

Au fil des ans, la collection ne cesse de s’enrichir. Certaines acquisitions sont parfois essentielles dans l’identification d’un artiste, une signature reconnue peut permettre ainsi de révéler d’autres oeuvres du même corpus.

L’importance de cette collection unique permet au regardeur d’apprécier les ressources d’un tel ensemble. C’est vraiment un voyage que le visiteur effectue en regardant ces feuilles, les détails, parfois les prémices géniaux de ces artistes qui ont fait l’histoire de l’art. On imagine les recherches, enquêtes fastidieuses, longues, discussions entre chercheurs qui révèlent ou défont une attribution. Cela est arrivé à Frits Lutz. Ainsi la Vue de la ville d’Huy, de l’artiste malinois Hendrick Gijsmans (1544-1611/12) était autrefois connue sous le nom d’« Anonyme Fabriczy ». Collectionneur très averti, il effectuait des échanges, parfois même avec des musées, ce qui parait improbable aujourd’hui.

Vue de l’exposition

Douze années, dix mille oeuvres acquises par Ger Luijten

Puis ce fut au tour de Ger Luijten de diriger la Fondation Custodia, douze années de passion pour ce lieu et cette collection si particulière, son passage restera à jamais marqué de son empreinte au sein de la fondation. Disparu prématurément, la fondation lui rend hommage à l’occasion de cette exposition qui laisse voir son âme de collectionneur tout en restant dans la ligne et l’esprit du fondateur.

Plus de dix mille oeuvres ont été acquises en douze ans, Ger Luijten a écumé les salles des ventes, les galeries, les salons… toujours à la quête de la pépite qui pourrait s’intégrer harmonieusement dans cette collection.

« Je cherche à me mettre dans la tête de Frits Lugt pour imaginer comment il aurait réagi devant une œuvre et comment elle pourrait s’insérer dans la collection existante ». Ger Luijten

Au dessus de la cheminée : Georges Michel (Paris 1763 – 1843 Paris) . Vue de Paris depuis Meudon. Huile sur papier, contrecollé sur panneau. – 73,7 x 93 cm. Inv. 2019-S.2

La visite nous offre de voir un aperçu de ces acquisitions comme l’Autoportrait à la fenêtre de Samuel van Hoogstraten (1627-1687), une oeuvre passionnante de l’élève de Rembrandt, on soupçonne que certains traits de crayon soient des corrections de la main maître.

De gauche à droite : Simon Denis (Anvers 1755 – 1813 Naples) – Edgar Degas. (Paris 1834 – 1917 Paris) – Camille Corot (Paris 1796 – 1875 Ville-d’Avray) – Théodore Rousseau (Paris 1812 – 1867 Barbizon)

La collection de Frits Lugt possédait en grande partie des oeuvres hollandaises ou flamandes du XVIIe siècle, Ger Luijten, a lui, beaucoup investi sur le XIXe siècle et notamment des paysages de plein air, et des noms reconnus sont ainsi rentrés dans les collections : Camille Corrot, Théodore Rousseau, Edgar Degas qui était très critique à propos de la peinture de plein air mais aussi d’autres artistes européens, je repère dans l’exposition un très beau paysage de plage de Sorolla, la première oeuvre du célèbre peintre espagnol à entrer dans la collection…

Joaquín Sorolla y Bastida (Valence 1863 – 1923 Cercedilla). La Plage de Valence, vers 1901. Huile sur toile. – 22,3 x 48,4 cm. Inv. 2022-S.47

De très belles lithographies sont présentées comme celle très attirante de Johan Gudmann Rohde (1856 – 1935), d’après la peinture de l’artiste danois Vilhelm Hammershoi, refusée au salon académique de Copenhague en 1887, elle fut médaille de bronze à Paris lors de l’exposition universelle qui suivit. Rohde met l’accent sur les contrastes entre le noir et blanc, renforçant ainsi cette beauté singulière de la lithographie.

A gauche : Pieter Christoffel Wonder (Utrecht 1777 – 1852 Amsterdam). Autoportrait. Eau-forte; état unique. – 92 × 82 mm. Inv. 2014-P.24. A droite : III – Johan Gudmann Rohde (Randers 1856 – 1935 Hellerup). D’après Vilhelm Hammershoi (Copenhague 1864 – 1916 Copenhague Jeune fille cousant, Anna Hammershoi, 1893 Lithographie, imprimée sur Chine collé. – 340×327 mm. Inv. 2021-P.5

Je ne résiste pas à la tentation de vous signaler aussi ce merveilleux cabinet flamand du XVIIe siècle, à décor de ces petits panneaux peints de paysages italiens réalisés par les artistes qui avaient fait leur grand tour, il est resté dans le vestibule de l’Hôtel Turgot, car trop fragile pour être exposé.

Cabinet flamand du XVIIe siècle. Vestibule

L’exposition se poursuit, découvrant aussi les livres anciens, manuscrits et autographes rares comme cette lettre passionnée si émouvante de Géricault à Madame Trouillard, cette catégorie est très conséquente dans cette collection qui possède deux lettres manuscrites de Rembrandt sur les sept connues dans le monde. .

«Voici l’heure charmante où l’amant fortuné repose délicieusement entre les bras de sa maîtresse, que le souvenir du plaisir semble encore agiter » Géricault, lettre à Mme Trouillard 20 juin 1822

Ger Luijten s’est intéressé aussi aux artistes vivants et la fin de l’exposition est consacrée à cette période.

N’hésitez pas, une visite fortement conseillée à noter dans vos tablettes.

 Un œil passionné. Douze ans d’acquisitions de Ger Luijten 

Jusqu’au 7 juillet 2024

Fondation Custodia / Collection Frits Lugt
121 rue de Lille
75007 Paris
Tél : +33 (0)1 47 05 75 19
Fax : +33 (0)1 45 55 65 35
coll.lugt@fondationcustodia.fr

Photo : détail d’un vitrail d’une porte donnant sur le jardin

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