Vik Muniz, le photographe illusionniste

Figure incontournable de la scène artistique brésilienne, Vik Muniz (né en 1961) est curieux de tout. Son travail est nourri par sa passion de l’expérimentation et une fascination de magicien à jouer avec l’illusion. Rencontre avec cet artiste charismatique autour d’un talk animé par Danae Panchaud – directrice du Centre de la Photographie de Genève – et d’une magnifique exposition de ses oeuvres récentes à la Galerie Xippas . Célébré dans le monde entier, Vik Muniz n’en finit pas de nous surprendre et de nous enchanter.

ViK Muniz ,Seated Woman in garden, d’après Pablo Picasso, 2022 . Photo thegazeofaparisienne

Du Brésil à New-York, quand la vie s’en mêle …

Le destin offre parfois des cadeaux fabuleux. C’est le cas pour Vik Muniz. Né à Sao Paulo d’une famille modeste, ses premiers contacts avec l’art se font par le biais de photos dans des livres empruntés à son école. Déjà, il aime le dessin et griffonne sur ses cahiers, puis commence une pratique de sculpteur vers 20 ans.

Un soir de 1983, il reçoit une balle perdue dans la jambe. Un mal pour un bien, il se voit offrir une importante somme d’argent en dédommagement et décide, grâce à elle, d’aller à New -York. Il est immédiatement captivé par l’énergie, le rythme, la démesure de NY. « Ça a été la chance de ma vie« , commente-t-il, « pour moi, NY est le centre du monde. Je devais y rester un week-end… et le week-end a duré jusqu’à aujourd’hui, 40 ans ! » Dans la grande métropole américaine, il fréquente des milieux d’artistes et vit enfin l’expérience de la rencontre « physique » avec les chefs-d’oeuvre des grands musées new-yorkais. C’est, pour lui, une intense révélation. À la fin des années 80, il dessine une série d’images du livre « Best of life » et les photographie. Moment décisif, qui sonne le début de sa carrière d’artiste photographe et de ses premiers succès.

Vik Muniz, Extase de Sainte -Thérèse, d’après Bernini, image en chocolat, 2015 , photo thegazeofaparisienne

L’art du trompe l’oeil en chocolat, confettis, poussière, sucre et caviar…

 » l’Art est ce qui connecte l’imaginaire qui est dans notre tête avec la réalité du monde physique. » Vik Muniz

Vik Muniz maitrise à la perfection l’art du trompe l’oeil. Ses photographies jouent avec notre mémoire visuelle, revisitant avec virtuosité l’iconographie de la culture populaire ou celles des chefs-d’oeuvre historiques.

Au début de son processus de création, l’artiste brésilien a déjà en tête l’image précise qu’il veut produire. Il la construit physiquement (dessin, collages, sculptures etc..), expérimentant toutes sortes de matériaux incongrus, qui ajoutent un sens nouveau au sujet. La prise de vue photographique n’intervient qu’à la fin pour immortaliser ces images. De la Médusa Marinara (1997) en spaghetti et sauce tomate, à la Marilyn en éclats de diamant, de sa célèbre série en chocolat initiée en 1997 à la ré-interprétation des grands maitres de la peinture… ses inspirations et sa créativité sont sans limites!

La galerie Xippas de Genève expose Surfaces, la toute dernière série de Vik Muniz

Une beauté! Cette dernière série rend un remarquable hommage aux chefs-d’oeuvre du cubisme. À partir d’impressions d’archive, de photos, de découpes et de collages, Vik Muniz recompose les célèbres images en superposant des couches, intensifiant contrastes et ruptures, marquant les reliefs. Les angles et les formes déstructurées des originaux apparaissent amplifiés. Au plaisir de retrouver ces icônes qui nous sont chères, s’ajoute celui de les découvrir sous un jour nouveau. Cette ré-interprétation par des images en couches valorise autant la matérialité physique, la texture, l’épaisseur de l’oeuvre que le motif pictural lui-même.

Vik Muniz, Woman with Phlox , after Albert Gleizes, 2022. Exposition galerie Xippas Genève .
Photo thegazeofaparisienne

Albert Gleizes, Woman with Phlox , 1910.

Chaque pièce de la série est captivante même si j’ai un coup de coeur immédiat pour Breakfast d’après Juan Gris et la puissante revisite de Woman with Phlox d’Albert Gleizes.

À découvrir absolument à la galerie Xippas de Genève jusqu’au 29 octobre

Pierre Geneston, Directeur de la galerie Xippas Genève, en plein accrochage de Vik Muniz . Photo Thegazeofaparisienne

L’engagement social au Brésil

En 2010, Vik Muniz monte un vaste projet collaboratif au coeur de « Jardim Gramacho« , la plus vaste décharge d’ordures au monde, près de Rio. Durant trois ans, avec les trieurs de déchets –los catadores – , il crée des fresques monumentales faites d’ordures et de portraits, qu’il immortalise ensuite en les photographiant. Le documentaire Waste land réalisé par Lucy Walker médiatise ce projet ; il est primé au Sundance festival en 2010 et nominé aux Oscar du meilleur film documentaire en 2011. ViK Muniz est bien un magicien: il transforme les détritus en or. C’est une coquette somme de 250.000 dollars qui a été récoltée par la vente de ses photographies Pictures of Junks au profit des habitants de la décharge.

Vik Muniz, Marat (Sebastiao) d’après David, Série Pictures of Junks, 2010

Depuis plus de 15 ans, l’artiste vient aussi en aide aux enfants défavorisés de Salvador et de Rio; il y a créé notamment le Centro Espacial VM, une école d’art accueillant chaque année plus de 400 étudiants venus des bidonvilles, ainsi qu’une école pour le petits enfants dans la favela de Vidigal, offrant des ateliers de musique et d’art visuel.

So Lucky !! Avec Vik Muniz tellement talentueux et charmant!

Vic Muniz est un des artistes les plus inventifs et talentueux de notre époque. Il nous emmène dans un monde fascinant où le beau est fait de chocolat, de spaghettis ou de déchets, un grain de riz sculpté devient un château monumental, l’illusionniste joue avec nos perceptions, le réel n’est pas toujours ce que l’on croit.

Caroline d’Esneval

Information :

Vik Muniz , Galerie Xippas Genève jusqu’au 29 Octobre 2022,
26 rue des Sablon 1205 Genève

geneva@xippas.com

Galerie Xippas

  

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