Hôtel de la Marine, le chef-d’oeuvre de Gabriel

Hôtel de la Marine
Hôtel de la Marine / Architecte Gabriel, place de la Concorde © EDTR Photography

Le chef-d’oeuvre de l’architecte Ange-Jacques Gabriel sur cette Place Royale est un don de la municipalité parisienne à son Roi, Louis XV le Bien-Aimé. Situé entre le jardin des Tuileries et un bout de campagne, cet alignement architectural n’est que façades, une partie est devenue l’Hôtel de Crillon, à côté se trouve l’Automobile Club et à droite de la rue Royale se trouve l’Hôtel de la Marine qui abritait autrefois le prestigieux garde-meuble de la couronne, un écrin pour le mobilier royal avec une vue unique qui retrouve à nouveau son prestige d’antan.

Hôtel de la Marine
Antichambre du grand cabinet de l’intendant

Deux hommes très différents y ont régné : Pierre Elisabeth Fontanieu et Marc Antoine Thierry de Ville d’Avray qui terminera tragiquement sous la révolution. Tous les deux étaient en charge du garde-meuble de la couronne, le Mobilier National.

Mobilier NationalHôtel de la Marine
Bureaux de l’intendant, à gauche celui d’apparatCheminée ornée d’éléments réalisés par Pierre-Philippe Thomire (1751-1843)

L’intendant Pierre Elisabeth Fontanieu était un homme des Lumières, héritier de cette charge que la famille conservait depuis plusieurs générations, homme rompu aux habitudes de la cour, un don pour repérer les modes. Un goût pour l’exceptionnel, les grands ébénistes comme le célèbre Riesener… Il faut savoir que tout passe par le garde-meuble, les meubles et objets y sont marqués, estampillés, restaurés et aussi recyclés.
Et oui, un rideau peut avoir une longue vie, il peut terminer en culotte, rien ne se perd !

LE CMN
Chambre de Madame Antoine Thierry de Ville d’Avray avec la niche du chien au pied du lit.

Mais revenons à ce premier intendant, qui ne se marie pas et profite de cette vie de célibataire, il reçoit beaucoup, les petites danseuses de l’Opéra participent aux fêtes organisées et peuvent se retrouver dans ce ravissant cabinet aux miroirs peints de scènes de femmes nues, jugées plus tard trop osées par la femme de son successeur, elles seront remplacées par des angelots.

Centre des monuments nationaux
Cabinet des glaces conçu par Pierre-Elisabeth de Fontanieu à décor de putti peints sur les miroirs


En 1777, il convainc le roi d’ouvrir les galeries au public une fois par mois, ce sera le premier musée des arts décoratifs, c’est un grand succès, le public est de plus en plus nombreux et les horaires d’ouverture doivent s’adapter.
En 1784 il est remplacé par Marc Antoine Thierry de Ville d’Avray qui vient d’une famille très différente, pas du tout du sérail, une famille au service du roi depuis plus de 100 ans, anoblie par le roi, il obtient les terres de Ville d’Avray. Au départ Marc-Antoine Thierry est le premier valet de Louis XVI, sa femme est au service de la reine en tant que première femme de chambre et tous deux, finalement peut-être trop proches de cette intimité royale quittent Versailles pour le Garde-Meuble. Marc-Antoine Thierry de la Ville-d’Avray obtient cette charge. Il n’aura de cesse que de faire faire des économies à la couronne – car la Monarchie est déjà en crise financière – tout en usant d’une grande modernité, eau courante, salles de bains… On lui reprochera cette réussite, cette rapide ascension sociale, il nous a laissé ses mémoires. C’est très touchant de voir les portraits du couple dans ce double médaillon offert par la Reine.

Sotheby's
Pendule musicale et automate Horlogerie par Jean-Baptiste-André Furet et François-Louis Godon Bronzes de la base attribués à Étienne Martincourt Bronze patiné, bronze doré, marbres blanc et noir – Paris, vers 1784 – 72 x 41 x 23 cm Vente Sotheby’s Paris, 11/12/19

Agnès Walch et Gastien Wierez auteurs d’Un jour d’été au garde-meuble de la Couronne nous éclairent beaucoup sur le rôle et les enjeux de cette grande maison. Administration, vitrine du savoir-faire français, qui administre les meubles de la couronne, lieu d’achat, de transit et de restauration du mobilier. Les commandes passent d’abord sur place pour être inventoriées. Quand on dit meuble on dit aussi tissu, linge, vaisselle et même batterie de cuisine !

J’apprends ainsi qu’une centaine de personnes travaillaient sur place. Il s’agit d’une Maison à part entière avec toute la pompe imposée s’agissant du service de la royauté. Les deux intendants marqueront chacun ce lieu unique de leur personalité, le premier libertin et très précurseur et le deuxième qui maintient la place en bon père de famille.

CMN
Détail d’une tapisserie dans un salon

Le principe de garde-meuble est créé au XVIe siècle, à l’époque cependant le mobilier n’a pas ce même usage, la cour et la noblesse voyagent beaucoup et utilisent des coffres, tentures… Plusieurs emplacements sont testés, mais toujours trop petits. Ce n’est qu’au milieu du XVIIe siècle que l’établissement sera définitif.
Il ne faut pas oublier que ce palais est aussi un lieu d’habitation pour la famille de l’intendant et de son personnel.

Hôtel de la Marine
Jean-Henri Riesener, bureau à cylindre. Paris XVIIIe

L’intendant recevait dans le grand cabinet de parade restitué à l’identique, on peut remarquer le superbe bureau à cylindre de Louis XVI par Jean-Henri Riesener, commandé en1784 et récupéré par l’intendant.
Une branche de la famille a prêté un certain nombre d’objets comme son cartable, un tampon posés sur le bureau plat. Le sol du grand Cabinet est d’origine et dans un état exceptionnel.
La pièce à côté en contraste avec la précédente très petite, d’une grande simplicité est le vrai cabinet de travail, plus intime et facile à chauffer. C’est là que l’intendant effectuait sa comptabilité, très consciencieux, il veut vraiment faire des économies à la couronne, on lui a reproché d’avoir stoppé le contrat avec Riesener devenu beaucoup trop cher. Déjà, la Monarchie était victime de son impéritie financière, impécuniosité qui allait conduire directement à la convocation des Etats généraux, à la Révolution.
Marc-Antoine Thierry de Ville d’Avray est très pieux, très conservateur, il s’entendait très bien avec Louis XVI, lui et sa famille vivent dans leur monde, ils ont une vie mondaine et ne voient pas venir la Révolution.

Tout le décor de ce palais a été reconstitué par l’équipe scientifique accompagnée par les décorateurs Joseph Achkar et Michel Charrière.

Hôtel de la Marine
Salle à manger avec les deux buffets de Riesener


Pour la salle à manger, ils se sont inspirés d’un tableau de Jean-François de Troy le déjeuner d’huîtres, on y trouve deux exceptionnels buffets du même Riesener, commandés par Thierry de Ville-d’Avray, l’un d’eux se trouvait en dépôt à l’Élysée, un service de table en porcelaine de Sèvres, un tapis de table brodé a été chiné aux Puces.
Les soies peintes posées sur les murs sont des essais de restitution à décor de treillages et scènes champêtres …
Dans une autre pièce on découvre la pendule automate de Furet avec sa boîte à musique, elle appartient à une collection privée, il en existe 4 exemplaires, l’une à Buckingham, une autre au Metropolitan Museum, celle-ci a été vendue aux enchères, il y a peu de temps. Ce chef d’œuvre ne sera exposé que quelques mois dans les lieux.

Mobilier National
Le cabinet des bains de l’intendant avec l’eau courante

Dans la chambre de Madame Thierry de Ville d’Avray, la commode de Riesener a été acquise également dans une vente aux enchères et offerte par la Fondation Al Thani. A côté du lit se trouve une ravissante niche pour chien. A observer les petites portes dérobées qui permettait aux domestiques d’aller et venir tout en restant invisibles.

Versailles
A gauche : Table des Muses
Jean-Henri Riesener (1734-1806) – Table mécanique livrée en 1771 pour M. de Fontanieu, intendant général des meubles de la couronne pour le Garde-Meuble, plateau en marqueterie, pieds en gaine plaqués d’amarante, frise et ornements de bronze ciselé et doré – 1771 – Hauteur : 0.76 m ; Largeur : 1.09 m ; Profondeur : 0.91 m
A droite : détail de marqueterie du secrétaire à abattant, Jean-Henri Riesener.

Un nouveau musée à Paris sur cette place exceptionnelle, témoignage unique d’une époque révolue, restituant le véritable sens de ce lieu, et nous laissant imaginer ce faste d’antan grâce à tous ces indices laissés et retrouvés par la restauration, le travail des chercheurs et le retour d’une partie de ce mobilier royal aux sources.

C’est pour cela également que le livre Un jour d’été au Garde-Meuble de la couronne est très instructif et nous apprend une foule de détails, anecdotes sur le déroulement d’une journée si particulière. Un livre à lire comme un roman et à vivre en visitant les lieux!

Florence Briat Soulié

Un jour d’été au garde meuble de la couronne

Agnès Walch et GatienWierez

Photographies de Guillaume de Laubier 

Editions du Patrimoine

hotel de la Marine
De gauche à droite : Guillaume de Laubier, Gatien Wierez , Agnès Walch

Hôtel de la Marine
2 place de la Concorde – 75008 Paris

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