Un dimanche Alain Séchas, avant (…)

Ô Saisons, Ô Châteaux Arthur Rimbaud

Un poème de Rimbaud qui a aussi inspiré Agnès Varda en 1957, elle en a fait un film sur les châteaux de la Loire avec comme actrice Danièle Delorme. Des mots qui n’ont pas manqué de toucher l’artiste Alain Séchas, pour cette exposition qui a lieu dans cette demeure donnée par les soeurs Smith Champion à la ville de Nogent sur Marne, aujourd’hui devenue le MABA Maison des Arts Bernard Anthonioz, qui jouxte la maison de retraite des artistes gérée par la Fondation nationale des artistes, ancienne FNAGP.

Alain Séchas « Ô Saisons, Ô Chats ! »

Un poème, une exposition

Et bien-sûr ce titre du poème que l’auteur a aussi appelé Bonheur est devenu pour Alain Séchas Ô Saisons, Ô Chats !, il fallait s’y attendre !

C’était avant le confinement

Une exposition que j’ai pu visiter avec l’artiste, un vrai dimanche, promenade, déjeuner dominical dans un lieu entouré de verdure. Un souvenir qu’on aimerait vite retrouver après ce confinement que nous a contraint ce monstre de virus.

Alain Séchas – Un dimanche avant…

Dimanche matin à Nogent sur Marne

Alain Séchas, on le connaît, ses chats, ses couleurs, ses installations, nous surprennent, nous amusent et nous interpellent. Attendu, il est souvent inattendu, on traverse les pièces du musée comme on regarderait un film. Le pitch pourrait être une histoire d’art, les acteurs les chats, le lieu un château autour d’un parc et le temps : les saisons. Le ton est donné : dérision, humour et mélancolie. Chaque pièce dévoile une scène, on avance et on découvre les surprises du peintre. Au commencement, il était une fois un couple de chats…

Avec Alain Séchas – Maison des Artistes Bernard Anthonioz

Le pitch

Sur quelle planète ? On s’engage sur les chemins de la peinture, suivant à la trace des créatures élancées aux longues jambes, un sourire qui se transforme au fil du temps, parfois rappelant étrangement celui de Munch. Les journées passent au fil des saisons, une porte s’ouvre sur une surprise, ses chats disparaissent, la peinture devient abstraite au profit des titres je découvre alors Pompéï et Mire, deux toiles avec juste des couleurs primaires. Je n’avais pas imaginé à quel point la peinture pompéienne s’approche de la peinture abstraite et géométrique de Mondrian. Alain Séchas a l’art des rapprochements, entre l’antiquité gréco-romaine et la mire de l’ORTF : c’est le propre d’un artiste inclassable, cultivé, normalien de l’ENS Cachan (aujourd’hui sur le plateau de Saclay), comme sa femme Katia, et qui a évolué selon son rythme et sa culture propres, sans rien concéder à l’air du temps.

Bio

Alain Séchas a commencé sa carrière en tant que professeur des arts plastiques (on disait hier professeur de dessin), dans l’est, en Lorraine, dans la vallée des aciéries où les noms de villes font penser à Melle de Fontanges, la première maîtresse de Louis XIV, dans les bras de laquelle il s’est plongé pour lui faire oublier Marie Mancini. Il raconte cette première expérience, en 1981, après l’élection de François Mitterrand, en Lorraine, terre du socialisme d’Epinay. Installés à Metz, comme jeune couple d’enseignants, Katia et Alain Séchas content leur fascination pour les hauts-fourneaux, éclairés la nuit, la sidérurgie fonctionnait alors 24 h sur 24, dans la vallée de la Fensch. A l’écouter, l’auditeur ressent l’impression de la lecture de la Guerre des Mondes de H.G. Wells, avec des êtres géants juchés sur leur trépied. Ils décrivent la vie culturelle et artistique de Metz, où chaque évènement, chaque galerie est l’occasion de se pénétrer plus profondément dans la création. Alain Séchas nous fait le récit de ses premières aventures, comment il avait transformé son appartement messin en atelier d’artiste, sans meubles. Point d’objets de consommation ou de mobilier mais des oeuvres, des installations, un échafaudage ressemblant aux tapis roulants des aciéries. Les Séchas ne sont pas les épigones du roman de Pérec, les « Choses » : ils s’attachent aux objets de la vie quotidienne pour leur potentiel créatif. Il est facile de se représenter l’environnement de ces années d’apprentissage par la lecture du roman de Nicolas Mathieu, « Leurs enfants après eux » (prix Goncourt – 2018). Le roman a pour cadre la Lorraine industrielle, oubliée du centre, par la narration de quatre adolescents, qui deviennent de jeunes adultes, de 1992 à 1998. L’histoire se déroule en Moselle, dans les environs de Hayange, au moment de la mort de l’activité industrielle, roman qui trace la genèse de la « France périphérique ».

Histoire d’art

C’est au tour des fleurs de faire leur apparition, la fleur, le sujet par excellence du peintre. Un passage à la fois bucolique et mystérieux, jaunes, vertes, elles avancent bien droites vers nous avec leurs drôles de pieds.

Histoire de l’art, toujours qui transparait dans ces portraits de Diane chasseresse et du chevalier tout en armure, placés comme les gardiens de cette maison.

Alain Séchas – Maison des Artistes Bernard Anthonioz

Abstraction

Alain Séchas – « Pompéï » et « Mire »

« Les figures ont disparu au profit des titres, celui-là je l’appelle Pompéï, sa structure rappelle la façon dont les scènes sont installées, les colonnes… Les dessins je les fixe à une planche avec du scotch, je n’avais jamais mis le scotch à l’intérieur du tableau, là le scotch est une bande de cache. Il y a un plaisir à ce moment-là purement chromatique, d’aller à l’intérieur d’une surface et de se déplacer avec le pinceau. Une chose assez banale en soi, mais je me dis que ces tableaux ont leur autonomie, leur existence. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de chat que ce n’est pas du Séchas ! Les quatre surfaces sont de coloration différente, je ne cherche pas un fini absolu, ce sont des surfaces parfaitement calculées de façon sensible, là par exemple c’est du bleu turquoise mais passé 20 fois, on va jusqu’au noir donnant cette impression d’étrangeté qui fait que l’asymétrie est cassée.. le second s’appelle Mire , j’aime bien ce mot, comme la mire de la télévision, il y aussi un côté spéculaire…  » Alain Séchas

Sur quelle planète ?

Alain Séchas a toujours des idées, des plans pour nous étonner, nous fasciner, il construit, réfléchit à des systèmes ingénieux ultra perfectionnés, mêlant arts et technologie.

Alain Séchas. Au centre sur la cheminée, sculpture « Vénusienne » en cristal Daum.

Après Platée, la nymphe de l’opéra de Rameau placée dans les Serres du Jardin des Plantes à l’occasion du parcours FIAC hors les murs, c’est une Vénusienne qui nous apparait, elle aussi est de couleur verte, ses courbes sont harmonieuses, elle mérite bien son nom, c’est la plus belle, en cristal de Daum, coulée dans les célèbres ateliers de Nancy. Les heures défilent, la lumière diminue, la sculpture s’assombrit jusqu’à devenir noire.

Comme vous ne pouvez pas bouger, ma proposition : une visite virtuelle en attendant.

Un dimanche Alain Séchas à Nogent sur Marne et au Château de Rentilly

Un palais des glaces à Rentilly

Mais la journée nous réservait encore une surprise très inattendue, Alain m’avait raconté un château recouvert de miroirs par Xavier Veilhan à Rentilly. Confiné chez vous, il va falloir imaginer ce lieu en pleine campagne, investi par l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts et le Frac Ile de France. Un dimanche, jour de vernissage à 20 mn de Nogent sur Marne, je découvre ce « Cabaret du Néant », rien que le château de glace inspire cette notion de néant, il pleut, le gris sombre du ciel contraste avec le vert du parc, les arbres sans feuilles se dessinent sur les façades. A l’intérieur, ambiance de jour de FIAC, étrange, Jean de Loisy, le maître des cérémonies, directeur des Beaux-Arts reçoit le tout Paris culturel, tel le « Don Giovanni » de Joseph Losey sur les marches de sa villa paladienne. Pour l’ouverture de sa nouvelle filière consacrée au commissariat d’exposition, un métier en transformation, il a réuni des chefs-d’oeuvre de l’Ecole comme les ailes de Jacques-Fabien Gautier d’Agoty, gravure extraite du Traité de myologie, André Breton l’avait intitulée L’ange anatomique. C’est vrai que cette représentation est inoubliable, je l’avais vue à l’occasion de « Carambolages », exposition au Grand Palais dont le commissaire était Jean-Hubert Martin.

Le lieu même a une histoire, celle d’une ancienne demeure de la famille Menier les célèbres chocolatiers, très enracinés localement, et exerçant les responsabilités d’édiles en Seine-et-Marne. Le château, à l’abandon, a fait l’objet d’une réinterprétation contemporaine et osée par Xavier Veilhan, avec le soutien des collectivités locales de Seine-et-Marne. La réhabilitation du Domaine est un bel exemple de la décentralisation culturelle et du soutien des collectivités locales à la culture.

Jacques-Fabien Gautier d’Agoty « L’ange anatomique » 1759. Coll. des Beaux Arts de Paris

Le Cabaret du Néant

Le cabaret du néant a bien existé à Paris à Pigalle, il avait ouvert en 1882 et recueillait un grand succès, les visiteurs, adoraient se promener parmi les squelettes, crânes, prendre un verre attablés à une table cercueil, éclairés par la lumière des cierges. Cette ambiance très étrange et morbide été recréée par Jean de Loisy, écorchés , tibias, crânes, danse macabre côtoient des oeuvres contemporaines, installations, photographies…

Professeur Suicide

Nous sommes arrêtés par une danse de poussières d’Hugues Reip très bucolique et onirique cependant, car de beaux papillons ornent ces résidus. Mais n’oublions pas c’est un dimanche « Spéciale Alain Séchas » et nous sommes impatients de découvrir cette oeuvre si chère à l’artiste intitulée Le professeur suicide, une oeuvre d’art totale. L’histoire d’un professeur et ses quatre élèves sculptés et posés sur une toile ronde, un écran, une musique sublime de Haydn. Une oeuvre poétique, fascinante et mélodieuse datant de 1995. L’installation est toujours actuelle, par son apparente technologie de pointe bien sûr, mais elle pose aussi la question sur la place de l’art qui me parait essentielle aujourd’hui. Alain Séchas nous a fait le récit de la genèse de cette oeuvre, anticipatrice, de la mise en scène, du film et du montage vidéo. Cette oeuvre est à la fois remplie de mélancolie, d’ironie et de cruauté. A regarder les élèves – où les disciples assis en tailleur autour du professeur – le spectateur pense bien sûr à l’acte pédagogique, à la relation d’autorité qui s’établit entre le maître et l’élève, mais aussi à ces cérémonies de suicide ou d’holocauste collectifs d’adeptes sous l’emprise d’un gourou. Cette métaphore de la soumission, l’impassibilité des élèves, l’ironie du regard, les grands yeux ouverts (Alain Séchas rend hommage à Edvard Munch, ce fameux regard est devenu la marque des « Chats ») évoquent aussi l’esprit de compétition féroce du système scolaire japonais, où les enfants sont entraînés, dès le plus jeune âge, dans des écuries, qui peuvent les conduire à la dépression, à l’enfermement dans la solitude (les « Otaku »), voire le suicide. Le spectateur s’amuse des gestes, de la dynamique, des hésitations qui sont autant de marqueurs d’identités et de la psychologie du sujet. Il y a le rapide, le vif, le sec, le timide, l’indécis, les « Caractères » de La Bruyère apparaissent dans cette brillante vidéo d’Alain Séchas.

Alain Séchas – Professeur Suicide 1995. Moulages, polyester, bois entoilé, film, vidéo, musical, spots lumineux. Collection Fonds National d’Art Contemporain.

La place de l’art ?

A l’heure où nous sommes tous retranchés dans nos maisons, appartements, quel sens donner à la culture, à l’art. Le ministère de la culture vient de lancer un système #culturecheznous avec de nombreuses propositions, pièces de théâtre, musique, danse, expositions… une offre pour tous. https://www.culture.gouv.fr/Culturecheznous/Tous-publics

Florence Briat Soulié

C’était prévu :

Ô Saisons, Ô Chats !

MABA / Maison des Artistes Bernard Anthonioz à Nogent sur Marne

16 janvier / 5 avril 2020

Avec le soutien de la galerie Laurent Godin

https://www.fondationdesartistes.fr/evenement/maba/alainsechas/

Le Cabaret du Néant au Château de Rentilly

08.03 – 05.07.20

Frac Ile de France

Chefs-d’oeuvre de la collection des Beaux-Arts de Paris

Commissariat : Jean de Loisy

et les artistes : Jean-Michel Alberola, Ismaïl Bahri, Evgen Bavcar, Hicham Berrada, Christian Boltanski, Xavier Boussiron, Flora Bouteille, Pierre Louis Deseine, Jean Baptiste Désoria, Marcel Duchamp, Albrecht Dürer, Nina Galdino, Matthias Garcia, Jacques-Fabien Gautier d’Agoty, Théodore Géricault, Francisco de Goya, Graham Gussin, Lucien Hervé, Hans Holbein le Jeune, Pierre Huyghe, Claire Isorni, Ann-Veronica Janssens, Christian Lhopital, Marc Lochner, Antoine Marquis, Bernhard Martin, Romain Moncet, Damien Moulierac, Alicia Paz, Benoît Pype, Valentin Ranger, Hugues Reip, Bettina Samson, Pierre-Alexandre Savriacouty, Alain Séchas, Valérie Sonnier, Victor Yudaev, Tereza Zelenková …

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