Francis Bacon en toutes lettres

« Comment imaginer la vie sans la littérature ? Sans les livres ? C’est une source fabuleuse, un puits pour l’imaginaire » Francis Bacon

Dublin, dans l’antre de l’artiste

Se plonger dans les rayonnages d’une bibliothèque, l’investir, la comprendre et repérer parmi des milliers de titres, les pensées de celui qui l’a composée. En retirer 6 volumes, jaunis par le temps, les couvertures pliées, les pages écornées à force d’être lus et relus. J’imagine que c’est ce qui s’est passé pour cette exposition, que de palpitations ! j’aurais bien voulu en faire partie de cette expédition ! Les livres d’une gloire de l’art moderne, Francis Bacon, qui suscite les enchères record. Son mystère serait-il enfin résolu ?

« Trois portraits : portrait posthume de Georges Dyer, autoportrait, et celui de Lucian Freud » 1973 Esther Grether Family Coll.

Essence de son oeuvre

Bacon, un artiste, avide de littérature, il pouvait lire tout et n’importe quoi, elle lui était essentielle et si je le crois la source de son inspiration.

Des bouquins mais aussi une année 1971

avant et après cette date,

Une année qui aurait dû être uniquement celle de la reconnaissance internationale qui lui est offerte au Grand Palais, il est le deuxième artiste vivant après Picasso à connaître cette consécration. Pour cet évènement il est capable de réaliser non pas une copie mais l’interprétation de sa première oeuvre Painting 46 acquise par un musée le MoMA à New-York, au cas où ce dernier ne l’aurait pas prêtée. Il agit de même pour le Pape rouge de 1962, il peint une autre version mais toujours, avec des transformations radicales. Ces peintures sont fondamentales dans son oeuvre et leur absence dans cette rétrospective auraient été sacrilège !

Triptyque, 1967 – Hirshhorn Museum and sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington D.C.. Don de Joseph H. Hirshhorn Foundation, 1972

Paris, une ville qu’il aime tant!

Paris est la ville qu’il choisit et qu’il aime, même si elle n’est plus tout à fait le centre du Monde artistique.

1971 Gloire et Tragédie

1971, une année charnière pour Francis Bacon, après la gloire, la tragédie. Son compagnon George Dyer, se suicide deux jours avant le vernissage à l’hôtel des Saints Pères. Une personnalité complexe, fragile, le coup de foudre entre les deux hommes a lieu lorsque George Dyer, jeune voyou tente de rentrer par effraction chez le peintre. Ce dernier lui donne le choix : soit il reste, soit il est livré aux autorités, la suite nous donne la réponse !

« En mon commencement est ma fin » T.S. Eliot

En marge, sur une page du livre de T.S. Eliot, Bacon dessine une esquisse du triptyque en mémoire de George Dyer de 1971.

« In memory of George Dyer » 1971 Fondation Beyeler

Francis Bacon s’en voudra énormément de ne pas avoir assez veillé sur lui, et le début de l’exposition est un hommage à cet amour perdu, trois triptyques lui sont dédiés, la presse anglaise les a appelés Les triptyques noirs

Bacon et la littérature, clé poétique de son oeuvre

Un fil conducteur de 6 livres a été retenu, pas n’importe lesquels, des auteurs qui ont compté dans la vie de Bacon, qu’il a âprement désiré rencontrer comme Michel Leiris, celui qui écrit sur Giacometti, son mentor, il le rencontre lors de sa rétrospective à la Tate. Michel Leiris préfacera en 1966 le catalogue de son exposition à la galerie Maeght. Auteur du Miroir de la tauromachie, sujet extrême, l’idée du matador entrant dans l’arène. Quand il meurt, dans son atelier se trouve un tableau inachevé, on aperçoit juste une esquisse de taureau en noir et blanc, un adieu à la scène…

« Study of a bull » 1991. Coll. Particulière

« Au sein de cette bibliothèque, j’en ai réuni 6, et il me semblait que si on rapprochait les éléments de chacun de ces livres, on accédait à une forme de compréhension de ce qu’étaient l’imaginaire et les intentions poétiques essentielles de Francis Bacon » Didier Ottinger

Didier Ottinger, commissaire de l’exposition devant Triptyque, 1976, coll. particulière.

Les remords, la mort…

Bacon a vu la pièce d’Eschyle à Londres, la mise en scène transpose le texte à l’époque contemporaine. Il peint un triptyque morbide où de part et d’autres des figures fantastiques, gorgones, furies semblent le poursuivre. Il est pétri de remords, le fantôme de Georges Dyer le poursuit.

L’eau qui coule… « IMMACULÉ »

La salle de Nietzche montre son expérimentation de l’informe avec la représentation de l’eau qui coule, cette toile représente pour Bacon la perfection de son art, elle est pour lui d’une importance capitale. Il dit que c’est un tableau : « IMMACULÉ »

« Water from a running tap », 1982. Coll. Particulière

Pour Georges Bataille : un jeune peintre prometteur!

L’abattoir, les viandes pendantes accrochées aux murs, sujet récurrent du peintre qui a lu le fameux texte l’Abattoir de Georges Bataille, auteur également de l’Erotisme et qui fait référence au boeuf écorché de Rembrandt. Il est aussi le premier écrivain français à citer et inclure en 1962 dans Les larmes d’Eros une image de Bacon légendée ainsi « Image d’un jeune peintre anglais prometteur ».

Georges Bataille « L’expérience intérieure » Gallimard

Colonialisme

C’est ensuite Au coeur des ténèbres, ici le sujet qui l’intéresse est le colonialisme, l’histoire veut que l’artiste ait rencontré à une signature de son ouvrage The end of the game le photographe Peter Beard et qu’il lui ait dit qu’il semblait sorti des ténèbres.

Psychanalise, autoportrait

Autoportraits sans complaisance, un des artistes qui a beaucoup travaillé le sujet! Introspection également retranscrite dans les écrits de Leiris, l’âge d’homme …

« Self portrait » 1973

Dernière exposition en France, il y a 20 ans

Des toiles, des personnages déformés, des couleurs vives, du rouge flamboyant, du jaune, des références aux peintres Rembrandt, Ingres, Matisse Duchamp.. des triptyques qui racontent des histoires, l’Histoire, expriment les réflexions, désirs de l’artiste au sens propre et figuré ! la fameuse tache blanche, boulette de peinture blanche projetée sur la toile montrant un attachement érotique…

« Sand Dune » 1983 – Fondation Beyeler

On est happé par cette peinture qui même si très intellectuelle devient d’un abord très simple, une promenade captivante dans l’oeuvre de l’artiste.

Expo blockbuster de cette rentrée culturelle, tout le monde en parle et elle le vaut bien !

Florence Briat Soulié

6 livres / 6 textes :

Eschyle, « Les Euménides » Flammarion, 2001 p.210. Traduction de Daniel Loayza.

Michel Leiris. Miroir de la tauromachie. Fontfroide, Fata Morgana, 19981, p.39

T.S. Eliott The wasteland (la terre vaine) 1921-1922. Dans poésie, traduit de l’anglais par Pierre Leyris. Editions Le Seuil. p.57-58

Friedrich Nietzsche. La vision dionysiaque du Monde Traduit de l’allemand par Jean-Louis Backès dans la Naissance de la Tragédie 1977, Gallimard, p.89-90 , 2016.

Georges Bataille Chronique dictionnaire, Documents, N°6, novembre 1929, p. 229 « Abbatoir »‘

Joseph Conrad Au coeur des ténèbres Traduit de l’anglais par Jean Deurbergue, Gallimard, 2017, p.149.

Librairie du Centre Pompidou

INFORMATIONS PRATIQUES :

« Bacon en toutes lettres » 11 septembre 2019 – 20 janvier 2020 sera ainsi la première exposition accessible uniquement sur réservation

pour réserver : www.billetterie.centrepompidou.fr

2 réflexions sur “Francis Bacon en toutes lettres

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