Une aventure moderne à Beaubourg

Une aventure moderne à Pompidou c’est logique !

Quel plus bel écrin que l’architecture de Renzo Piano pour accueillir cette histoire du XXème siècle . Des lignes des formes nouvelles qui s’associent merveilleusement à la vue du 6e étage  sur tout Paris 

UAM Centre Pompidou
A droite chaise Sandows de René Herbst (1891-1982) et table avec dalle en verre de Saint Gobain, 1929 par Le Corbusier 1887-1965) , Pierre Jeanneret (1896-1967) et Charlotte Perriand (1903-1999)

Une effervescence de nouveauté  menée  par Francis Jourdain qui est à l’origine de ce groupe d’aventuriers de la modernité UAM.

De nouveaux terrains de jeux,  des rencontres, matériaux, lignes, formes qui cassent les codes habituels de la décoration.

Auguste Perret (1874-1954) et Gustave Perret (1874-1952)
Immeuble d’habitation 25 rue Franklin Paris 16.

Du béton pour la première fois en France,  rue Franklin,  les frères Perret utilisent ce matériau dans  une construction moderne « poteaux poutres ». A l’intérieur de cette architecture d’un genre nouveau,   on peut y voir de la couleur les papiers peints de l’atelier de Martine. Toute une émulation se construit autour de cette architecte, Tous les quinze jours, Auguste Perret invite chez lui les coloristes, Follot Sue Mare pour de grandes  discussions.

Centre Pompidou expo UAM

C’est au tour de Le Corbusier, qui, à son retour d’Allemagne, connaissant  bien le Werkbund , va être influencé par Francis Jourdain et acheter pour ses parents un meuble du coloriste André Groult.  Une nouvelle piste d’inspiration s’improvise aussi, avec le cinéma. Les époux Delaunay interviennent pour le décor d’un film « Le petit Parigot »  et introduisent dans une vision noir et blanc un univers complètement coloré. (cf article The Gaze Sonia Delaunay)

Francis Jourdain (1876-1958) Mobilier pour Georges Besson 1911.

En 1923 pour le film, l’inhumaine de Marcel L’Herbier, tous les protagonistes de l’UAM se retrouvent pour la production du décor.  Une belle auto, un décor cubiste et une maison lumineuse donnent le ton.

Cette même année , un nouveau projet de Mallet Stevens qui reçoit sa première commande architecturale de la villa Noailles  réunit  à nouveau Charreau, Lurçat, Ellen Grey.  Et avec ce projet une équipe très soudée  va se constituer avec Prouvé, Charreau, Djo Bourgeois, Jourdain...  la plupart remarqués au Salon des Artistes Décorateurs.

Mais tout d’abord  un peu d’histoire : plusieurs mouvements modernes européens.

1922 sera l’année d’une autre idée de modernité avec le Bauhaus.

En Allemagne, Herman Muthesius  s’inspire de  l’Arts and Crafts anglais et crée un mouvement sous l’autorité de l’Etat allemand  :   le « Werkbund »  alliant  industriels et créateurs. En France, il n’existe qu’un seul support  qui représente les créateurs :  les Salons, de décoration très soutenus par les politiques qui ont leur propre idée de création . Pour exister de façon indépendante, les modernes vont devoir  se regrouper et former l’UAM, Union des Artistes Modernes

Louis Barillet (1880-1948) Vitraux. 

En 1929, lorsque l’UAM organisera sa première manifestation, le Salon des Artistes Décorateurs organisera, lui,  une exposition du Werkbund allemand. Deux exemples de modernité face à face.

Pas si simple pour l’UAM qui débute.  En France, cependant,  la modernité s’impose. Dans un premier temps est rédigé  Le manifeste de la couleur sous l’égide de Djo Bourgeois où sont présents les membres de l’UAM.

Puis,  un  autre manifeste très important se distingue en 20 volumes :  l’Art international d’Aujourd’hui où se retrouvent tous les membres du groupe. Delaunay, Charreau, Mallet Stevens, Eileen Gray, Francis Jourdain.les frères jumeaux Martel (arbres cubistes de Boulogne),  Pierre Legrain qui crée leur logo.. chacun réalisant un album sur le modernisme français mais aussi sur sa vision internationale.  Une affirmation de la modernité française, le seul non publié sera celui de Le Corbusier. Ce groupe est très ouvert et accueille volontiers d’autres membres, L’UAM n’est pas une école comme le Bauhaus mais plutôt un réseau qui va s’étendre à l’international, ils iront jusqu’à être 350 sur certains salons.

UAM. Premier Bulletin de l_Union des Artistes Modernes, paris, charles moreau, 1929 couverture avec le sigle de pierre legrain Bibliothèque des arts décoratifs, fonds rené herbst, paris – mad, paris / suzanne nagy

Une ambition :  s’adapter à une demande plus fonctionnelle.

Des pièces iconiques sont réalisées la chaise longue de Le Corbusier Perriand Jeanneret, Herbst la chaise sandows, le fauteuil de Prouvé, la table avec dalle en verre de Saint Gobain de Le Corbusier , la chaise pliante de Charreau, un bureau de Francis Jourdain …

Chaise longue, 1930 par Jean Burkhalter (1895-1982) – provenance Maison de Verre.
Tabouret, 1935 par Louis Sognot (1892-1970) et Charlotte Alix (1897-1987)

1925 les nouveaux modernes ont un rêve  et le réalisent lors de l’exposition  internationale des arts décoratifs, en contraste avec le luxe de l’Art Déco. Leur vision est beaucoup plus fonctionnelle et leurs réalisations sont présentées dans le cadre du pavillon de la société des artistes décorateurs  : Une Ambassade Française.

Le public découvre alors, un nouveau style épuré, d’une grande simplicité  comme ce grand hall décoré par Mallet Stevens presque vide, orné de luminaires suspendus et décoré d’une grande Tour Eiffel de Robert Delaunay et d’une autre oeuvre de Fernand Léger.

Les organisateurs qualifient ce style de nudisme  et déclarent que ce n’est pas possible,  cela ne peut pas être ce qui représente la France. Polémique, dans un premier temps,  les toiles sont décrochées puis finalement raccrochées, ouf !

Console vers 1925 de Francis Jourdain (1876-1958)

Pierre Charreau qui aura une carrière trop courte, y présente son meuble dit « d’architecte », un  bureau bibliothèque, un architecte de l’ordre, sur ce  bureau, il est impossible de laisser traîner des papiers car chaque côté est en pente. 1925 année de sa consécration

Pierre Charreau est très connu pour sa Maison de verre, rue Saint Guillaume à Paris, construite entre 1928 et 1931 à la demande du docteur Dalsace (celui  qui a conçu l’accouchement sans douleur) . Les enchères de son lampadaire dit « la religieuse » s’envolent jusqu’à des prix record de 853000€ (Sotheby’s 2016)

Pierre Chareau (1883-1950) Bureau du jeune docteur Dalsace présenté au Salon d’Automne de 1919.

Des années insouciantes, des années Folles, d’après guerre, où tout est possible, des intérieurs nouveaux épurés, des formes simples, des bois précieux, une autre vision, plus fonctionnelle prend place.

Crise de 1929, la guerre, les grandes fortunes se défont, plus d’argent, il faut s’adapter, une nouvelle idée : les collectivités, le mobilier industriel.  Le Corbusier construit alors la Cité Radieuse à Marseille, un nouveau concept d’habitation. Herbst très impliqué dans la reconstruction, Jean Prouvé construit du mobilier pour les cités universitaires.. Le lien est fait entre Art et Industrie !

1937 année de l’Exposition Universelle, il faut compter avec l’UAM !

Il faut aussi meubler tous ces paquebots incroyables, une époque de croisières, c’est l’histoire Art Déco du Normandie décoré par les plus grands de l’Art Déco Dunand, Lalique… qui terminera tristement aux Etats -Unis transformé en bateau militaire.

Le Salon des Arts Ménagers est la référence en matière de nouveauté, une section « Le foyer d’aujourd’hui » présente les nouveautés, du neuf face au style style Henri II.  On y retrouve Jean Prouvé, mais aussi Gustave Gautier qui a meublé la Villa de la Californie de Picasso.

L’UAM s’arrêtera à la fin des années 50. Une exposition, pour vivre cette aventure du XXe siècle à voir avant de partir en vacances. Des idées, de l’inventivité, du graphisme dans une atmosphère très énergisante à ne pas manquer que je vous conseille.

Florence Briat Soulié

30 mai 27 aoüt 2018

Centre Pompidou

Commissariat :

Frédéric Migayrou, Olivier Cinquabre et Anne-Marie Charron Zucchelli.

UAM CENTRE POMPIDOU

2 réflexions sur “Une aventure moderne à Beaubourg

  1. Pingback: Avant-gardisme russe, Jean-Jacques Lebel… | The Gaze of a Parisienne

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