Le Danemark tisse l’avenir avec les manufactures françaises
The Gaze of PASCALE CAYLA


Un château millénaire, des tapisseries monumentales, des artistes visionnaires :
« Tapisseries Royales » au Grand Palais, devient le théâtre d’un échange inédit entre patrimoine français et création nordique. Le Palais de Koldinghus, pour ses 750 ans, commande seize nouvelles tapisseries imaginées par quatre artistes danois contemporains – Kirsten Ropstorff, Alexander Torgborg, Tal Herr et Björn Nørgaard – et réalisées dans les ateliers des Gobelins, de Beauvais et d’Aubusson. Un projet d’envergure soutenu par la Fondation Carlsberg, où l’art contemporain dialogue avec la tradition textile française.

Les artistes n’ont pas ménagé leurs imaginaires. Tal Herr frappe fort avec trois tapisseries verticales, rouges et radicales, où un cheval saute dans le vide et l’homme chute. La ruine est partout, presque prophétique. En contraste, Alexander Torgborg apaise le regard : cercles, lunes, eau et teintes bleutées nous entraînent dans une rêverie flottante, inspirée de la ville de Kolding. Björn Nørgaard, lui, brouille les époques : dinosaures, robots, femmes et enfants, apocalypse ou renaissance ? Son style emprunte au street-art et trace un récit chaotique et vibrant, tandis que Kirstine Roepstorff nous propose une création évanescente entre poussière et rêve.

Et puis, au fond de la salle, un plongeon somptueux dans l’histoire qui donne tout son poids à la création actuelle : de majestueuses tapisseries du XVIIe siècle, racontant les heures fastes du Roi Soleil. Elles aussi, autrefois, avaient été commandées pour Koldinghus. L’histoire se referme comme une boucle. Et dans cette boucle, un fil tendu entre passé, présent et ce que nous oserons encore imaginer demain.
Au-delà des œuvres finies, le parcours révèle l’envers du décor. Cartons grandeur nature, esquisses, dos des tapisseries… On entre dans le processus, dans la lenteur du geste. On sent la main derrière la matière. Un moment suspendu.
À l’étage, le ton change : l’espace devient interactif. On touche, on teste, on choisit. Des écheveaux de laine à manipuler, des mini métiers à tisser à essayer, des pompons et des pigments par dizaines. Un coin ludique, presque joyeusement enfantin, qui rappelle que l’art, parfois, se fabrique aussi avec curiosité et plaisir.

Une exposition immersive où chaque fil raconte une époque.
Tapisseries royales
Jusqu’au 17 août 2025
Grand Palais – Galerie 7
Exposition coproduite par le GrandPalaisRmn, la Royal Danish Collection et Les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national
Entrée Square Jean Perrin



