Le Danemark tisse l’avenir avec les manufactures françaises

The Gaze of PASCALE CAYLA

Alexander Tovborg (1983).  Dieu, Reine, Patrie 2020-2025. Envers de la tapisserie. Tapisserie de haute-lice. Manufacture nationale des Gobelins. 75 couleurs. Matériaux : Laine et lin. Dimensions : 3 x 6 m. Licier/licière(s) : Marguerite Aniotz, Armelle Reymond, Fanny Lacugne, Joséphine Conilleau, Alexane Jouves, Anaïs Neige, Mélanie Cros (préparation de la pièce)

Un château millénaire, des tapisseries monumentales, des artistes visionnaires :

« Tapisseries Royales » au Grand Palais, devient le théâtre d’un échange inédit entre patrimoine français et création nordique. Le Palais de Koldinghus, pour ses 750 ans, commande seize nouvelles tapisseries imaginées par quatre artistes danois contemporains – Kirsten Ropstorff, Alexander Torgborg, Tal Herr et Björn Nørgaard – et réalisées dans les ateliers des Gobelins, de Beauvais et d’Aubusson. Un projet d’envergure soutenu par la Fondation Carlsberg, où l’art contemporain dialogue avec la tradition textile française.

Alexander Tovborg (1983) Au premier plan

Les artistes n’ont pas ménagé leurs imaginaires. Tal Herr frappe fort avec trois tapisseries verticales, rouges et radicales, où un cheval saute dans le vide et l’homme chute. La ruine est partout, presque prophétique. En contraste, Alexander Torgborg apaise le regard : cercles, lunes, eau et teintes bleutées nous entraînent dans une rêverie flottante, inspirée de la ville de Kolding. Björn Nørgaard, lui, brouille les époques : dinosaures, robots, femmes et enfants, apocalypse ou renaissance ? Son style emprunte au street-art et trace un récit chaotique et vibrant, tandis que Kirstine Roepstorff nous propose une création évanescente entre poussière et rêve.

Le mariage du roi, 9 juin 1660. Manufacture des Gobelins d’après Charles Le Brun, 1665-1673. Tapisserie de haute-lisse, laine et soie, fils d’or. 5,08 x 6,80m. Mobilier national, Paris. Classée au titre des monuments historiques le 28 octobre 1905.

Et puis, au fond de la salle, un plongeon somptueux dans l’histoire qui donne tout son poids à la création actuelle : de majestueuses tapisseries du XVIIe siècle, racontant les heures fastes du Roi Soleil. Elles aussi, autrefois, avaient été commandées pour Koldinghus. L’histoire se referme comme une boucle. Et dans cette boucle, un fil tendu entre passé, présent et ce que nous oserons encore imaginer demain.

Au-delà des œuvres finies, le parcours révèle l’envers du décor. Cartons grandeur nature, esquisses, dos des tapisseries… On entre dans le processus, dans la lenteur du geste. On sent la main derrière la matière. Un moment suspendu.

À l’étage, le ton change : l’espace devient interactif. On touche, on teste, on choisit. Des écheveaux de laine à manipuler, des mini métiers à tisser à essayer, des pompons et des pigments par dizaines. Un coin ludique, presque joyeusement enfantin, qui rappelle que l’art, parfois, se fabrique aussi avec curiosité et plaisir.

Tal R (1967) – Cascade rose, 2019. Trois cartons de tapisserie (entre fenêtres). Gouaches sur papier, 3 x 1m. A droite détail de l’envers avec le bolduc de la tapisserie Tal R. Homme tombant de cheval. Manufacture de Beauvais. commande pour la fondation Carlsberg. 3 x 6 m

Une exposition immersive où chaque fil raconte une époque.

Tapisseries royales 

Jusqu’au 17 août 2025

Grand Palais – Galerie 7

Exposition coproduite par le GrandPalaisRmn, la Royal Danish Collection et Les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national

Entrée Square Jean Perrin

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