Arles 2026, les Rencontres de la photographie

Arles. Les Rencontres de la photographie. 57e édition . 2026

Cette année, j’ai choisi de faire en première partie de mon article un focus sur Edward Steichen ( Luxembourg 1879- 1973 États-Unis). Dans le cadre des Rencontres de la photographie en Arles, deux expositions La nature d’Edward Steichen et Lisa Oppenheim – Monsieur Steichen  sont présentées à la Mécanique Générale, Luma. Elles sont produites par Lët’z Arles qui fête ses 10 ans d’existence, la première est en collaboration avec le MNAHA (musée national d’archéologie, d’histoire et d’art du Grand-Duché du Luxembourg). Elles sont toutes les deux un hommage à Edward Steichen et mettent en exergue son rôle non seulement dans la photographie mais aussi dans l’horticulture, elles furent pour lui deux disciplines artistiques qu’il considérait à parts égales. En deuxième partie, je vous propose une sélection des expositions de cette 57e édition à voir.

Vue d’exposition La nature d’Edward Steichen © Armand Quetsch / CNA

Il s’appelait Eduard et est devenu Edward le jour de ses 21 ans en devenant citoyen des États-Unis où sa famille s’était installée lorsqu’il avait 18 mois. 

Une longue vie d’artiste, photographe mais pas seulement, Steichen a exploré tous les champs possibles qui pouvaient attiser sa curiosité, et on a tendance à oublier, outre son talent de photographe, sa passion d’une intensité égale pour le jardin. Steichen a eu une carrière de peintre, commissaire d’exposition, scénographe, horticulteur…

Mécanique Générale. Luma. Vue des deux expositions. Entrée.

En 1922, il prend cette décision radicale d’abandonner la peinture et détruit toutes ses toiles sauf ce petit paysage exposé en début d’exposition, il se consacre, alors, exclusivement à la photographie. 

C’est à 16 ans qu’il débute la photographie avec une caméra Kodak Box, il expose très rapidement au salon de Philadelphie. Il rencontre ensuite Alfred Stieglitz et ouvriront ensemble à New-York une galerie d’art « 291 » qui fut pionnière dans l’acclimation de l’art moderne européen aux Etats-Unis.

Pictorialisme des débuts, mode , guerre, architecture, New-York, nature, famille … Steichen couvre des sujets d’une grande diversité.  

Vue de l’exposition Steichen avec Florence Reckinger Taddeï et l’arrière-petite-fille de Steichen : Ariana Stahmer

Il restera fidèle à ce conseil d’Auguste Rodin de rester au plus proche de la nature. Cette photographie inoubliable de la sculpture de Balzac dans sa robe de chambre, auteur de La Comédie  humaine par le célèbre sculpteur, sculpture qui fait alors scandale par sa radicalité, refusée en 1898 par la Société des gens de lettres et qui ne sera exposée qu’en 1939, est un témoignage de cette amitié qui liait les deux hommes et de l’admiration du jeune Steichen pour Rodin.  Il est l’artiste généreux ouvert au monde qui s’intéresse aux jeunes, ainsi il rencontre Lucien Clergue, fait l’acquisition de ses photos pour le MoMA en 1961. 

Ce même Lucien Clergue qui sera un des initiateurs des Rencontres d’Arles et ainsi c’est un juste retour des choses de célébrer l’artiste dans la ville arlésienne.

Edward Steichen a souvent « cultivé le paysage avant de le traduire en peinture ou en photographie » – observation d’un spécialiste Ronald J. Gedrim, « Edward J. Steichen’s Natural World: The Flower, the Paint and the Photograph » 

Le jardin est une véritable source d’inspiration et vitale pour Steichen : dès 1909 il pratique l’hybridation des fleurs. Cette passion pour les fleurs et en particulier pour les delphiniums, le conduit à en cultiver jusqu’à 100 000 dans sa maison du Connecticut, puis suivront aussi les tournesols qu’il étudie en photographiant la plante de la graine à sa disparition. Dans un essai * il en parle comme une vraie pratique artistique  et consacre une exposition  « très inhabituelle » à ses delphiniums au MoMA en 1936 : « Edward Steichen’s Delphiniums »

Publications et communiqué de presse de l’exposition Edward Steichen’s Delphiniums

« Pour éviter tout malentendu, il convient de noter que ce sont de véritables delphiniums qui seront exposés, et non leur représentation picturale ou photographique. Il s’agira d’une « présentation personnelle » des fleurs elles-mêmes*.» (…) « des variétés originales, produites de manière aussi créative que ses photographies » – extraits du communiqué de presse. 

* Edward Steichen, « My Half-Century of Delphinium Breeding », The Delphinium Society Year Book 1959, New York

Steichen est toujours dans une quête absolue de la beauté incarnée par l’horticulture et l’hybridation de ses delphiniums représentant pour lui de véritables œuvres d’art.  En France à la même époque, le banquier Albert Kahn mécène d’Auguste Rodin crée lui aussi une œuvre, son jardin à Boulogne Billancourt et le fait photographier, de manière intensive (collection d’autochromes unique au monde). 

En 1947, Steichen est nommé à la tête du département de la photographie du musée d’art moderne de New-York, qui est ainsi le premier musée à consacrer un département au 8e art . Il va concevoir en 1955 une exposition d’envergure exceptionnelle qui restera ancrée dans l’histoire de la photographie The Family of Man : 503 photographes de 68 pays y participent, 9 millions de visiteurs !  Cette exposition est visible dans son intégralité depuis 1994 au château de Clervaux. Elle constitue l’acmé de la photographie humaniste, a été critiquée par ses sous-entendus politiques, dans un contexte de rivalité idéologique entre les Etats-Unis et l’URSS, en particulier son approche visant à insister sur l’unité de la communauté humaine et son message de fraternité, aux dépens des clivages économiques, sociaux ou culturels. Ce message humaniste explique que l’exposition n’a pas été montrée ni en URSS ni en Europe de l’Est ainsi qu’à Paris.

Vue de l’exposition Lise Oppenheim – Monsieur Steichen.

En 1910, le botaniste Fernand Denis crée une variété d’iris et porte le nom « Monsieur Steichen », l’artiste Lisa Oppenheim (née en 1975 à New York) s’empare dans cette exposition du sujet et s’en inspire. Après être allée au Luxembourg et aux Etats-Unis sur les traces de Steichen, elle réfléchit à la possibilité de transformer des images en utilisant plusieurs médiums, photographie, textile, sculpture. En utilisant le prétexte de la composition florale, elle crée un portrait subjectif de Steichen réanimant cet iris disparu tout en mêlant dye transfer et IA. Elle revisite également une série de motifs textiles de Steichen (1926-1927) et développe huit tissus avec la créatrice de mode Zoe Latta.

« Je compte faire avec son œuvre ce qu’il a fait tout au long de sa vie : assimiler et recomposer un large éventail de pratiques et d’idées » – Lisa Oppenheim

Evidemment Steichen s’intéresse à toutes les nouvelles techniques de la photographie, la couleur avec les autochromes, le dye transfer dès les années 30, cette dernière technique qui n’existe plus aujourd’hui, est utilisée de façon magistrale dans les années 70 par William Eggleston entre autres. Steichen est fasciné par le pouvoir de la lumière sur l’image. 

Il observe le temps qui passe en photographiant et filmant un arbre, son amélanchier pendant une dizaine d’années, projet Shadblow Tree.  Pour cette série, il utilise la technique d’impression couleurs à développement chromogène. Une campagne d’affichage représente une de ses photographies de cet arbre avec ce slogan « Save our planet » Steichen complète avec cette phrase « Save our wilderness »

Edward Steichen. Années 1950 | 1950s. L’amélanchier. Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis. Tirage moderne. impression jet d’encre. Collection du MNAHA, Luxembourg. 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York – 1971 Photographie d’Edward Steichen, An Olivetti Project [Le projet d’Olivetti Affiche « Sauvez notre planète sauvez notre nature sauvage». Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis. Lët’z Arles

Un artiste qui jusqu’à la fin de sa vie est capable de se remettre en cause . Même si il est devenu citoyen des États-Unis, Steichen a toujours conservé un lien proche de son pays natal, le Luxembourg et tout au long de sa vie il y fait des séjours. 

Au Luxembourg, un jardin de delphiniums a été planté en hommage à à l’artiste. 

La nature d’Edward Steichen

Commissaire : Ruud Priem en collaboration avec Krystyna Dul

Exposition coproduite par
Lët’z Arles et le Musée national d’archéologie, d’histoire et d’art (MNAHA, Luxembourg), avec
le soutien du Centre national de l’audiovisuel (Luxembourg) et la collaboration de l’Estate
of Edward Steichen.

Publications : Edward Steichen. La Nature en scène, Atelier EXB coédité avec Lët’z Arles, 2026 ;
Edward Steichen, Photo Poche, Actes Sud, 2026.

Biographie : « A life of photography » 1963

Lisa Oppenheim. Monsieur Steichen.

Commissaire : Bettina Steinbrügge. Exposition coproduite par Lët’z Arles, Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean et les Rencontres d’Arles.

Espace Van Gogh. Martine Barrat. Soul of the City [L’âme de la ville] – Chapelle Sainte-Anne. Ming Smith – Lueur nomade

Les deux artistes, bien que de parcours différents, convergent étrangement dans leurs sujets (New York, la communauté afro-américaine), leurs regards, les mêmes références au jazz, l’humanité de leur travail et l’usage du noir et banc, pour meiux souligner l’acuité des contrastes.

Remarquables portraits vivants de la ville de New-York et aussi les photographies de son passage dans le quartier de la Goutte d’or à Paris. Martine Barrat a commencé par une carrière de danseuse, qui s’est arrêtée suite un accident. Elle rencontre les gangs new-yorkais, organise un studio jazz et vidéo pour les enfants du Lower East Side et de Harlem. Suite au vol de sa caméra, le président d’un gang, celui des Roman Kings lui offre son premier appareil photo. Dans ses photographies on sent ce côté gestuel, les modèles sont dans le mouvement, la danse, la vie. Hip-hop avec le boxeur « Kid Chocolate », son amie Love qui « prend la pose ». Mode aussi et là elle profite pour emmener dans une limousine affrétée pour le projet, des enfants qui n’ont jamais vu la mer, elle les enveloppe de ce grand manteau et cela donne « S’habiller chic » pour Max Mara, New York… Début des années 80, elle découvre le quartier de la Goutte d’or à Paris et là aussi, elle nous emmène avec ses images tendres laissant entrevoir les liens d’entraide unissant les gens dans ce quartier qui lui rappelle New-York.

Ming Smith se voit consacrer une exposition (chapelle Sainte-Anne) la première du grenre pour une femme artiste afro-américiane, encore peu connue en Europe en dépit de ses photos de la scène afro-américaine (comme Alvin Ailey, Grace Jones, Nina SImonne) et de son entrée dans les collections du MoMA. Née à Detroit en 1950, Ming Smith est surtout connue pour ses portraits de figures majeures de la culture noire, parmi lesquelles Alvin Ailey, Nina Simone et James Baldwin. Avec ses créations en noir et blanc, Ming Smith intervient à la main sur ses tirages, qu’elle imprègne de flous, de nuées vaporeuses, de temblements, qui évoquent plus l’empreinte du souvenir que la réalité.

Martine Barrat. Mon amie Love prenant la pose à travers la fenêtre du Number Hall, Harlem, 1985. Tirages argentiques d’époque.

Cloître de l’abbaye de Montmajour

Abbaye de Montmajour. Anne-Lise Broyer – Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait?

J’avais vu son travail lors de ce dialogue avec Frank Horvat dans le studio de ce dernier exposition organisée par Fiammetta Horvat qui poursuit avec passion le travail de valorisation du fonds patrimoine photographique de son père. Cette exposition est le récit photographique de ces voyages en Méditerranée, qui confronte à la fois passé et présent avec notamment ces visages de marbre ou de chair. Un travail délicat noir et blanc associé à des pages de poésie qui l’ont inspirée et épinglées aux côtés de ses photographies. Une sorte de voyage onirique où l’Antiquité et le Présent se mêlent dans un dialogue contemporain, qui montre la permanence des civilisations, leur héritage encore présent et l’unité des peuples de la méditerranée, qui réunit mais peut aussi fracturer. Ce travail se poursuit encore aujourd’hui comme une quête inachevée nourrie par l’actualité et les instants présents.

Abbaye de Montmajour. Anne-Lise Broyer – Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait?

Abbaye de Montmajour. Le réfectoire. Ayana Jackson. La bonne nouvelle n’est pas annoncée au sommet des montagnes mais dans les clairières.

Ayana Jackson (née en 1977 dans le New Jersey) revisite les figures héroïques mais oubliées de femmes noires ayant participé à l’histoire épique de l’Ouest américain ou de la révolution mexicaine, tant l’histoire de ces deux pays-continents est liée. C’est l’Amérique dans ses racines noires, amérindiennes ou mexicaines qui est longuement mise en scène dans une série d’auto-portraits qui détournent les codes de la grande peinture mondaine du 19e siècle, dans un esprit très « pompier » : c’est du Pollice Verso de Jean-Léon Gérôme (1824-1904) au Far West.

Vue de l’exposition dans le réfectoire de l’Abbaye de Montmajour. Ayana Jackson. La bonne nouvelle n’est pas annoncée au sommet des montagnes mais dans les clairières.

Chapelle du Museon Arlaten. William Klein. This Way to Heaven [Par ici le paradis].

Plongez dans le kaléidoscope de l’exposition, à découvrir en parallèle de celle de la MEP de Paris consacrée aux films de William Klein (1928-2022). This Way to Heaven est le titre tout trouvé pour caractériser l’ironie et la critique mordante d’un artiste inclassable, sur l’American Way of Life aux dimensions de l’empire américain. La photographie, le cinéma, le dessin et la peinture, leurs codes sont mis à contribution, détournés, déformés comme dans une gigantesque anamorphose, pour mieux se moquer des mass media et la société occidentale. « Mr Freedom » garde toute sa capacité corrosive a fortiori dans l’Amérique MAGA de Donald Trump, revival sans second degré de l’hyperpuissance américaine.

Chapelle du Museon Arlaten. William Klein. This Way to Heaven [Par ici le paradis]

Espace Van Gogh. Clément Cogitore. Memory Palace.

Film de 45mn. A partir d’un récit fictif ponctué de références et citations (Borges, Bashevis Singer, Krasznahorkai, García Márquez), écrit par l’artiste et des images piochées dans ses archives, 400 heures d’enregistrement et de citations (Borges, Bashevis Singer, Krasznahorkai, García Márquez). Cette création, qui fait également appel à l’IA pour mieux flouter les frontières entre réalité et virtualité, suggérant une « inquiétante étrangeté », est également en miroir de la création de La Flûte enchantée de Mozart pour l’édition 2026 du Festival international d’art lyrique d’Aix- en-Provence. Le propos est loin d’être rassurant : discours mémoriel et esthétique sur les « Trente glorieuses » partant d’une Europe en ruines à l’issue de la seconde guerre mondiale, Clément Cogitore explore une modernité à bout se souffle, dans un mode dystopique où la civilisation des baby boomers témoigne de ce qu’elle transmet par ses archives familiales. L’exposition Clément Cogitore : Ferdinandea, l’ile éphémère est également présentée au Mucem à Marseille jusqu’au 20 septembre 2026.

Fondation Lee Ufan. Park Chan-wook – Par un matin calme.

Fondation Lee Ufan – exposition Park Chan-wook

Très belles photographies du réalisateur coréen Park Chan-wook (né en 1936) très connu pour son film « Old boy », montrées pour la première fois en Europe. Des images qui racontent la Corée ses paysages, les portraits, sa poésie, ses contradictions, à rebours de l’expression carte postale du pays du « matin calme » dans une exposition orchestrée par Valérie Duponchelle, qui a travaillé en étroite collaboration avec le réalisateur sur la sélection des photos. Ce qui démontre la continuité entre le travail de réalisation cinématographique et la création photographique. Voilà une belle exposition qui brouille les frontières. Park Chan-wook, au contraire du titre de l’exposition pourrait lui aussi être dans le rôle de « l’homme pressé » joué par Alain Delon, sans cesse dans l’action, il observe et capte cette fois-ci avec son appareil photo et non la caméra le détail parfois insolite comme les « fantômes » parasols, Bibendum Michelin, le contraste noir et blanc, un regard aiguisé que découvre le visiteur.

Commissariat Valérie Duponchelle

Vue de l’exposition, fondation Lee Ufan. Park Chan-wook par un matin calme. Valérie Duponchelle, commissaire de l’exposition.

La Mécanique Générale. Luma. Stan Douglas. Bodies Never Lie.

Pas de rencontres photographique sans l’exposition de la Fondation Luma cette année consacrée à l’artiste afro-canadien Stan Douglas (né en 1960 à Vancouver). La Fondation Luma a le talent de faire découvrir un artiste et un nouveau regard, souvent consacré sur le plan international, mais pas nécessairement connu par les amateurs de l’Hexagone. Ce n’est pas le moindre des mérites d’une Fondation profondément ancrée dans son territoire mais très ouverte sur l’international. Stan Douglas travaille la photographie, la vidéo et les installations en interrogeant les archives et les récits historiques. Il recrée ainsi des évènements contemporains ou historiques (des manifestations, un site patrimonial, des scènes de rue), par une mise en scène et une post-production très poussée. La série consacrée à Penn Station, l’ancienne gare centrale de New York, est ainsi emblématique de son travail où l’artiste fait rejouer la salle des pas perdus de cette gare centrale, détruite en 1963, avec Penn Station’s Half Century (2020), à différents moments-clés de l’histoire de la gare, en particulier en 1942, avec une dernière photographie intitulée « 20 June 1944 » juste après le débarquement de Normandie.

Commissaires : Tom Eccles, Flora Katz, assistés de Colette Angeli.

Stan Douglas. L’ennemi de toute l’humanité : neuf scènes de Polly de John Gay, 2024

Le même travail se découvre avec Polly (2024) qui s’inspire directement de l’opéra éponyme du XVIIIe siècle écrit par John Gay en 1729, suite du célèbre « Beggar’s Opera » (1728). Stan Douglas transpose l’intrigue originale sur une île fictive des Caraïbes en réinterprétant la fiction par des mises en scènes alternatives, qui déconstruisent les visions liées à la race, au genre et aux structures de pouvoir.

Musée Réattu

Musée Réattu. Christian Lacroix collectionneur de photographies.

En profiter pour voir l’exposition qui est consacrée sur place à ses dessins – Christian Lacroix – Dessins, gribouillages et graffitis où le créateur déploie un talent de dessinateur dès le plus jeune âge. Sa collection photographique est également exposée dans une vision complète de son fonds, très souvent en rupture avec l’image arlésienne, colorée et méditerranéenne de ses créations : c’est en quelque sorte la part d’ombre du collectionneur qui est visible.

Commissaires : Christian Lacroix, Andy Neyrotti.

Musée Réattu. A droite : Erwin WURM (Bruck an der Mur, 1954). Christian Lacroix, série Café de Flore, 2004. Tirage couleur. Collection Christian Lacroix

Ghana ! Rêver l’indépendance (1957-1976)Palais de l’Archevêché.

L’exposition au Palais de l’Archevêché célèbre le dynamisme de la création photographique née de l’indépendance du Ghana. L’exposition s’inscrit ainsi dnas l’histoire des indépendances africaines. Le Ghana (ancienne Gold Coast britannique) est le premier Etat d’Afrique colonisé à accéder à l’indépendance sous N’Krumah. Le leader devient d’ailleurs l’icône des idépendances et du panafricanisme. Le Ghana devient le territoire de toutes les expérimentations, alliant modernité et libération. La photographie joue un rôel crucial dans ce mouvement et la création d’une identité nationale. S’inscrivant dans les pas de la Farm Security Administration de l’Amérique de Roosevelt et son projet photographique, le Ghana devient un laboratoire d’une grande vitalité où le medium envahit les timbres, les magazines, la documentation officielle, les cartes postales …Bien enendu James Barnor (né en 1929) est de ce mouvement, en étant le portraitiste d’un Ghana en pleine transformation (cf. The Gaze of a Parisienne sur les Rencontres d’Arles édition 2022). Outre Paul Strand (Ghana: An African Portrait – 1976) et l’ouvrage The Roadmakers (1961) du photographe américain Willis E. Bell et de la dramaturge ghanéenne Efua Sutherland, Marc Riboud (1923-2016) découvre les indépendances africaines et photographie les piroguiers d’Accra dans les années 60, qui affrontent la terrible barre empêchant les navires d’entrer dans le port. Une photographie iconique, en rythme et en force, qui symbolise l’énergie et la fièvre émancipatrice du jeune pays.

Commissaire : Damarice Amao.

Vue de l’exposition – Ghana: An African Portrait. Photographies de Paul Strand, textes de Basil Davidson. Aperture, New York. Livre. Collection particulière. Doubles-pages Papier peint. Collection Ben Krewinkel.

Les Douches municipales. Alain Keler, rétrospective.

Images de jeunesse aux grands reportages pour Sygma et Gamma, Alain Keler (né en 1945 à Clermont-Ferrand) a parcouru le monde, l’exposition montre ces photographies, les planches contact et aussi ce qui est particulièrement intéressant des extraits de ses carnets de voyage. Outre les photographies primées qui font l’histoire de la photographie de presse, Alain Keler a écrit son journal intime, véritable « Confessions » de Rousseau où il livre sa part intime, ses doutes, ses réflexions, ses rêveries de photographe. Ainsi, en regard de cette photographie de la grève des chantiers navals de Gdansk en 1980, où un prêtre recueille la confession d’un ouvrier : c’est moins l’échec du communisme séculier que souligne Alain Keler que le caractère conservateur et réactionnaire de l’église polonaise qu’il souligne dans son journal, à rebours d’une Europe occidentale sécularisée.

Commissaire : Olivier Monge.

A droite : Alain Keler. Porte-avions Foch, mer Méditerranée, 1985.
Bourse du Travail – La Diagonale du plein.

Bourse du Travail. La diagonale du plein. Collectif d’artistes :

Florence Le Villain, Thierry Borredon… Saint-Eloy-les-Mines. Un travail collectif sur la diagonale du vide, cette grande bissectrice qui traverse la France, entre les zones périphériques et les zones vides. Pour l’occasion c’est un travail de résidence sur Saint-Eloy-les-Mines, ville minière du Puy-de-Dôme, frappée par la désindustrialisation, le chômage, la désertification des centres villes et des lieux de sociabilité et qui résiste et survit. D’où ce titre ironique et sincère où la diagonale du vide, terme péjoratif, est appelée à devenir la diagonale du plein. Ce travail est d’ailleurs en écho à celui d’Alain Keler qui a réalisé en 2022 une commande photographique du ministère de la culture sur l’Auvergne de son enfance, dont … Saint-Eloy-les-Mines.

Florence Levillain. Tenues d’apparat.

Emma de Lafforest Certains murmures. Galerie Vox. Arles.

« Roger m’a demandé si je fondais mon écriture sur la texture ou sur la structure […] j’ai donc répondu texture. » 

-Virginia Woolf

Collecte et mise en dialogue d’extraits tirés des œuvres de Virginia Woolf. Emma de Lafforest, en lisant Virginia Woolf, imagine des motifs, interprétés sur de petits formats, elle cherche à reproduire la texture des mots lus et leur donne cet aspect d’objet précieux, tout droit extrait du secret de son imaginaire et ce sont ces images qu’elle place en dialogue avec des extraits de l’écrivain. Ces « motifs » sont comme les entrelacs d’une broderie délicate née de la complicité avec Virginia Wolf. Ce n’est pas une création photographie que l’on regarde mais l’on contemple comme une longue tenture médiévale, avec son langage et ses « motifs ».

Emma de Lafforest. Certains murmures.

« Il y a une quinzaine d’années, je suis entrée dans La chambre de Jacob comme un poisson qu’on remet enfin à l’eau. Ce ne serait pas si exagéré de dire que depuis je ne lis plus que Virginia Woolf. Il y a, dans ses sujets « mineurs », dans ses digressions et ses métaphores, de véritables personnages, lesquels je re-connais. Il vibrent et s’échappent au-dessus du livre, me poussant à la rêverie : je m’aperçois que ce sont ceux-là mêmes qui viennent et reviennent dans mes écrits, et dans nombres de mes photos. Je les nomme : motifs. »

-Emma de Laffforest

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