Jean Dubuffet (1901-1985) et Jean-François Jaeger (1923-2021)

Vue d'exposition Jean Dubuffet, Le Cours des choses, Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris, Marais, 2022 © Hervé Abbadie, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne
Vue d’exposition Jean Dubuffet, Le Cours des choses, Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris, Marais, 2022 © Hervé Abbadie, Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne

Un soir à Paris dans le Marais, j’avais prévu d’assister à une conversation autour du livre de l’historien de l’art Bernardo Pinto de Almeida Art et Infinitude – Le contemporain entre l’arkhé et le technologique, entre l’auteur et le philosophe et maître de conférences Emanuele Coccia dans le cadre de la saison France Portugal. Cette soirée avait lieu au milieu des oeuvres de Jean Dubuffet, exposées dans la galerie Jeanne Bucher Jaeger.

Cette galerie est particulière et fait partie des ces grandes galeries qui ont fait l’histoire de l’art depuis près d’un siècle. Fondée par Jeanne Bucher (1873-1946) en 1925, elle sera reprise à sa mort par son petit neveu de 23 ans Jean-François Jaeger et depuis, que de rencontres, liens avec les artistes majeurs, Vieira da Silva, Árpád Szenes, Nicolas de Staël, Hans Reichel, Bissière, Mark Tobey, Asger Jorn, Louis Nallard, Fermin Aguayo, Wilfrid Moser et bien sûr Jean Dubuffet à qui la galerie rend hommage avec cette exposition Le Cours des choses qui lui est consacrée depuis le mois de septembre jusqu’au 17 décembre de cette année.

Une exposition sous la forme d’un double hommage à l’artiste et à Jean-François Jaeger disparu en décembre 2021 et avec qui il a eu cette relation si étroite et créatrice.

Légèreté et apesanteur

Visite de l’exposition Le Cours des choses avec Véronique Jaeger

Entre Jean Dubuffet et la galerie Jeanne Bucher Jaeger une histoire de toujours

Une rencontre prédestinée en effet, Jean Dubuffet avait écrit sur le livre d’or de la galerie de Jeanne Bucher Jaeger.

« Nous finirons bien par nous rencontrer quelque part un jour ou l’autre ».

Jean Dubuffet

Ce ne fut que plus tard quand Daniel Cordier qui avait découvert l’artiste a mis fin à sa galerie que cette rencontre fut faite avec Jean-François Jaeger, et depuis cette année de 1964 il y eut de nombreuses expositions à la galerie, dix-sept au total, la première présentant l’Hourloupe (pouvant évoquer Le Horla de Maupassant et le loup des contes de Perrault). Ce cycle, le plus long (1962-1974) débute par des dessins au crayon bille bleu ou rouge griffonnés par l’artiste lorsqu’il était au téléphone, puis il développera ce thème sur les peintures, sculptures légères en apesanteur en résine recouverte de polystyrène.

Une relation d’amitié s’était établie entre les deux hommes, dans cette exposition est montré l’unique cadeau de l’artiste à son galériste cet Autoportrait V. En voyant ce tableau Jean-François Jaeger avait annoncé à l’artiste :

Je ne peux tout de même pas me payer votre tête

Jean-François Jaeger

Une visite de l’exposition avec Véronique Jaeger qui, depuis 2004 est l’actuelle Présidente de la galerie, est très émouvante, entrecoupée d’histoires et d’anecdotes sur le peintre, explications sur ses oeuvres. Ce panorama de l’oeuvre de Jean Dubuffet montre un artiste qui se renouvelle sans cesse. De l’Homme menhir en 1950 aux dernières oeuvres des années 80, une exposition conçue selon les mots de la commissaire comme une biographie au pas de course.

Et ainsi au fil des années, l’aventure Dubuffet est devenue une histoire de famille, Frédéric Jaeger est l’actuel Président des Amis de la Fondation Dubuffet, cette fondation est elle-même présidée par l’avocat François Gibault.

Dans cette exposition plusieurs prêts importants ont été accordés venant de Pompidou ou encore de la fondation Dubuffet…

Art et Infinitude – Le contemporain entre l’arkhé et le technologique

Parallèlement à cette visite, j’ai suivi l’intervention de Bernardo Pinto de Almeida et de Emanuele Coccia. Sujet brillamment abordé où l’on comprend que sous l’Antiquité des activités comme la peinture, la culture font partie des arts mécaniques et sont du ressort des esclaves et non des hommes libres qui s’adonnent à l’astronomie par exemple. La culture occidentale s’est construite sur cette distinction philosophique entre les arts libéraux, les sciences fondamentales et les arts du langage, et les arts mécaniques, relevant du travail manuel.

Emanuele Coccia
Bernardo Pinto de Almeida et Emanuele Coccia. A gauche : Jean Dubuffet Le Deviseur II, 9 mars 1969 – mai 1970 Époxy peint au polyuréthane 114 × 85 × 85 cm Fascicule XXIV, p. 133, ill. 133 – Collection Fondation Dubuffet.

L’art pour être libre

A la Renaissance, les arts mécaniques c’est à dire, la peinture, la sculpture, le dessin, l’architecture puis bien plus tard la photo puis le cinéma, revendiqués par ce qu’on appellera plus tard les artistes sont des technologies à partir desquelles on peut produire de la liberté. L’enjeu pour les artistes de cette génération était de montrer que faire de la peinture, faire de la sculpture c’est-à dire des activités qui nécessitent la manipulation de la matière étaient des activités nobles afin de se libérer soi-même. On appelle les arts, les arts car on a parié que ce corps à corps avec la matière permettait de libérer les esprits, les artistes et aussi les républiques.

Encore quelques jours pour découvrir cette exposition qui a été prolongée jusqu’au 17 décembre et peut-être quelques jours de vacances pour se plonger dans le livre de Bernardo Pinto de Almeida.

Bernardo Pinto de Almeida.

Art et Infinitude – Le contemporain entre l’arkhé et le technologique

Editions Mimésis. Art. Esthétique. Philosophie.

INFORMATIONS :

Jean Dubuffet, le cours des choses

Jusqu’au 17 décembre

Galerie Jeanne Bucher Jaeger

Espace Marais – 5 rue de Saintonge – 75 003 Paris
T +33 1 42 72 60 42
info@jeannebucherjaeger.com

horaires d’ouverture du mardi au vendredi
de 10 h à 19 h
Le samedi de 11 h à 19 h

Catalogue de l’exposition Jean Dubuffet, le cours des choses. Galerie Jeanne Bucher Jaeger. Couverture : Autoportrait V, M 226, 1er décembre 1966. Marker sur papier, 26 x 17,5 cm. « à J.-F. Jaeger » en haut à gauche.

Un commentaire

  • Martin

    Merci, chère Florence, pour ce bel article, qui me refera prendre le chemin de la galerie Jeanne Bucher dés demain pour ne pas rater cette exposition.

    Laure

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