La Bibliothèque, salle Labrouste

L’INHA , Institut National d’Histoire de l’Art

INHA, Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art – 58 rue de Richelieu -75002 Paris © The Gaze of a Parisienne

C’était un lundi au soleil, j’avais rendez-vous à la Bibliothèque de l’INHA, l’Institut national d’histoire de l’art, dirigée par Eric de Chassey. L’entrée se fait par la rue de Richelieu dans cette mythique salle Labrouste qui conserve peut-être la plus grande bibliothèque au monde d’histoire de l’Art et d’archéologie, constituée de la donation du couturier et immense collectionneur Jacques Doucet* (1853-1929). Marcel Proust l’institue couturier de la Duchesse de Guermantes, il est très généreux et sait s’entourer de personnalités très compétentes dans ses domaines de prédilection.

Jacques Doucet © cl. Man Ray
Portrait de Jacques Doucet © cl. Man Ray

En 1920, il rencontre André Breton qui vient d’interrompre ses études de médecine, et, rapidement, l’engage comme bibliothécaire, Louis Aragon suit très vite. Passionné, il est connu aussi comme le premier propriétaire du chef-d’oeuvre de Picasso Les Demoiselles d’Avignon acquis sur les conseils d’André Breton (aujourd’hui au MOMA à New-York).

INHA - Salle Labrouste
INHA – Salle Labrouste © The Gaze of a Parisienne

Jacques Doucet s’était rendu compte qu’il manquait à la France une bibliothèque idéale d’histoire de l’art et d’archéologie. Très tôt il se lance dans la constitution de celle-ci et en dix ans il réunit 100 000 livres qu’il entrepose dans des appartements mitoyens de son hôtel particulier dans le 16ème arrondissement, rue Spontini à Paris. En 1917, il fait don de cette collection à l’Université de Paris. Ce fonds possède aussi une importante collection d’estampes des XIXe et XXe de plusieurs provenances qui ne cesse de s’agrandir, comme la donation Ellsworth Kelly montré à la Fondation Lambert à Avignon, celle de l’artiste japonais Takesada Matsutani ou, encore ce jour là, Eric de Chassey attendait l’approbation d’un don très important de l’artiste Thomas Schütte.

C’est André Chastel qui entreprend dès les années 80 de créer l’Institut National d’Histoire de l’Art (l’INHA).

Éric de ChasseyDirecteur général de l’Institut national d’histoire de l’art et l’artiste Dove Allouche © The Gaze of a Parisienne

En 2020, il faut savoir que sur place 150 000 livres (à la bibliothèque de Jacques Doucet a été rajoutée celle des Musée Nationaux) sont en libre accès dans cette magnifique et immense salle de lecture. Il y a également la possibilité d’un service en ligne qui permet aux chercheurs du monde entier de bénéficier de ces ressources inestimables.

Dove Allouche - Substrat
Dove Allouche, Substrat, 2019-2020, ensemble de 20 volumes indissociables et numérotés de I à XX, 30,5 x 22 x 4 centimètres (chaque volume), détail. © The Gaze of a Parisienne

Dove Allouche, Substrat

L’artiste Dove Allouche a réalisé, dans le cadre du 1% artistique*, une œuvre Substrat constituée de 20 volumes à reliure verte contenant 4 500 images de poussières prélevées sur 4 500 catalogues raisonnés d’artistes, nés avant ou après 1870, césure importante dans l’histoire de l’art, en libre accès.

L’artiste a prélevé des poussières, quelques microgrammes, sur chacun des volumes, cet échantillon étant ensuite hydraté et déposé sur un Petri film. Le résultat, après quelques jours, est une tâche colorée.

  • Dove Allouche
  • Dove Allouche
  • Dove Allouche

Une à une, ces tâches se découvrent au fil des pages, témoignages de l’existence de tous ces catalogues raisonnés d’artistes parfois oubliés à qui Dove Allouche offre une infime résurrection. Ces artistes ont tous leur nom inscrit méthodiquement dans un index qui termine chaque volume.

Il met à jour la place du livre dans son environnement naturel, ces spores prélevées sur les couvertures de ces catalogues deviennent témoins d’une oeuvre artistique tout en devenant l’oeuvre elle-même.

Dove Allouche
Dove Allouche, Substrat, 2019-2020, ensemble de 20 volumes indissociables et numérotés de I à XX, 30,5 x 22 x 4 centimètres (chaque volume), détail. © The Gaze of a Parisienne

En allant à la Bibliothèque de l’INHA, vous pourrez vous-même découvrir ces livres qui ont trouvé leur place sur un rayonnage, on y reconnaît leurs reliures de couleur verte.

“Mon travail consiste essentiellement à entreprendre une tâche, par laquelle et après laquelle je pourrais, pour moi-même, trouver quelque chose que je n’avais pas vu auparavant. Je n’essaie pas de révéler des choses qui sont absolument enterrées, oubliées depuis des centaines ou des milliers d’années, ni de trouver ce qui a été caché par d’autres, un secret que quelqu’un essaie de cacher. Je n’essaie pas de découvrir un nouveau sens caché dans les choses et les discours. Non, j’essaie simplement de révéler ce qui est immédiatement présent et invisible en même temps. Mon approche est celle d’un presbyte. Je voudrais révéler ce qui est trop proche de notre vue pour être vu, ce qui est ici, juste à côté de nous, mais à travers lequel nous regardons pour regarder autre chose. Saisir “l’invisibilité de ce qui est trop visible” comme dirait Foucault”. Dove Allouche

Dove Allouche, Substrat, 2019-2020, ensemble de 20 volumes indissociables et numérotés de I à XX, 30,5 x 22 x 4 centimètres (chaque volume)
Dove Allouche, Substrat, 2019-2020, ensemble de 20 volumes indissociables et numérotés de I à XX, 30,5 x 22 x 4 centimètres (chaque volume) © The Gaze of a Parisienne

Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art
58 rue de Richelieu
75002 Paris

https://www.inha.fr/fr/l-institut.html

*Substrat de Dove Allouche est une oeuvre créée au titre du 1 % artistique, s’inscrit dans le cadre de la réhabilitation du site Richelieu menée par l’architecte Bruno Gaudin et dont la maîtrise d’ouvrage a été déléguée par le ministère de la Culture à l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture (Oppic). Au total ce sont trois interventions artistiques instaurant un dialogue inédit entre passé et présent qui ont été choisies par chacune des trois institutions : un projet photographique monumental de Dove Allouche dans la salle Labrouste pour l’Institut national d’histoire de l’art, une sculpture de verre de Jeremy Maxwell Wintrebert dans la rotonde de la bibliothèque de l’Ecole nationale des chartes et une création paysagère de Gilles Clément dans le jardin Vivienne pour la Bibliothèque nationale de France.

A ECOUTER : « La recherche à l’œuvre ». Le podcast de l’Institut national d’histoire de l’art

Salle Labrouste
INHA – Salle Labrouste, en bas à droite on aperçoit l’oeuvre de Dove Allouche © The Gaze of a Parisienne

*Il existe à Avignon le Musée Angladon – collection Jacques Doucet créé par son petit neveu Jean Angladon et sa femme Paulette Martin.

INHA - Salle Labrouste
INHA – © The Gaze of a Parisienne

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