L’Effet Vertigo pour les dix ans du Mac Val

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Dix ans déjà que le Mac Val existe, et pour célébrer cet anniversaire, le musée ouvre ses portes sur une exposition vertigineuse : « L’effet Vertigo » magistralement mis en scène par Alfred Hitchcock dans son film éponyme Vertigo (Sueurs froides).

Xavier Veilhan (né en 1963) Mobile ©Elodie Codaccioni

Xavier Veilhan (né en 1963)
Mobile
©Elodie Codaccioni

François Morellet (Né en 1926) "Seven corridors" ©Elodie Codaccioni

François Morellet (Né en 1926)
« Seven corridors »
©Elodie Codaccioni

Si vous suivez le cheminement de l’article, vous comprendrez la raison d’être de cet intitulé, référence et hommage à la construction en abyme du célèbre film, mais aussi au jeu des miroirs de la Dame de Shanghaï (Orson Wells et Rita Hayworth). La visite commence fort : nous rentrons dans ce labyrinthe de François Morellet, « Seven corridors », une sculpture in situ de forme carrée reliant les lettres de l’alphabet par sept couloirs et quatorze entrées où nous nous perdons et nous nous retrouvons au fil du hasard.

Comme Scottie (James Stewart) dans « Vertigo », nous montons les escaliers, nous ouvrons les portes dans un corridor infini et nous ressentons un certain vertige devant ces grands couloirs blancs immaculés sans début ni fin.

Souvenez-vous du fameux travelling en noir et blanc du film Alphaville de Jean-Luc Godard où l’on voit un homme ouvrir une après l’autre les portes d’un long couloir, scène reprise en séquence d’ouverture de l’émission mythique « Cinéma, Cinémas »- vous ne pouvez pas l’avoir oubliée.

 

Sarkis (né en 1938) "Trésors de la mémoires" (détail) ©Elodie Codaccioni

Sarkis (né en 1938) « Trésors de la mémoires » (détail)
©Elodie Codaccioni

Cette promenade dans ce lieu dédié à l’art contemporain, parfois déroutante, me plait beaucoup. Je ressens une énergie dans ce musée, transmise à la fois par l’endroit et par le dynamisme de l’équipe.

Christian Boltanski (Né en 1944) "Monument" 1986 ©Elodie Codaccioni

Christian Boltanski (Né en 1944)
« Monument » 1986
©Elodie Codaccioni

La directrice, Alexia Fabre, nous transmet sa passion et nous pourrions l’écouter des heures. Devant chaque oeuvre, elle s’arrête et nous fait le récit, comme un conteur, de son origine, du cheminement de l’artiste et de sa compréhension. L’art devient une découverte et comme un grand amusement, à la portée de tous, et perd son caractère parfois intimidant. L’art contemporain, sans doute plus que les autres formes d’art, a besoin d’une médiation mais qui peut aujourd’hui témoigner que les oeuvres maintenant considérées comme classiques et accessibles à tous l’étaient nécessairement aux regards des contemporains du Caravage ou de Philippe de Champaigne ?

Sarkis (né en 1938) "Trésors de la mémoires" (détail)©Elodie Codaccioni

Sarkis (né en 1938) « Trésors de la mémoires » (détail)©Elodie Codaccioni

Nous sommes aveuglés par l’oeuvre de Renaud Auguste-Dormeuil en braille  « Ecriture nocturne » (2006) où il est question du leurre.

Cette lumière blanche qui suscite l’éblouissement et le vertige,  conduit à illuminer, comme dans un éclair fugitif, les écritures en braille qui courent le long des murs. L’artiste ne peut mieux représenter cette singularité du voyant et du non-voyant.

Jean-Luc Vilmouth (Né en 1952) "The white building" 2006 (détail)

Jean-Luc Vilmouth (Né en 1952)
« The white building » 2006 (détail)

Renaud Auguste Dormeuil (né en 1968) "Intermission" 2013. ©Elodie Codaccioni

Renaud Auguste Dormeuil (né en 1968)
« Intermission » 2013.
©Elodie Codaccioni

Emouvante,  l’histoire de Jean-Luc Vilmouth qui découvre un bâtiment réalisé par un disciple cambodgien de Le Corbusier. L’élève a voulu dans les années 60 offrir à la population de son pays cette architecture considérée comme l’ultima ratio de la modernité fonctionnaliste. Ce programme a dû s’interrompre avec la prise du pouvoir par les Khmers Rouges. Le projet est alors resté inachevé mais une symbiose s’est créée entre les humains et ce grand bâtiment minéral, dont la finition était inachevée. L’artiste montre alors comment la vie humaine et la matière inerte s’imbriquent et se nouent, comme des colonies d’organismes vivants dans les profondeurs abyssales. Les familles s’y sont installées, et la vie organisée, humaine, s’est développée, sans aucun des éléments de confort prévues dans le schéma initial : pas d’eau courante, et pour y remédier, les habitants ont utilisé des seaux.  Des chaînes de seaux naissent et viennent dessiner comme des veines de circulation sur la « peau » des murs et des bâtiments.  Avec ces installations d’eau, la nature et l’humanité s’entrecroisent et fertilisent le béton comme une terre vivante. Tel est le récit de l’artiste avec ses dessins de façades ornées de lianes bleues, qui ne sont autres que des grandes circulations d’eau, et sa sculpture minimale d’étagères ornées de plantes.

Michel de Broin (Né en 1970) "Black Wale Conference" 2005 ©Elodie Codaccioni

Michel de Broin (Né en 1970)
« Black Wale Conference » 2005
©Elodie Codaccioni

Jakob Gautel (Né en 1965) "Maria Theodora" (détail) 1996-1997. ©Elodie Codaccioni

Jakob Gautel (Né en 1965)
« Maria Theodora » (détail) 1996-1997.
©Elodie Codaccioni

Plus loin une pièce de Germaine Richier « Trio / ou la Place » 1954, est rapprochée du papier peint d‘Aurélien Froment, les deux oeuvres, bien que différentes (une sculpture ; du papier peint) se servent d’objets recyclés. Germaine Richier retrouve des objets jetés au rebus et les utilise dans son oeuvre,  Aurélien Froment, pour son « Paysage de dominos » (2011), utilise les motifs du scientifique Fröbel.

Puis, nous passons à la peinture du duo We are the painters fondé en 2004 : les artistes qui se sont connus à l’école des Beaux-Arts de Nantes, sont des « pleinairistes » car retrouver le paysage, le chercher et s’y installer font partie du processus de leur oeuvre. Trois paysages ont été retenus mais aussi le sujet de leur travail actuel, la représentation d’une déesse, ornée de cette grande chevelure noire, d’une fleur et de ce qu’ils appellent la « garniture ».

Yeondoo Jung "D'ici et d'ailleurs" ©Elodie Codaccioni

Yeondoo Jung
« D’ici et d’ailleurs »
©Elodie Codaccioni

Yeondoo Jung "D'ici et d'ailleurs" Mac Val - Effet Vertigo

Yeondoo Jung
« D’ici et d’ailleurs »
Mac Val – Effet Vertigo

Cette pièce dialogue avec un autre modèle, celui de Jakob Gautel, relecture d’une histoire personnelle, la vie d’une de ses aïeules Maria Theodora, née à Sumatra qui a dû quitter son pays d’origine pour vivre en Allemagne. Jakob Gautel  se rend en Indonésie et photographie des femmes revêtues du costume de sa grand-mère : c’est un acte de mémoire qu’il présente ici. Il est aussi question de l’histoire et de la mémoire dans le travail d’Agnès Geoffray, celle de la Libération en France mais qui se manifeste aussi par la violence de l’épuration, en particulier à l’égard des femmes. Une première photo de femme déshabillée et tondue, puis une seconde retouchée par l’artiste, où cette fois-ci la femme est rhabillée et qui paraît toute banale tant la nudité exprime la crudité de la scène. Ce travail photographique suggère, plus que tout autre document d’époque, la violence sociale de cette période, qui est également celle de la Libération. Là aussi, « l’effet Vertigo » créé par la juxtaposition d’une photographie documentaire et d’une photographie retouchée : cette mise en abyme nous interroge sur le sens du médium photographique.

Mac Val - Effet Vertigo ©Elodie Codaccioni

Mac Val – Effet Vertigo
©Elodie Codaccioni

J’aime ce parcours parsemé de surprises, de beauté , d’histoire, de voyages et de cinéma avec le magistral « Paramour » (en ancien français : l’amant), motif récurrent de Jean-Luc Verna. Vanité, signe du temps qui passe, ces dessins sont des fantômes, rehauts de maquillage, forme de « tondo » transformé en miroir de loge. Je continue dans l’univers du cinéma avec le poétique Sarkis, ses trésors de la mémoire, onze photos provenant de films réalisés entre 1927 et 1992, rythmés par les battements de cils des yeux barrés par ce néon rouge. Sarkis a découvert l’art par les images, sa femme et lui ayant visionné, dans les salles obscures de l’époque, des centaines de films dans les années 60 quand ils arrivent d’Istanbul à Paris, capitale mondiale des salles de cinéma et de la Cinémathèque d’Henri Langlois.

Mac Val - Effet Vertigo

Mac Val – Effet Vertigo

Stupéfaction ! J’apprends que nos gestes peuvent être déposés dans une agence américaine,  comme les marques enregistrées à l’INPI : c’est le « Pinch to Zoom » que nous effectuons  sur nos écrans. Julien Prévieux nous présente « What shall we do next, sequence 2 », projet qu’il mène depuis dix ans, projet d’inventaire, d’archives et de conservatoire de nos gestes à venir : pour ce « Mundaneum » des gestes humains, il filme des chorégraphies que nous pouvons voir sur un écran.

Jean-Luc Verna (Né en 1966) "Paramour" 2010 ©Elodie Codaccioni

Jean-Luc Verna (Né en 1966)
« Paramour » 2010
©Elodie Codaccioni

Je rencontre pour terminer cette visite Yeondoo Jung qui dans le cadre de l’année France-Corée a passé l’été au Mac Val. Avec beaucoup d’émotion, il nous parle de Monet et de ses Nymphéas de Giverny qu’il a pu visiter seul un matin.  Il le retranscrit  en 3D à partir de photographies découpées. Le résultat de ce travail minutieux, étrange, ne nous laisse pas indifférent et nous rentrons dans son paysage, avec une mise en perspective saisissante comme dans une ligne de fuite.

Avant de partir j’admire le mobile de Xavier Veilhan qui traverse le musée par le toit terrasse, les sphères vert foncé retenues par des tiges, dont les couleurs rappellent les celles du jardin. Un conseil : précipitez-vous au Mac Val.

Florence Briat Soulié

François Morellet « Seven corridors » jusqu’au 6 mars 2016

Yeondoo Jung « D’ici et d’ailleurs » jusqu’au 6 mars 2016

MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne

Place de la Libération – CS10022  – 94404 Vitry-sur-Seine cedex

Tél. : 01 43 91 64 20

contact@macval.fr

Mac Val – Effet Vertigo

 

4 réflexions sur “L’Effet Vertigo pour les dix ans du Mac Val

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