Voyage au centre de la Terre

Une destination pas si lointaine, juste à côté du pont de Tolbiac, j’entre dans un immeuble désaffecté, et là commence ce voyage étonnant où nous entraîne Jérôme Sans.

Bruno Perramant

L’exploration débute par les gigantesques compositions florales de Bruno Perramant, symboliquement placées dans le sous-sol du bâtiment. Vous pénétrez alors dans une sorte d’hypogée à l’égyptienne ou encore une vaste salle de Propylées encadrées par de grands formats floraux. Première étape de l’initiation dans ce « Voyage au Centre de la Terre ». La perspective en ligne de fuite qui s’offre à vous est impressionnante : cet alignement visuel comme une mise en abyme crée chez l’observateur comme une forme de vertige. Sur les côtés de ce vaste atelier se déploient les compositions des abysses, « or, The Whale »(OTW) dont l’inspiration est celle de la baleine de Moby Dick. Mais une baleine qui s’étire dans des formes molles, dans une masse gélatineuse, médusaire et gélatineuse. Par une étonnante symbiose cellulaire, cette forme inquiétante surgit au milieu d’un champ floral sous une forme blanche, sépulcrale et fantomatique : une « Vanité » posée au milieu de la Nature, vitale, chlorophyllienne. Un paravent discret protège l’antre de l’artiste de ses créations : cette alcôve est ainsi la thébaïde de Bruno Perramant, artiste né à Brest (1962), qui explore les thèmes du passage, du visible et de l’invisible, des apparitions et des mondes occultes. Le thème fédérateur du « Voyage au centre de la Terre »est ainsi posé dans les fondements du bâtiment.

Je remonte et je suis irrésistiblement attirée par un semblant de rideau noir plastifié, très curieuse de savoir ce qu’il me cache. Je rentre dans cette pièce mystérieuse, c’est la nuit, peu à peu nos yeux s’habituent. J’aperçois un bouquet d’hortensias, fougères, briques recouverts de « cendres ». Je tourne autour, doucement, sur les murs apparaissent des toiles tornades de Jennyfer Grassi. Nous sommes dans son univers onirique. Jennyfer m’explique cette installation, le pigment phosphorescent utilisé qui nous donne cette impression de photogramme, * procédé utilisé par certains photographes comme Man Ray, Edouard Boubat… Ce pigment est d’ailleurs extrait des terres rares, qui contiennent les minéraux indispensables aux produits de haute technologie. Ces terres rares deviennent un enjeu géopolitique majeur entre les Grandes Puissances (dont la Chine). Puis tout s’enchaîne, tourment, joie, romantisme, dans les jardins de l’artiste, se côtoient des vanités, des fleurs, des yeux qui nous observent, lorsqu’arrive le Maître : Claude Monet, présence rassurante, et représenté sur une série de grandes toiles.

* Photogramme : image photographique obtenue sans utiliser d’appareil photographique, en plaçant des objets sur une surface photosensible : papier photo ou film, et en l’exposant ensuite directement à la lumière.

Le parcours continue dans ce bâtiment, à travers un dédale de couloirs, escaliers, piliers de briques, peintures en lambeaux… et là grandes impressions, je me trouve dans cette forêt de carton construite par Eva Jospin. Des grands arbres ciselés, découpés nous entourent et nous protègent. Une promenade dans les bois, cette immensité réduite à un matériau, le carton, et pourtant on s’y croirait dans cette forêt, je suis prête à entourer ces arbres de mes bras et sentir leur énergie ! Eva Jospin dont je garde le souvenir de cette oeuvre magnifique Inspirée par Hubert Robert connu pour ses peintures de ruines au XVIIIe siècle et placée dans la Cour Carrée du Louvre « Panorama ». Cette forêt vierge et ces rochers, en haut-reliefs, qui semblent issus d’un imaginaire végétal et minéral au centre de la Terre, résonne avec le « Panorama » de la Cour carrée du Louvre : là les façades du Louvre se reflètent sur l’acier poli-miroir et la forêt croit à l’intérieur du pavillon.

Chez Emerige, la végétation et le minéral se présentent à vous et vous êtes invités à découvrir les coulisses, tel un explorateur à la recherche d’une peuplade inconnue réfugiée au centre de notre planète. Nombre d’auteurs, comme Jules Verne et son Voyage au centre de la Terre (référence directe de Jérôme Sans) ou Edward Bulwer-Lytton (The Power of the Coming Race), ont illustré le culte ésotérique de la Terre creuse, avec l’existence d’une race d’êtres supérieurs, dont l’origine remonte à des âges antédiluviens, et dont la puissance passe par la maîtrise d’une énergie maîtresse de toutes les autres. L’exposition est ainsi un voyage initiatique au coeur de la création artistique, où l’explorateur est placé en contact direct avec l’artiste, maître de cette énergie mystérieuse qui est celle de la création et de l’imaginaire.

 

Lucie Picandet
Prix Emerige 2015

Et maintenant à votre tour de vous échapper au Centre de la Terre et de rencontrer Bruno Perramant, Lucie Picandet, Romain Bernini, Pierre Seinturier, Khalil Joreige, Joana Hadjithomas.

Florence Briat Soulie

Voyage au Centre de la terre par Jérome Sans

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE

du 9 au 15 mars 2018
7, rue de Tolbiac
M° Bibliothèque François Miterrand

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